SCÈNE VI DAPHNÉ, HIPPIAS
HIPPIAS, sur le chemin.
Vous, étoiles, salut! La corneille a chanté Là-bas, clans l’arbre creux, du sinistre côté.
Musique.
Dieux justes, détournez ce présage contraire.
Voici, sous les pins noirs, la porte funéraire.
DAPHNÉ, sans le voir.
Cher Hippias! la nuit a submergé les cieux.
Tu ne sais pas combien le temps est précieux.
Tu tardes, Hippias. Viens, accours, je suis prête. Jette-toi dans mon sein parfumé.
HIPPIAS, à la porte du tombeau.
Chère tête,
0 Daphné, mes amours, ô Daphné, mes destins,
0 sainte fugitive aux beaux pieds clandestins!
Que les Dieux comblent d’ans la nourrice au grand âge Qui vers la source en fleurs me porta ton message.
Tu n es point une enfant qui ne se plaît qu’aux jeux.
Ton âme habite un sein fidèle et courageux.
POÉSIES
Suis-moi donc, ô Daphné, confiante et tranquille :
Je serai ton époux, ta gloire et ton asile.
DAPHNÉ
Viens! Sur ce banc de marbre asseyons-nous tous deux. Quoi que médite encor l’avenir hasardeux,
Ami (car la fortune est parfois décevante),
Nous ne nous quitterons plus jamais, moi vivante.
Une brève espérance est permise aux humains.
Approche ton épaule et prends mes belles mains.
Nous n’aurons tous les deux qu’un toit et qu'une couche, Et tu recueilleras mon âme sur ma bouche.
J’ai choisi cette main pour me fermer les yeux.
Musique.
H I P P I AS
Daphné, l’heure dernière est le secret des Dieux. Songe à l’heure présente et ceins-toi pour la route. Hâtons-nous, on te cherche, on va venir... écoute.
LES NOCES CORINTHIENNES