‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 8 sur 159 · XXIV · texte numérisé non relu

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PAGES D’HISTOIRE ET DE- LITTÉRATURE

tontes les intelligences saines : le plaisir et la souffrance. Des images de volupté et de supplices se formaient simultanément dans le cerveau de ce malheureux. Cela apparaît dès son premier crime et cela est la caractéristique de sa littérature. Sur un de ses derniers manuscrits, écrits à Gharenton, Jules Janin lut cette phrase : « J’ai oublié deux supplices. » J’ai vu, il y a quelques années, dans un cabinet d’autographes, un plan de maison publique tracé par l’incurable vieillard; la destination de toutes les salles était marquée; celles du fond portaient ces légendes : « Ici l’on estropie. Ici l’on tue. » On voit que l’abominable association de ces deux séries d’idées fut suivie avec une terrible logique par ce fou dont Carrier réalisa l’idéal en faisant ses mariages républicains.

Cette folie est rare; elle n’est pas unique, et le mojide romain en sentit les atteintes sous les empereurs. Le temps où Sade fut élevé n’en fut point infesté. On imprima beaucoup de sottises au xviii® siècle, et on en fit encore davantage; mais on les dit et on les fît gaiement, et c’est ce qui les rend pardonnables. Je laisserai dans le livre du docteur Tardieu l’histoire assez récente de ce sergent qui déterrait les morts et qu’on eut bien tort de ne pas mettre dans un cabanon de fous; il y a entre cet homme et le marquis de Sade une certaine parenté morale, mais je ne veux pas sortir de la tératologie littéraire. Un livre, publié il y a une vingtaine d’années, en Belgique, et que je me garderai bien de nommer, contient un grand nombre de scènes dans lesquelles la débauche et la cruauté sont étroitement unies et confondues pour former des tableaux d’une obscénité dégoûtante. L’auteur, quel qu’il soit, de cette

LE MARQUIS DE SADE

infamie, la produisit dans un accès d’érotisme scélérat tel que le marquis de Sade n’en éprouva jamais d’aussi violent. Nous rappelons ici ce livre innommable parce qu’on y retrouve à chaque ligne ce que nous considérons comme l’aberration initiale du marquis de Sade.

Ce mal, que l’auteur de Justine a eu la triste gloire de nommer, le sadisme^ n’est pas toujours à l’état aigu. 11 s’est rencontré avec quelque bénignité chez plusieurs écrivains qui n’en sont pas morts. 11 serait odieux de rapprocher d’un nom déshonoré un nom digne au contraire d’honneur, puisque c’est celui d’un poète qui a trouvé une forme neuve et rare du beau. Mais comment ne pas noter sur ces feuillets de nosologie littéraire le penchant irrésistible de l’auteur des Fleurs du Mal'^k associer le crime et la volupté, en sorte qu’on ne sait plus s’il chante, dans ses strophes d’un sombre éclat, le crime de la volupté ou la volupté du crime? La peste sadique n’a pas tue ce poète magnifique et singulier, mais elle l’a atteint, comme elle en a atteint plusieurs autres en ce temps-ci.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.

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