‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 9 sur 119 · Alfred de Vigny · texte numérisé non relu

Alfred de Vigny

ALFRED DE VIGNY

saisir ni les formuler. Le dépit lui venait de ne pouvoir réaliser sur l’implacable papier blanc que d’insipides pastiches. Ce sont là les premières tortures du talent qui naît. La tête bout et la main est froide. Quand le génie est venu, c’est le front qui est calme et la main qui est de feu, comme l’a dit un grand poète français1.

L’âme adolescente du poète sentait alors le trouble et les tressaillements de la conception. Dès lors, on pouvait pressentir l’heure d’un glorieux enfantement.

Ce moment sacré de l’âme est plein de vertiges et d’ignorances. Le jeune homme, las de la méditation que, dans son impatience, il accusait de stérilité, se reprit à maudire son apparente oisiveté et à souhaiter d’agir. 11 demanda de nouveau une épée. Dans le duel intérieur de la pensée et de l’action, c’est l’action qui se relevait victorieuse une seconde fois, mais calmée, rendue plus grave par un an de réflexion.

Alfred de Vigny, qui voulait être officier, avait résolu d’entrer dans le corps le plus recueilli et le plus savant de l’armée, dans l’artillerie. Pour atteindre ce but, il avait étudié les mathématiques avec ardeur, et il était en état de se présenter à l’École polytechnique, quand la bataille de Paris, en ramenant les Bourbons, ouvrit immédiatement au nom du gentilhomme les cadres de l’armée.

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