‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 22 sur 119 · Alfred de Vigny · texte numérisé non relu

Alfred de Vigny

ALFRED DE VIGNY

retrouve dans les détails, qui sont ingénieux pour la plupart, profonds quelquefois. Quelques superbes scènes méritent le souvenir; le duel du Ve acte compte parmi les plus beaux fragments qu’on puisse citer du théâtre français.

On sent combien il nous serait facile de généraliser les critiques que nous adressons à la Maréchale d’Ancre, et comme facilement on pourrait excuser Alfred de Vigny par l’influence du milieu.

J’aime la majesté des souffrances humaines.

ALFRED DE VIGNY

Alfred de Vigny publia Stello en 1824, Servitude et grandeur militaires en 1835.

Poète et soldat, il a raconté le soldat moderne et le poète moderne.

Le livre de Servitude et grandeur militaires est composé de trois simples récits qui sont peut-être ce qu’on a dit de plus fort et de plus beau sur le soldat. Alfred de Vigny avait pu, en quatorze ans d’armée, longuement mesurer la grandeur du caractère militaire et son véritable esclavage. Il avait jugé que l’homme de guerre, isolé du citoyen, comme

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il l’est en France, devient malheureux et féroce à sentir sa condition mauvaise et absurde. Tout en voyant les fronts pliés, sous le shako, aux monstrueuses résignations de l’obéissance passive, il les avait trouvés beaux de leur stoïque impassibilité dans l’accomplissement de devoirs pénibles ou odieux. Il avait compris que c’étaient là des esclaves, mais des esclaves pleins de grandeur. En mémoire de ces héros obscurs, le poète frappa trois médailles de bronze, trois rudes profils impassibles et douloureux, les trois effigies du capitaine du Marat déchiré par le duel intérieur du devoir et de la conscience; de l’adjudant d’artillerie de Vincennes, martyr de la responsabilité absurdement liée à l’obéissance passive; et du capitaine Renaud, héros anonyme de l’honneur. Vigny a profondément gravé ces durs visages, simples et francs, sillonnés de coups de sabre et de rides; il a excellé à faire glisser une larme furtive sur leurs joues de bronze, car il aimait les grognards.

Dans sa vie de garnison, il avait toujours préféré aux jeunes officiers pleins de chiffres et de théories, « savants sur la coupe de leur habit, orateurs de café et de billard 1 », bavards et vides, les vieux capitaines froids, sévères et bons, dont le dos voûte était demeuré tel que l’avait plié le sac lourd d’habits et de munitions. C’était la société de ces moustaches grises que le lieutenant de Vigny recherchait de préférence. Il les écoutait, il recueillait le récit de leurs impressions et de leurs souvenirs. Il s’efforçait de retrouver l’homme sous le soldat et de faire jaillir de

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