LA PIA
Dans le triste château, la lente solitude Vint souffler le désir en tes légers esprits.
Ah ! pourquoi fallut-il qu à tes premières larmes Quelque brun Florentin, enfant du gai savoir, Chanteur venu de loin dans la brume du soir,
Appoi tat a tes pieds sa viole et ses charmes?
Le plus subtil esprit traversait son œil noir;
Il savait quels romans une femme préfère.
Quand bien des dits d’amour par vous deux furent lus, Un soir, sans y penser, il vous advint de faire Ce que tu redoutais et désirais le plus.
Quand tu rouvris les yeux, commença ton supplice : Le remords te vêtit de son âpre cilice.
Un feu sombre troubla ton regard longtemps clair; Péniblement tiré, ton souffle embrasait l’air,
Et tu tordais tes bras ardents, fille bien née,
Par toi-même à tromper, à mentir condamnée.
Mais tu savais mal feindre : et l’époux irrité Devina ton bonheur à ta lividité.
Pour que fût expié ton tremblant adultère,
Il fallait le martyre et la croix salutaire.
Quand ton juge mauvais, quand ton stupide époux, Les yeux voilés de sang comme un taureau jaloux, Vint rompre ton beau corps et finir ta misère,
Tu formas de tes bras une croix sur ton sein,
Tu plias aisément ta bouche à la prière,
Et, quitte par ta mort envers ton assassin,
POÉSIES
Tu fis monter l’ardeur de ta dernière haleine Vers Celui qui reçut l ame de Madeleine.
Le poète courtois garda ton souvenir,
Et si bien sut l’orner, triste' patricienne,
Que plus d’un en pleura dans ta ville de Sienne;
Même il te rendit chère aux hommes à venir.
Et j’en sais qui, lisant comme il te fallut vivre, Pour s’essuyer les yeux ont laissé choir le livre.