‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 68 sur 159 · Les Spectacles de Paris pour l’année 1788. In-12, p · texte numérisé non relu

Les Spectacles de Paris pour l’année 1788. In-12, p

LE DERNIER ARBÉ

de Musset, approchait de sa soixante-quatorzième année quand il toucha le legs de sa vieille amie.

11 y avait déjà longtemps alors que l’excellent abbé souhaitait d’avoir les moyens de devenir tout à fait honnête homme. 11 n’est jamais trop tard pour bien faire. Nous devons dire à la louange de M. Cordier qu’il fît un bon usage de sa fortune. Il acheta des meubles d’acajou, fit de petites promenades et de bonnes lectures. Pour dernier bonheur il trouva en M. Paul de Musset un biographe indulgent et fin, souriant et doux, gardant toujours le ton juste, le parler élégant et simple.

11 me reste à dire quelques mots de M. Paul de Musset, qui a écrit Le Dernier Abbé, et de M. Adolphe Lalauze, qui l’a illustré. Paul de Musset, né en 1804, était le frère aîné d’Alfred. Un de ses livres est resté très célèbre; c’est Lui et Elle, qui fut écrit en 1859 en réponse h. Elle et Lui, de George Saud. Mais, dès sa jeunesse, Paul de Musset avait montré dans un grand nombre de récits mi-historiques, mi-romanesques un art délicat d’esquisser des portraits et de composer des tableaux de mœurs. Il s’était plu surtout à faire revivre des figures oubliées du xvii® siècle et du XVIII®. Le Dernier Abbé est un de ses plus anciens ouvrages en ce genre, et un des plus heureux. Le talent plein de délicatesse de M. Paul de Musset était justement aimé et estimé. Pourtant sa renommée pâlissait auprès de la gloire éclatante de son frère. Il avait l’âme assez haute pour n’en point souffrir. Cet aîné, vraiment gentilhomme, non seulement ne fut point offensé de la fortune littéraire de son cadet, mais il servit cette fortune avec un zèle qui ne s’est jamais ralenti, et dont témoigne la pieuse biogra-

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phie qu’il composa pour être jointe aux diverses éditions des œuvres complètes d’Alfred. On raconte qu’en Allemagne, à la fin du xviii® siècle, un musicien obscur, du nom de Beethoven, qui entendait tout le monde prononcer son nom sans que personne songeât à lui, en ressentit une mélancolie qui le conduisit au suicide. Au contraire, M. Paul de Musset écoutait avec délices toutes les louanges du nom de Musset, qui ne se rapportaient point à ses propres ouvrages. C’était un très galant homme. J’ai eu l’honneur de le rencontrer peu de temps avant sa mort survenue à Paris le 17 mai 1880. Il avait gardé dans un âge avancé la sveltesse élégante qui, vers 1840, l’avait fait ressembler à son illustre frère et il donnait l’idée d’un Alfred de Musset vieilli et blanchi. Sa conversation était intéressante et du meilleur ton.

M. Lalauze, qui a illustré avec tant de grâce, de finesse et d’esprit le Dernier Abbé^ s’est fait, dans Part charmant de la vignette, une réputation si brillante que je n’ai rien à apprendre aux bibliophiles sur le compte de cet artiste qu’ils aiment infiniment. On sait qu’Adolphe Lalauze, né à Rive-de-Gier en 1838, a appartenu dans sa jeunesse à cette administration de l’enregistrement, qui n’est point ennemie des lettres ni des arts, puisqu’elle a nourri dans son ombre, avec Lalauze, Theuriet et Gondinet. Lalauze, tout jeune encore, était contrôleur à Toulouse. Il fit des études de dessin dans cette ville à l’Ecole des Beaux-Arts, qui a fourni tant d artistes dont elle peut être fière. Quand Lalauze y entra, il y trouva Jean-Paul Laurens et Marqueste. Falguière et Mercié venaient d’en sortir. Il vint ensuite à Paris. Il était à la direction de l’enregistrement, rue de la Banque,

LE DEHNIER ABBÉ

lorsque des éditeurs anglais mirent au concours l’illus^ tration de Moliere. 11 concourut et remporta le prix. Ce début fut très heureux. Lalauze y révélait en même temps une abondance d’idées ingénieuses et un travail souple, brillant, coloré. Monté du premier coup au rang des maîtres les plus parfaits de la vignette, il s’est maintenu dans la faveur des connaisseurs par une production incessante et variée. Nous citerons parmi ses illustrations les plus connues son Alfred de Musset^ son Don Quichotte^ son Gil Blas^ son Perrault^ ses Mille et une Nuits ^ sa Physiologie du Goût èt son Vicaire de Wakefield. Ce maître est aussi excellent dans le portrait que dans la vignette. J’éprouve quelque embarras à le louer dans un livre où il est pour ainsi dire chez lui. Je dirai seulement que M. Henri Beraldi, dans l’article consacré à Lalauze^, a reconnu la facilité savante de sa pointe et l’élégance de ses compositions.

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