‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 4)Chapitre 83 sur 159 · HÉRODIADE ET M. GEORGES ROGHEGROSSE · texte numérisé non relu

HÉRODIADE ET M. GEORGES ROGHEGROSSE

11 ne s’agissait plus, pour interpréter plastiquement y Hérodias de Gustave Flaubert, de représenter Hérode et Salomé, selon la tradition des peintres chrétiens, comme des figures de légende; il ne convenait pas de renouveler le rêve adorable dont Ghirlandajo revêtit, à Florence, le chœur de Santa’Maria Novella, où l’on voit la mystérieuse fille d’Hérodiade dansant à la table de quelque riche Florentin, ayant à sa droite les dames de la ville, à sa gauche, seigneurs, banquiers, et même quelques riches artisans. Il ne convenait pas d’imaginer, après Bernardino Luini et notre Gustave Moreau, quelque patricienne exquise et sinistre, ni de se livrer, avec Baudelaire et ce délicat Jean Lorrain, à l’attrait des têtes coupées. Il fallait absolument entrer dans un milieu réel et précis; il fallait être archéologue, et se pénétrer des antiquités judaïques.

HÉRODIAS

M. A. Ferroud, qui a toujours d’excellentes idées, ne fut jamais mieux inspiré que le jour où, voulant donner aux bibliophiles une édition somptueuse à' Hérodias, il demanda, pour illustrer ce beau conte, des dessins à M. Georges Rochegrosse.

M. Rochegrosse, très jeune encore (il est né en 18S9), s’est fait, dans l’art contemporain, une place large et splendide par l’abondante richesse de son imagination, l’entente, si rare aujourd’hui, des compositions vastes, par sa science quasi-magique à restituer le temps où le mythe se mêle à l’histoire, par son emportement à dérouler des scènes tragiques dans un décor pittoresque, par la fougue du sentiment mêlée aux curiosités de l’archéologie,

M. Georges Rochegrosse était préparé par la nature de son talent à illustrer Hérodias. 11 y était disposé aussi par l’attachement et l’admiration qui l’avaient lié dès l’enfance à Gustave Flaubert. Beau-fils de Théodore de Banville, élevé dans le culte intime de la poésie et de l’art, M. Rochegrosse n’avait pas beaucoup plus de dix ans lorsque, après avoir lu Salammbô^ il fit du port de Carthage une aquarelle étrange, barbare, curieuse, enfantine et poétique, que sa mère montrait avec un juste ravissement. Déjà Georges Rochegrosse annonçait une imagination riche et curieuse, un don unique de vision et de reconstitution, Les espérances qu’il donnait alors n’étaient point vaines,

Et les fruits ont passé la promesse des fleurs.

PAGES D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE

Je n’ai besoin de rappeler ni la Mort de Vitellius du Salon de 1882, ni \ Andromaque de l’année suivante, ni la Jacquerie (1885), ni la Folie du roi Nabuchodoaosor (1886), ni la Curée (1887), ni le Bal des Ardents (1887). 11 convient seulement de noter, qu’en cette année 1887 M. Georges Rochegrosse avait déjà terminé une Salomc dansant devant le roi Hérode^ qui fut justement admirée.

Et, sans rappeler que le jeune maître a déjà fait ses preuves comme aquarelliste et comme illustrateur, je vous dirai seulement ; Examinez le présent livre, qui est comme un palais somptueux dont je suis le portier et que M. Rochegrosse a décoré magnifiquement. Chacune de ses compositions, gravées avec une savante élégance, une souple fidélité, par M. Champollion, fut étudiée et exécutée par le peintre, comme un tableau, avec le modèle, ardemment, patiemment, et c’est l’ouvrage de plus d’une année. Les aquarelles originales, qu’on a vues, dans l’hiver de 1892 chez Francis Petit, sont dignes du peintre à'Andromaque^ de Vitellius et du Festin de Balthazar,

L’ANNEE LITTERAIRE

Par Paul GINISTY

PRÉFACE

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