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« Rien ne manque du reste à ses charmantes pastorales, ni la finesse, ni la couleur, ni le charme des sentiments, ni l’élégance de la versification. Lui reprochera-t-on un peu de sensiblerie et de préciosité? C’était le défaut de l’époque, et Gessner, l’auteur de Daphnis et de la Mort d’Abel^ Gessner que Diderot a vanté avec enthousiasme, mérite plus souvent que lui un reproche pareil... »
Sur la foi d’un simple document, M. Ratier doute presque de l’ardeur belliqueuse du seigneur de Prades et de Gambes. Pour moi, au contraire, j’aime à me représenter ce page d’un futur maréchal de France, qui a ensuite servi sous un Montluc, petit-fils d’un des plus fameux capitaines du xvP siècle, je me représente ce compatriote de Henri IV comme un fier et brave compagnon d’armes. Est-il supposable d’ailleurs que ce compatriote de d’Artagnan n’ait pas pris au sérieux le métier militaire, et ne se soit pas distingué par quelques beaux exploits? Dans tous les cas, il a servi la France pendant près de quarante ans.
Agen, dimanche 10 août 1890.
Nous sommes allés, musique en tête, sur le cours Voltaire, inaugurer la plaque commémorative qui dit, en lettres d’or, sur marbre blanc, que le poète Jasmin a vécu dans cette petite maison.
Oui, c’est une petite maison à toit plat. Elle n’a que quatre fenêtres. Celles du premier étage sont en arcade, assez gracieuses. La boutique porte encore l’enseigne de
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Jasmin. C’est un barbier encore qui l’occupe, un obscur barbier qui a mis timidement son nom à côté de celui de Jasmin. 11 se nomme Merle. C’est là donc que Moussu Jansémin, comme ils disent, le rasoir à la main, tendant le pied et montrant ses bas blancs, une rose brodée sur ses souliers ouverts, rasait à grands gestes ses clients. Car il eut l’esprit de rester barbier jusqu’à son dernier jour. Le soir, il passait un frac et allait dans le monde agenais où il était fort estimé et fort aimé. C’était un poète, c’était surtout, à ce que j’entends, un excellent diseur.
Aujourd’hui, sa statue s’élève sur le Cours. Souvent, diton, sur le pas de sa porte, le soir, étendant le bras vers la place que la statue occupe aujourd’hui, il disait à madame Jasmin :
— Femme, je sais bien que je serai là en bronze. Tout de même, je voudrais bien m’y voir de mes yeux!
Nous passons sous un arc de triomphe en toile et nous entendons les airs des chansons de Jasmin et tous, avec un grain de poésie gaie et pourtant attendrie, nous allons déjeuner. Je ne savais pas qu’on pût entasser sur une table tant de viandes et de volailles, sans compter le saumon de la Garonne et les crêpes d’Agen. Je ne savais pas non plus qu’on pût faire tant de discours et de si beaux et, comme le rossignol, chanter d’un cœur gai quand il est midi et que le thermomètre marque trente-cinq degrés à l’ombre. Ces félibres et ces cigaliers, tous fraternellement jeunes sous leur longue chevelure ou noire ou blanche, vibrent dans l’air en feu. M. Faure, député, porte, la santé des femmes provençales et gasconnes et récite avec une fureur charmante la Vénus d'Arles^ d’Aubanel. Ils parlent.
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ils chantent, Et, dans la fournaise, je vois, à la place d’honneur, Paul Arène tranquille comme un bronze romain.
Comme après le banquet je cherchais un peu d’ombre, de fraîcheur et de silence dans la salle du musée, je vis, parmi des débris gallo-romains, une petite figure antique à demi-nue, mutilée et si belle que le regard ne peut s’arrêter d’en caresser les formes fines. C’est une Vénus, ou peut-être une Hébé, car elle semble très jeune.
Taillée dans du marbre de Paros, elle n’est point du pays; elle fut apportée en Gascogne par quelque homme riche au temps des Césars. Elle est là comme un don, comme un symbole de cette beauté antique, dont les femmes d’Agen devaient garder le trésor à travers les âges.
Montauban, lundi.
Nous arrivons à Montauban par une nuit sans fraîcheur et sans haleine. Les lanternes chinoises qui nous précèdent colorent la colonne de poussière dans laquelle nous étouffons aux acclamations du peuple. On nous suit, on nous presse, on nous pousse à l’Hôtel de ville, dont les cloches du beffroi sonnent à toute volée. La foule s’y précipite avec nous et le prend d’assaut. Cette fureur nous donne quelque idée de celle des défenseurs de la ville calviniste en 1621. En cette nuit claire, comme au temps de Jeanne Paulhac et de Guillemette de Gasc, les femmes se battent avec plus d’ardeur que les hommes. Enfin, nous tombons triomphants et brisés dans la grande salle, où
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le maire de Montauban nous reçoit avec la plus gracieuse courtoisie, et associe à cette réception M. Pouvillon, académicien en Quercy, et partout romancier aimé et admiré. M. Pouvillon nous fait un discours d’un art achevé auquel répond, comme un berger d’Arcadie un autre berger d’Arcadie, Paul Arène, qui préside les félibres en l’absence de M. Henri Fouquier. Caron chante la Montalbanaise en langue d’oc et nous allons nous coucher au bruit des fanfares.
Montauban, lundi
C’est Dominique Ingres, que félibres et cigaliers viennent fêter dans sa ville natale. Le fils du sénateur du Tarnet-Garonne, M. Gaston Garrisson, connu par ses belles études sur nos vieux poètes, fait les honneurs de sa ville natale avec la politesse la plus exacte et la plus charmante. Il nous conduit à la sacristie de la cathédrale devant le Vœu de Louis XIII. C’est là qu’est conservé le fameux tableau d’Ingres. On dit même que, par l’injure de l’humidité, il s’y conserve mal. Un de nos aimables hôtes d’Agen nous assure que cette peinture tourne au noir, et qu’il y a quinze ans le manteau royal était plus bleu qu’il n’est à présent. Et il ajoute : « Il me semblait alors d’un bleu céleste. Il est vrai que j’étais amoureux... »
Nous regardons avec respect le Vœ,u de Louis XI IL C’est une excellente anthologie de Raphaël, un recueil de morceaux choisis avec amour dans les Vierges de Sanzio. Les deux anges surtout, qui tiennent un cartouche, sont
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bien choisis. Mais la couleur de tout cela est triste et dure.
Nous descendons ensuite dans le faubourg tortueux de Moissac. Et là, sur le seuil de sa pauvre église, un vieux curé nous reçoit, entouré d’un chœur de jeunes filles qui chantent des chansons gasconnes qu’il a lui-même composées. L’excellent homme nous souhaite la bienvenue en patois et puis nous montre la Sainte Germaine d’Ingres, qui décore son église...
Après quoi nous nous rendîmes au faubourg du Moustier. C’est là, dans une masure couverte, à l’italienne, de tuiles rouges, qu’en 1780 Dominique Ingres vint en ce monde dont il devait si bien comprendre les formes et si mal les couleurs. Son père était sculpteur en plâtre. Il décorait les plafonds et les Montalbanais montrent encore quelquesuns de ses fragiles ouvrages. Il était peintre aussi et l’on a conserve plusieurs jolies miniatures signées de son nom.
Or, la maisonnette de brique dans laquelle vint au monde le petit Dominique fut habitée depuis par l’ogresse de Montauban, une terrible faiseuse d’anges. Dès lors ces murs de briques étaient à la fois vénérables et scélérats, et comme de plus ils tenaient peu, on les démolit et c’est sur une maison neuve, qui ne sait rien du petit Dominique et de 1 heureux accouchement de 1780, qu’on a posé une belle plaque de marbre blanc sur laquelle on lit en lettres d’or :
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s’élevait la maison où NAQUIT