‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 11 sur 119 · Alfred de Vigny · texte numérisé non relu

Alfred de Vigny

2. Nous avons accepté la date de 1815, qu’Alfred de Vigny a donnée aux deux poèmes de la Dryade et de Symétha. La seule objection qu’on ait pu faire à la date de 1815 assignée à la composition de ces deux études grecques, c’est que l’imitation d’André Chénier y est apparente, et que les œuvres de ce poète n’ont été publiées, dans leur entier, qu’en 1819. — Mais les fragments donnés par Millevoye et

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poète et soldat comme lui, que l’on ne connaissait alors que par les délicieux fragments cités dans les notes du Génie du Christianisme et à la suite des poésies de Millevoye. Alfred de Vigny mit sur sa Lesbienne Symétha un pâle et doux reflet des Néère et des Myrtho d André Chénier.

Car la vierge enfantine auprès des matelots Admirait et la rame et l’écume des flots;

Puis, sur la haute poupe accourue et couchée, Saluait, dans la mer, son image penchée,

Et lui jetait des fleurs et des rameaux flottants, Et riait de leur chute et les suivait longtemps; Ou, tout à coup rêveuse, écoutait le zéphyre Qui d’une aile invisible avait ému sa lyre.

Ces accents ne sortent-ils pas du plectre d’ivoire d’André Chénier, mais touché par des doigts incertains et timides encore? Le génie lui-même commence par imiter; son originalité s’affirme par degrés. Au lieu de réunir avec effort les membres épars, son légitime butin, et d’en former, comme il faisait d’abord, un tout où les parties primitives trahissent leur origine et leur destination étrangère, le génie, de ces mêmes membres pris où il lui plaît, fait un être vivant, harmonieux et doué d’une existence

Chateaubriand, fragments très remarqués déjà en 1815, révélaient le secret de la manière et du génie de ce poète assez complètement, pour qu’un poète pût saisir ce secret. Ajoutons que les vers de la Dryade et de Symétha ne rappellent aucunement, comme facture, les merveilleux vers d’André Chénier. Dans ces deux pièces, l’influence du poète antique n’est sensible que dans le choix et l’intelligence des sujets. (1868.) — Aujourd’hui, je doute beaucoup que ces deux poèmes soient de 1815. (1923.)

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propre. C’est là toute l’originalité du génie. Nous la trouverons bientôt dans les créations de notre poète.

A cette époque, ne l’oublions pas, il est encore bien jeune; partagé entre le goût des armes et celui de la poésie, il est un peu comme les enfants du poète Prudence : il joue avec les palmes et les couronnes.

En mars 1816, l’ex-gendarme delà Maison-Rouge entra comme sous-lieutenant dans la garde à pied.

C’était encore un enfant « rose et blond1 » ressemblant à une fille déguisée, et n’ayant point de rasoir dans sa trousse, par la raison qu’il n’avait point de barbe au visage. Il marchait très droit et laissait voir tout l’orgueil qu’il avait de porter l’épaulette.

Un jour qu’il suivait la route de Rouen, avec son régiment, il eut un moment d’extraordinaire bonheur en passant devant les quatre grosses tours du château de Vigny. Ce n’est point que son père eût jamais possédé ce château qui, dès l’année 1554, avait cessé d’appartenir aux Vigny. Mais les officiers du bataillon où le jeune de Vigny était lieutenant témoignèrent « qu’ils seraient charmés » d’être reçus par lui, en regard du château, dans le village nommé Bordeaux de Vigny. Le jeune homme donna donc à ses collègues, vieux soldats à la moustache grise, « un assez mauvais déjeuner dans la mauvaise auberge du pauvre village1 ». Mais il les traita avec un si joyeux orgueil, qu’il n’eût pas changé son repas contre les festins de ses pères, « dont la fumée avait noirci les vieilles cheminées ».

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