‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 16 sur 119 · VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRGILE

El o A parut en 1824, chez le libraire Boulland, et les Poèmes antiques et modernes furent publiés en 1826 par le célèbre éditeur romantique Urbain Ganel. Enfin, en 1829, Gosselin, sous le titre de Poèmes , réunit les œuvres en vers d’Alfred de Vigny1.

1. Nous avons emprunté à la Petite Revue , publiée par M. Pincebourde, les renseignements bibliographiques que nous donnons ici. Voici, pour les compléter, un fragment de l’excellent article où nous avons puisé :

« Depuis cette édition ( Gosselin , 1829), les versions n’ont plus varié; seulement, pour la réimpression de ses œuvres complètes chez Delloye et Lecou, où ses poésies prirent définitivement le titre de Poèmes antiques et modernes, Alfred de Vigny ajouta, en 1837, deux pièces nouvelles à ce volume : Paris, élévation (poésie qu’il

ALFRED DE VIGNY

L’élite du public avait fini par savoir qu’un poète était né. Aussi bien la renaissance poétique de 1830 n’avait rien produit de si doux; elle n’a rien laissé de si pur.

Dans toutes les compositions de ce recueil, une pensée philosophique est mise en scène sous une forme épique ou dramatique.

Moïse , c’est la plainte du génie qui vit solitaire parce qu’il n’a point d’égaux. Il voit l’amour s’éteindre et l’amitié tarir; il marche triste et seul, enveloppé de la colonne noire. C’est la harpe biblique instruite à vibrer aux troubles profonds de l’homme moderne. Rien, dans la poésie française, ne surpasse ce chant grave et sacré.

Après le vaincu du génie, Moïse, le poète dit Eloa, vaincue de la pitié.

Byron avait chanté le Ciel et la Terre dans une œuvre immense; il avait, le poète révolté, tendu la main au grand révolté, à Lucifer, héros triste et magnifique du drame de Caïn ; Thomas Moore, d’une voix moins forte, avait célébré les amours des anges; Chateaubriand, pour s’enivrer d’encens, avait ouvert un paradis poétique sur la tête

avait publiée précédemment chez Gosselin, une brochure in-8°, en 1831), et les Amants de Montmorency.

» L’édition de 1829, précédée d’une préface (qui n’est pas celle de 1822), présente cette particularité, que la même année, trois mois après la première mise en vente, il en fut fait une réimpression, pour laquelle Alfred de Vigny écrivit une seconde préface; elle s’y trouve imprimée après celle de la précédente édition, que nous indiquions plus haut, et c’est la première préface de 1829 qui, à peu de chose près, existe encore aujourd’hui en tête de ses poésies complètes.

» L'Ode au Malheur, qui avait paru seulement dans l’édition de 1822, ne fut rétablie parmi les œuvres de son auteur qu’en 1842, dans la première édition de ses Poésies complètes, format in-12, chez Charpentier; elle y fut replacée grâce aux observations de Sainte-Beuve, dont nous avons parlé, et depuis lors elle a fait partie de toutes les réimpressions de cet ouvrage. »

ALFRED DE VIGNY

de ses Martyrs. M. de Lamartine portait alors dans son cerveau son immortel ouvrage, la Chute d’un ange. Tout poète alors, sachant que le destin lui avait donné une tête haute pour regarder les cieux, y cherchait le souvenir de son origine, et ne refusait pas aux anges déchus comme lui une pensée fraternelle. Ce vers, avant de passer sur une lèvre inspirée, était dans bien des cœurs :

L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.

C’est dans cette atmosphère pleine d’encens céleste et de fumée de l’abîme que M. de Vigny respira l’idée de la fille des anges, et l’exhala dans un long et pur soupir de poète.

Elle resplendit au fond de toutes les mémoires, cette belle Eloa, qui, née d’une larme de Jésus, aime Lucifer parce qu’il souffre, veut le sauver et se perd avec lui. Dans ce poème, consacré au plus beau des crimes, la femme apparaît à demi sous la robe et les ailes de l’archange; les blancheurs angéliques y tiédissent sous la chaleur d’un sang riche et pur. Éloa est un ange. La muse du poète est chaste sans froideur; comme il a été dit : « On a chaud sous sa toison d’hermine1. »

Au-dessous d’Éloa, belles d’une beauté moins haute, se groupent la femme adultère, la fille de Jephté, madame de Soubise, Emma aux petits pieds, princesse de la Gaule, et Dolorida, de qui le sang espagnol ne ment pas au proverbe :

Yo amo màs a tu amor que a tu vida.

J’aime mieux ton amour que ta vie.

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