‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 18 sur 119 · WEBSTER · texte numérisé non relu

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Le lundi 6 novembre 1826, à 11 heures, le comte Alfred de Vigny fut présenté, par le colonel Hamilton Bunbury, à sir Walter Scott, dans un appartement de l’hôtel de Windsor.

L’auteur d 'Ivanhoé, prenant le volume de Cinq-Mars , dit : « Je connais cet événement, c’est une belle époque de votre histoire nationale... Ne comptez pas sur moi pour critiquer, mais je sens, je sens. »

Juste hommage que fît Alfred de Vigny, en présentant son Cinq-Mars à Walter Scott. C’était bien en effet l’influence

ALFRED DE VIGNY

des admirables compositions historiques du vieil Écossais qui avait produit le roman de M. de Vigny.

Les œuvres de Walter Scott, connues en France par les traductions de M. Defauconpret, étaient beaucoup lues et fort admirées alors. La curiosité historique s’éveillait. Augustin Thierry restituait l’histoire avec cette force créatrice qui est de la poésie. Avant lui Chateaubriand avait fait preuve, dans ses Etudes , d’un amour intelligent de l’histoire. Les artistes se tournaient vers le passé dont ils voulaient reproduire la vraie couleur et la vraie forme. Victor Hugo, de son œil grossissant, interrogeait les gnomes et les démons de Notre-Dame. Victor Hugo n’a pas toujours voulu comprendre ce que répondirent ces symboliques représentants du moyen âge : le sang bouillonne avec trop de fracas dans sa tête pour que ses oreilles puissent percevoir, au milieu de ce vacarme intérieur, les bruits du passé. Victor Hugo ne s’était pas moins inquiété d’histoire. Alexandre Dumas, avec Henri ///, avait mis au théâtre un semblant d’histoire. C’était le fonds commun où l’on puisait; le génie lui demandait l’idée, le talent lui demandait les formes et les couleurs.

Alfred de Vigny, dans son enfance, avait dévoré beaucoup de mémoires et de chroniques, et depuis n’avait cessé de respirer cette poussière du passé, incessamment remuée autour de lui; son idée dut nécessairement se formuler au moins une fois dans un cadre historique.

En une nuit de l’année 1824, à Oloron, dans les Pyrénées, il écrivit le plan de son roman de Cinq-Mars. Il laissa l’œuvre se développer deux ans dans sa tête, et, en 1826, commença d écrire, après avoir lu « à la lampe 300 volumes

et manuscrits mal imprimés et mal écrits de toute façon1 ».

La besogne est méritoire, surtout pour M. de Vigny qui, il faut le dire, n’avait pas, ce faisant, la moindre intention de peindre une époque ou des caractères historiques, mais bien de créer des types imaginaires. Il étudia le xviie siècle, non pour peindre le xvne siècle, mais pour y faire mouvoir, sous des noms historiques, des êtres conçus par lui et réalisant son idéal particulier. L’histoire n est, dans son œuvre, que la toile de fond, qu’une manière assez arbitraire d indiquer que les personnages se tiennent en un lieu quelconque de la terre.

Étrange contradiction! M. de Vigny, les documents en main, compose un roman historique et repousse jusqu’à la pensée d’y faire intervenir la vérité historique.

« A quoi bon, dit-il dans la préface de son roman, à quoi bon les arts, s’ils n’étaient que le redoublement et la contre-épreuve de l’existence?... Laissez-nous rêver que parfois ont paru des hommes plus forts et plus grands, qui furent des bons ou des méchants plus résolus; cela fait du bien. Si la pâleur de votre vrai nous poursuit dans l’art, nous fermerons ensemble le théâtre et le livre, pour ne pas le rencontrer deux fois. »

Selon ces théories, l’imagination n’interprète pas la vérité : elle l’abolit pour se substituer à elle.

M. de Vigny comprit d’une étrange façon le roman historique; ce fut pour lui l’occasion de substituer aux personnages réels des personnages typiques et presque

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