SCÈNE V
HERMAS
Les femmes sont souvent malades, insensées.
Sans doute une âcre humeur altère leurs pensées,
Et, si parfois ce don est en elles de voir
Les choses que les Dieux couvrent d’un voile noir,
La fureur, le délire et l’impure manie,
Répandus dans leurs sens, en troublent l’harmonie.
Un tel mal est nommé divin; mais qui ne sent Que tout mal est divin et vient d’un Dieu puissant?
Un Dieu mit sur la femme un charme qui nous dompte, Un Dieu ne voulut pas qu’elle vécût sans honte,
Et la vierge se trouble en sa jeune saison,
Car la nourrice antique, au soir, dans la maison,
LES NOCES CORINTHIENNES
Laisse son lourd fuseau pencher; ses lèvres molles Ne mouillent plus le fil, mais, promptes aux paroles, Racontent un Dieu jeune expiré dans sa fleur.
La blessure est eclose et rit sur la pâleur De son liane adoré que parfume la myrrhe.
La jeune fille écouté; elle voit, elle admire.
Et la nourrice dit comment Dionéia,
Sous ses cheveux épars qu’un long deuil délia,
Appelle et se lamente, et de sa belle bouche Ranime le cher Dieu rougissant sur sa couche.
C est pourquoi tous les ans, douteuses aux maris,
Les femmes s’en vont plaindre Adonis à grands cris,
Et, faisant retentir 1 airain, lentes pleureuses, Remplissent de leur deuil les terrasses ombreuses. D’autres cherchent Krestos dans la nuit des tombeaux. Pourtant ces Dieux ne sont ni glorieux ni beaux,
Que la mort a souillés et qui veulent qu’on pleure.
Il est d un Dieu d’aimer la joie : or, voici l’heure De goûter le vin noir et de se plaire aux mets.
Un esclave s’approche.
Enfant, ceins mon front d’ache et d’hyacinthe, et mets Les parfums syriens sur la table d’érable.
Zeus, et toi, fils de Zeus, Lyæos favorable,
A vous d’abord le vin que vous avez mûri.
Puis j’emplirai pour moi le calice fleuri.
Le vin donne au vieillard de divines pensées Et le fait vivre encor dans les choses passées.
Le souvenir est cher à qui sut beaucoup voir.
Les morts ne boivent plus, errants dans l’Hadès noir.
POÉSIES
Je veux goûter la moule à la valve polie.
La coquille marine, enfant, est mieux remplie Quand la lune nouvelle, au-dessus de la mer,
Lève une corne line et blanche dans l’éther.
Artémis est égale aux Dieux, pères des choses;
Sa face incorruptible enseigne bien des causes.
Enfant, songe à surprendre aux vieillards les secrets Qu’ils ont connus, touchant les astres, les forêts,
Les nuages épars, les monts et la mer blême,
Afin îjue, connaissant ces grands secrets toi-même,
Tu remplisses ta tâche avec habileté,
Et que, servant très bien, tu sois très bien traité...
Je vois un étranger vers ma demeure élue S’avancer. Que mon seuil l’accueille et le salue!
Il vient des Dieux. Enfant, cours vers lui. Quel qu’il soit, Dis-lui bien qu’il m’honore en entrant sous mon toit,
Et que le vin l’attend dans la maison prospère.