Barante, loc. cit. p
2. Conseiller d’État en 1816, président de la Commission mixte de liquidation en 1817, directeur général de l’administration départementale et de la police en 1818, Ed. Mounier perdit ces fonctions à la chute du ministère Richelieu.
11 fut nommé pair de France le 5 mars 1819, reprit ses fonctions d’intendant des bâtiments de la Couronne et rentra au Conseil d’État sous le ministère Martignac.
11 abandonna ses fonctions salariées à la révolution de juillet, prêta serment au gouvernement de Louis-Philippe et continua de siéger à la Chambre des pairs. Il remplit à Londres une courte mission en 1840. Il mourut à Passy le 11 mai 1843. A la nouvelle de sa mort, la Chambre des pairs ordonna à l’unanimité que son buste serait placé dans la salle de ses séances (TüochdLS, Biographie du Dauphiné. — Bourloton. Dictionnaire des Parlementaires).
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tèrent comme candidat à la députation le fils du célèbre avocat que le tiers-état dauphinois, vingt-six ans auparavant, avait envoyé à la Constituante. Mais le baron Mounier ne fut pas élu. En apprenant cet échec, madame Charles lui adressa une lettre où elle annonce la fin de la France, puisque son ami n’entre pas à la Chambre. Elle avait de ces élans de cœur.
Mon Dieu, à quoi servent donc le mérite et la vertu, si c’est la sottise et les vices des hommes vulgaires qui règlent tout dans le monde? Quoi! vous ne seriez pas élu? C’est à vous qu’on préfère des gens sans nom, sans talent, sans énergie! On trouve que vous n’avez pas fait assez pour le roi en abandonnant pour le suivre votre patrie, votre femme, vos enfants, votre fortune! Ah! il faudrait fuir au fond des déserts. On y oublierait cette malheureuse France qui va devenir encore une fois la proie des partis et de toutes les passions viles ou insensées. Il n’y a plus d’espérance à conserver quand l’esprit de vertige tient lieu de tout, et qu’on signale comme un danger la noblesse et la force d’un caractère pur.
Mon ami, permettez-moi ce titre que dans mon cœur je vous donne si souvent, je suis navrée de tristesse. Je ressens ce désappointement d’une manière si pénétrante que je m’en étonnerais si je ne me sentais pas identifiée avec votre existence. Recevez mes larmes, mes regrets, ma vive et sensible affection. C’est surtout dans la douleur que j’en éprouve toute la puissance.
Lundi soir.
Cette affectueuse dame ne semble pas, dans cette lettre, avoir démêlé le véritable caractère et reconnu les réels mérites du baron Mounier. On avait encore à cette époque le goût romain. Elle met du Plutarque dans ses louanges et fait de Mounier un antique. Ce n’était pas tout à fait cela. Il n’était pas redouté précisément pour la force d’un carac-
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tère inflexible, et les royalistes ne pouvaient, quoi qu’en dise cette ardente amie, le tenir pour un exemple de dévouement et de fidélité. 11 convenait mieux de le louer de sa modération, de son bon sens et de son aptitude au travail. Mais Madame Charles, sans prévoir ni redouter les folies de la Chambre introuvable, annonce, en 1815, que la France va « devenir encore une fois la proie des parties et de toutes les passions viles ou insensées ». Et il faut lui tenir compte de cette sagesse prophétique. Au reste, elle ne semble pas, d’après la correspondance que j’ai sous les yeux, s’être mêlée de politique ; on l’y voit occupée seulement d’amitié. Elle ne tarda pas à ressentir pour M. Mounier, pour Madame Mounier, qui s’appelait Wilhelmine, et pour leurs deux petites filles, Adrienne et Augustine, une sympathie qui, chez cette malade, s’enfiévra quelque peu par la suite. Sa santé déclinait. Au printemps de 1816, soit pour ne négliger aucune chance de salut, soit plutôt par un penchant naturel à la faculté d’éloigner les mourants, les médecins lui conseillèrent les bains d’Aix, en Savoie. Elle se rendit à leur avis et se prépara au voyage, qui était long en ce temps-là. Son mari, accablé par l’âge et la maladie, ne pouvait songer à l’accompagner. Il fut convenu qu’elle partirait seule pour ces montagnes et ce lac où elle devait trouver, non pas la guérison, mais l’immortalité. Plusieurs fois différé, son départ fut enfin fixé au 30 juin 1816. Avant de quitter Paris, elle écrivit au baron Mounier :
Je ne pars que jeudi, monsieur, et j’en suis bien soulagée, puisque cela m’assure que je vous verrai avant. Je ne me faisais pas à l’idée
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de m’en aller sans vous avoir dit adieu autrement qu’à un autre. Quelques heures passées avec vous me sont nécessaires.
Je serai chez moi ce matin et j’espère que je n’y aurai pas ces visites d’indifférens qui empêchent de jouir de celles des amis. Vous me direz quand je pourrai demain me réunir à Madame Mounier. 11 faut aussi que je la voye pour satisfaire mon cœur attristé et souffrant des séparations qu’il me faut subir.
Ne m’oubliez pas tout à fait, monsieur, dans ce voyage qu’à présent je ne voudrais plus faire. Si je ne retrouvais pas un ami tel que vous, je ne m’en consolerais jamais.
Julie.
Lundi, 24 juin 1816.
Depuis six semaines ou deux mois, elle languissait, seule et souffrante, dans la montagne, quand elle y rencontra un jeune homme de vingt-six ans, gentilhomme campagnard, ayant déjà pris l’air de Paris, ayant chevauché comme garde du corps aux portières de la voiture du Roi, très beau, de grande mine, d’une éloquence magnifique, avec un charme d’abandon et de langueur. C’était Alphonse de Lamartine. 11 venait soigner à Aix un engorgement de foie et des palpitations de cœur. La beauté de la jeune femme lui fit une impression subite et profonde. Ce serait le moment de peindre Madame Charles. Mais on n’a, que je sache, aucun portrait d’elle. Et nous sommes forcés de nous faire une idée de ce qu’elle était alors par l’image que Lamartine lui-même en a tracée dans sa manière idéaliste et vague. On voit, d’après lui, qu’elle était grande, brune, pâle de la pâleur créole, qu’elle avait des yeux couleur de mer claire sous des cils noirs, le front petit et le nez droit des statues antiques, les lèvres minces, des dents de nacre et l’ovale du visage aminci par
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la souffrance 1. Elle était plus âgée que lui de quelques années, et cette beauté, à son déclin, lui semblait plus touchante. 11 était dans cet état que montre admirablement saint Augustin quand il dit : « J’aimais à aimer. » Gomme René, il désirait les orages. 11 avait la curiosité des joies et des douleurs. Moins de deux ans auparavant, il avait confié à son ami de Virieu le vague de son âme :
Je sens, lui avait-il dit, mon cœur aussi plein de sentiments délicieux et tristes que dans les premiers accès de fièvre de ma jeunesse. Je ne sais quelles idées vagues et sublimes et infinies me passent au travers de la tête à chaque instant; le soir surtout, quand je suis, comme à présent, enfermé dans ma cellule et que je n entends d’autres bruits que la pluie et les vents. Oui, je le crois, si, pour mon malheur, je trouvais une de ces figures de femme que je rêvais autrefois, je l’aimerais autant que nos cœurs auraient pu aimer, autant que l’homme sur la terre aima jamais. Mon cœur bondit dans ma poitrine, je le sens, je l’entends...
Cette figure de rêve, cette apparition vague. Madame Charles, avec ses bandeaux noirs et ses beaux yeux battus,
la réalisa.
En la voyant pour la première fois, le jeune Lamartine la reconnut et l’aima. Mais qu’il l’ait aimée « autant que l’homme sur la terre aima jamais », c’est ce dont on peut douter; il était capable, sans doute, d’effusions religieuses, d’emportements lyriques, d’amoureuses ardeurs, si vous voulez ; mais il avait sa part de cet égoisme qui est une des vertus de l’homme de génie. Ces amants sonores, ces mélancoliques éloquents, ces René et ces Raphaël se regar-