LA P IA
POÈME
Deh, quando tu sarai tornato al mondo, E riposato délia lunga via,
Ricordati di me, che son la Pia.
Siena mi fe, disfecemi Maremma :
Saisi colui, che, inanellata pria,
Disposato m’avea colla sua gemma.
Dante. Il Purgatorio, c. V.
A Robert de Bannières.
« Quand tu seras retourné dans le monde
Et reposé de ta route profonde,
« Oh! pense à moi qu’on nommait la Pia. Sienne me fit, me défit la Maremme :
Le sait celui qui, tout d’abord, lia,
« En m’épousant, ma main avec sa gemme. »
POÉSIES
Tel est le doux propos que Dante Alighieri Ecouta sur le seuil du Mont expiatoire,
Quand, sans plaindre son sang violemment tari,
L’Ombre recommanda qu’on eût d’elle mémoire.
Pour moi, jamais récit doucement soupiré Ne traversa mon cœur d’un frisson plus sacré,
Ni de plus de pitié ne gonfla ma poitrine.
0 Toscane gentille, ô Pia ! je devine A ta douceur combien vivre te fut amer,
Quelles larmes cuisaient comme l’eau de la mer,
Au long des nuits, tes yeux, tes grands yeux d’amoureuse Et, sous tes cheveux noirs, ta joue ardente et creuse,
Et comme de son feu le charbon de douleur,
Renfermé dans ton sein, purifia ton cœur.
L’orgueilleuse cité de toute gentillesse,
Ta Sienne crénelée et peinte de blasons,
D’un murmure d’amour caressa ta jeunesse,
0 vierge, et te nourrit de ses plus doux poisons.
Quand, ton missel aux mains, tu passais dans la rue,
Les durs condottieri souriaient à ta vue.
Et tu ne savais pas que l’homme est violent Et que, prompt à l’amour, il est prompt h la haine.
Ta mère te pleura quand, sous ton voile blanc,
Un cavalier brutal, qu’enivrait ton haleine,
Epouse t’emporta dans son âpre manoir.
Et toi, tu suspendais tes bras à son cou noir,
Ta joue en rougissant pressait sa barbe rude;
Car tu 1 aimais alors, ce seigneur au poil gris.
Mais le dégoût te vint au cœur et le mépris.