‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 8 sur 119 · Alfred de Vigny · texte numérisé non relu

Alfred de Vigny

ALFRED DE VIGNY

élèves rougissaient de honte et « jetaient leurs livres à la tête des maîtres ».

Alfred de Vigny conçut alors « un amour désordonné de la gloire des armes1 ». Marcher à la gloire, c’était, de l’avis commun, suivre Napoléon. La jeunesse ne se précipitait pas alors, comme les volontaires de 1793, à la glorieuse servitude d’un principe : elle se ruait pour servir un homme. Mais M. Léon de Vigny, qui avait brisé son épée pour ne pas fausser son serment de fidélité au roi, ne croyait pas qu’une épée de gentilhomme dût répondre à la diane du camp impérial. Il se hâta de tirer son fils d’au milieu de ces jeunes têtes belliqueuses et napoléoniennes de sentiment, et jeta de suite l’adolescent au milieu du monde, comptant que le murmure des salons étoufferait à ses oreilles juvéniles le grondement prochain du canon de Leipzig.

Il semble qu’en effet, grâce à ce changement, le rêveur ait alors surmonté l’homme d’action dans cet adolescent promis par la destinée aux spéculations de l’esprit.

Alfred de Vigny, libre enfin d’étudier et d apprendre, se jeta dans tous les travaux où son imagination le poussait. Il lisait et écrivait avec une sorte de fureur, sous la direction d’un vieux précepteur dont il a laissé le nom,

1 abbé Gaillard; il traduisait Homère du grec en anglais. Il faisait aussi des tragédies classiques qu’il avait l’esprit de déchirer à mesure qu il les écrivait; il essayait des romans et des comédies. Il était inquiet, sentant en lui comme des idées, mais si vagues et si fuyantes, qu’il ne pouvait ni les

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