‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 107 sur 119 · Hadrianus, curiositatum omnium explorator. (Tertull · texte numérisé non relu

Hadrianus, curiositatum omnium explorator. (Tertull

NOTES

par la grandeur de la nouvelle et par le trouble de la nourrice, et elle se sentit défaillir. Puis, se rappelant sa fille, elle pleura. Toutefois elle dit que la nourrice délirait, et elle lui ordonna de sortir aussitôt. Mais la nourrice lui reprocha de manquer, par négligence, l’occasion de voir sa fille. « Car, disait la vieille servante, je ne suis pas folle et je n’ai point perdu 1 esprit. » Enfin, Kharitô, malgré elle, à moitié pour céder aux instances de la nourrice, à moitié par la curiosité de voir ce qu’il y avait de vrai en tout cela, se rend à la porte de la demeure réservée aux hôtes. Mais un assez long temps s était écoulé depuis l’avis donné par la nourrice, et ceux qui avaient été vus dormaient dans l’ombre. La mère, en regardant avec attention, crut reconnaître des vêtements et le profil d’un visage. Comme elle n’avait alors aucun moyen de s’assurer si ce qu’elle voyait était véritable, elle regagna son lit; elle comptait se lever matin et surprendre sa fille, ou, si elle venait trop tard, apprendre tout de Makhatès qui ne pourrait mentir, interrogé sur une telle chose. Donc elle se retira sans rien dire. A la première lueur du jour, la jeune fille, soit sur le signe d’un Dieu, soit par quelque hasard, se retira et déçut sa mère. Celle-ci vint et elle eut le chagrin de ne la point trouver. Alors elle dit tout ce qu’elle savait au jeune homme, son hôte, elle embrassa les genoux de Makhatès, elle adjura cet homme de ne rien taire et de ne point trahir la vérité. Lui, anxieux dans son cœur, troublé, pouvait parler à peine : « C’est elle, c’est Philinnion! » dit-il. Et il conta l’origine de cette union et les désirs de la jeune fille qui lui avait dit : « Je me cache de mes parents pour venir à toi. » Et, pour qu’on ne doutât point de ses paroles, il ouvrit un coffre et il en tira ce que la jeune fdle avait laissé : l’anneau d’or qu’il avait reçu d’elle et la bande d’étoffe qu’elle avait oublié de nouer audessous de ses seins, la nuit précédente. Kharitô, en voyant des signes si manifestes, poussa un grand cri, déchira ses vêtements, arracha de sa tête les bandelettes, se jeta à terre et mena une seconde fois un grand deuil. Voyant tous ceux de la maison dans une grande douleur et pleurant comme s’ils eussent dû ensevelir Kharitô, l’hôte troublé se mit à consoler cette mère, la supplia de cesser ses lamentations et promit de lui montrer sa fdle si celle-ci revenait. Kharitô, touchée de ces paroles, le pressa de veiller à tenir promptement sa promesse, et elle rentra dans sa demeure. Quand tomba la nuit et quand approcha l’heure où Philinnion avait coutume de venir auprès de l’homme qu’elle aimait, tous attendirent sa venue. Elle vint. Lorsqu’elle fut entrée dans la chambre au

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temps accoutumé et qu’elle se fut assise sur le lit, Makhatès ne montra point de surprise. Il ne croyait nullement s’être uni à une morte. L’enfant venait soigneusement à lui, à l’heure fixée; elle mangeait et buvait avec lui. Il n ajoutait pas foi à ce qu’on lui contait. Il supposait que quelquesuns de ceux qui ensevelissent les morts avaient arraché du sépulcre de Philinnion ses vêtements et ses ornements d’or et qu’ils les avaient vendus au père de la jeune fille inconnue qui le visitait. Il fit appeler par un esclave Démostratos et Kharitô. Ils vinrent : ils virent Philinnion. Ils restèrent d abord muets, accablés, foudroyés par un si prodigieux spectacle. Puis ils poussèrent un grand cri et embrassèrent leur fille. Alors Philinnion leur dit : « O ma mère et mon père, qu’injustement vous m’avez envié les trois jours que je devais passer avec l’hôte dans la maison paternelle, sans nul maléfice! Vous gémirez de nouveau à cause de votre curiosité. Moi, je retourne dans la demeure qui m’est assignée. Et ce n’est point sans une volonté divine que je suis venue ici. » Elle dit et .tomba morte. Son corps visible fut couché sur le lit. La mère et le père l’embrassèrent. Ce fut dans toute la demeure un grand tumulte et des lamentations à ce spectacle irréparablement terrible, à cette incroyable aventure.

Aussitôt le bruit s’en répandit par la ville et vint à moi. Cette nuit même, j’ai retenu la foule d’hommes qui affluait vers la maison. Car je craignais que quelque chose d’extraordinaire ne fût tenté, quand une telle nouvelle serait publiée. Le lendemain le théâtre fut rempli de curieux. Quand toutes les circonstances furent rapportées à chacun isolément, nous convînmes d’aller avant tout au tombeau pour nous assurer si le cadavre était dans le cercueil, ou si le cercueil était vide. Quand nous eûmes ouvert la chambre où tous les morts de cette famille reposaient, nous vîmes les autres cadavres étendus sur leur lit et les ossements de ceux qui étaient morts depuis longtemps. Sur le lit où Philinnion avait été déposée et ensevelie, nous trouvâmes l’anneau de fer de l’hôte et la coupe d’or qu’au premier jour elle avait reçue de Makhatès. Surpris, stupides de surprise, nous allâmes aussitôt chez Démostratos, dans la salle réservée aux hôtes, pour voir si là était vraiment le corps de la jeune fille. L’ayant vu, couché à terre, nous nous rendîmes à l’assemblée, car ce qui venait de s’accomplir était grand et incroyable. Comme l’assemblée était tumultueuse, et comme il était à peu près impossible d’expédier aucune affaire, Hyttos, qui passe chez nous non seulement pour un

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devm excellent mais aussi pour un illustre augure, et qui a approfondi tout ce qui est de l’art divinatoire, se leva et ordonna que le cadavre de la jeune femme fût enseveli hors de l’enceinte (bien loin qu’on le portât une seconde fois en terre, au milieu de nous). Il ordonna d’apaiser Hermès souterrain et les Énnnys. Il prescrivit à chacun de purifier, de laver

I eau lustrale les choses sacrées et de faire des sacrifices aux dieux Mânes.

II me prescrivit spécialement de sacrifier à l’Empereur, à la République, a Hermès, à Zeus Hospitalier et à Arès, et de procéder soigneusement. 11 dit, et nous fîmes ce qu’il avait ordonné. Makhatès, l’hôte que le spectre avait visité, de douleur, se donna la mort. Au surplus, si tu décides qu’il faille écrire à l’Empereur, touchant cette affaire, fais-le-moi savoir par

une lettre. Je pourrai même envoyer quelques témoins qui ont tout vu. Sois bien.

L’auteur de cette relation veut être cru à la lettre; il n’omet aucune des circonstances qui peuvent donner à son récit les caractères de l’authenticité., Pour prévenir les défiances, il montre qu’il les a eues toutes. Et, malgré la minutieuse exactitude du narrateur, son récit nous touche par quelque chose de vague et de profond. Il y a dans ce qu’il conte une beauté qui lui échappe. Il veut préciser un fait, il laisse entrevoir un symbole. Cette morte amoureuse a je ne sais quoi d’une chrétienne. Le Nazaréen semble l’avoir effleurée. Gœthe, dont le génie portait la lumière sur tout ce qu’il explorait, illumina les ténèbres du Trallien. Il fit voir en ces deux amants, séparés par leurs parents et rejoints par une force mystérieuse, deux victimes de la lutte des Dieux qui agita le monde depuis Néron jusqu’à Constantin. Il fit la Fiancée de Corinthe.

Bien que ce poème ait creusé son sillon dans toutes les mémoires, on se plaira à le retrouver ici. J’en donne une traduction que M. Camille Benoit a bien voulu me communiquer.

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