‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 82 sur 159 · Jos., Ant. jud., X V 1 1 1, xi · texte numérisé non relu

Jos., Ant. jud., X V 1 1 1, xi

2. Cet aliuéa veut concilier deux endroits de Flavius Josèphe qui, en réalité, sont contradictoires. On lit dans Ant. jud., XVIII, zi : « 11 (Calig^la) le condamna

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m’excuser d’avoir présenté les faits tout uniment et sans art. Un autre en va tirer le charme et la magie. Un autre en fera sortir une vision d’un sombre éclat. On sait, après ce que nous venons de rapporter, de quel pâle récit de Flavius Josèphe le poète (ce nom convient à Flaubert) tira les figures d’Antipas et d’Hérodias qu’il a traitées dans sa manière sobre et forte, d’un si grand effet; on voit comment il a ramassé dans un seul jour et dans un seul lieu des scènes qui languissaient éparses, et fait dans un cadre étroit une grande peinture. Cette introduction historique est bien à l’avantage de Flaubert. Il y paraît que ce puissant évocateur a su rendre aux vagues ombres de l’histoire la forme et la couleur et que son conte est un merveilleux poème

L’auteur de Salammbô^ qui avait tous les scrupules, poussait très loin celui de l’exactitude historique. Il se plongeait, pour chaque scène de ses romans et de ses contes, dans des recherches infinies. On se tromperait bien si l’on croyait que, pour son Hérodias, il se contenta de feuilleter Josèphe.

Je n exagère pas en disant qu’il lut au moins cinquante volumes avant de rien écrire. Isaïe lui inspira les discours qu il mit dans la bouche de laokanann. Suétone lui fournit les traits essentiels de deux figures dont il faut que je dise un mot.

(Antipas) à un exil perpétuel à Lyon, qui est une ville des Gaules. » Et l’on trouve dans De hell. jud. : « L’empereur donna à Agrippa sa tétrarchie (la tétrarchie d’Antipas). Ainsi il (Antipas) s enfuit en Espagne; sa femme l’accompagna, et il y mourut. »

1. Gustave Flaubert. Trois contes : Un Coeur simple, la Légende de saint Julien l'Hospitalier, Hérodias. Paris, G. Charpentier et G'®, éditeurs, 1877, 248 pages, plus le faux-titre et la table.

Hérodias occupe daus ce volume les pages 165 à 248.

HERODIAS

Lucius Vitellius, gouverneur de Syrie, dont j’ai à peine parlé dans mon introduction historique, tient une grande place dans le conte à' Hérodias . C’était un administrateur habile, mais un homme d’un caractère bas. 11 fut deux fois consul et censeur sous le principat de Claude. Un jour, pour flatter l’Empereur, il demanda à Messaline la grâce de la déchausser. 11 lui ôta un brodequin qu’il ne voulut plus lui rendre. 11 le portait constamment sous sa toge et le couvrait de baisers. Son fils, Aulus, que Flaubert a peint avec tant de force, fut élevé à l’Empire par les soldats et succéda à Othon. 11 était, en réalité, aussi gourmand que dans le conte, et l’on sait qu’il inventa un plat composé de foies de carrelets, de cervelles de paons, de langues de flamants et de laitances de lamproies, qu’on appelait l’égide de Minerve.

11 serait intéressant de rapporter les circonstances dans lesquelles le parfait écrivain a conçu cet Hérodias. Mais nous n’avons rien appris à cet égard. Peut-être Flaubert, qui avait été élevé à Rouen, et qui y faisait de fréquents séjours, eut-il la première idée de ce conte tragique, en regardant la Salomé de la cathédrale. On la voit sculptée sur la façade occidentale, parmi les scènes de l’histoire de saint Jean-Baptiste, au tympan de la porte de gauche. Elle danse sur la tête, ou plutôt sur les mains. Cette attitude lui a valu parmi les Rouennais une célébrité qu’elle n’eût point acquise autrement. Car elle n’a rien pour plaire. Renversée dans sa longue robe, elle ressemble à quelque religieuse démoniaque du moyen âge. Pourtant, n’est-ce point à cette méchante figurine que Gustave Flaubert songeait en écrivant la phrase qui termine, dans Hérodias^ la plus

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prodigieuse description de la danse qui ait jamais été faite? « Elle se jeta sur les mains, les talons en l’air, parcourant ainsi l’estrade, comme un grand scarabée. »

Quoi qu’il en soit, Flaubert entreprit, ce jour-là, une tâche difficile. Peindre en quelques pages Rome, la Judée, l’Évangile. Mais cet homme fort cherchait la difficulté. Sa nature athlétique le poussait à se battre contre son œuvre. Cette fois encore, il sortit vainqueur de la lutte avec l’ange.

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