VIRGILE
ous avons élevé cet enfant pour le Roi », écrivit, en
L i 1814, madame de Vigny au ministre de la Guerre, en demandant, pour son fils, un brevet de sous-lieutenant dans les gendarmes de la Maison-Rouge.
Alfred de Vigny entra dans ce corps le 1er juin 1814 : il avait alors dix-sept ans. La même année, le même mois, Alphonse de Lamartine entrait, avec le même grade, dans les gardes du corps.
Les quatre compagnies de la Maison-Rouge étaient composées de gentilshommes ruinés. Ces nobles compagnies,
comme celles des gardes du corps et des mousquetaires, donnaient, dès l’admission, le rang et la solde de souslieutenant dans l’armée.
Le 20 mars 1815, encore mal remis d’une chute de cheval qui lui avait cassé la jambe, le sous-lieutenant de Vigny suivit, à cheval, le roi et les princes jusqu’à Béthune; il entra dans cette « petite ville laide et fortifiée 1 » au moment où les habitants « commençaient à retirer les drapeaux blancs de leurs fenêtres et à coudre les trois couleurs dans leurs maisons1 ».
Les compagnies rouges, les rouges , comme on les appelait, étaient fort détestées de toute l’armée; les vieux soldats de l’empereur murmuraient. Les moustaches grises se soulevaient avec dédain devant le luxe et le rang de ces officiers imberbes, enfants dont les lèvres étaient encore humides du lait sucé tranquillement dans l'exil du manoir héréditaire ou du pays ennemi. Quand Louis XVIII eut vu une seconde fois son trône restauré, il jugea nécessaire de sacrifier à l’armée de Napoléon tous les corps d’officiers.
Les gendarmes de la Maison-Rouge furent licenciés le 31 décembre 1815.
En cette année 1815 2, Alfred de Vigny composa deux poèmes charmants : la Dryade et Symétha.
Le jeune officier s’était souvenu d’un autre jeune homme,