SCÈNE VIII
ARTÉMIS et APHRODITE. Musique.
ARTÉMIS
Non, jamais plus la nuit divine,
Sous 1 astre pâle au front changeant,
Ne verra dans les fleurs d’épine Etinceler mes pieds d’argent.
APHRODITE
La mer, moins souple que mes hanches, Moins profonde que mes yeux clairs,
Ne verra plus mes formes blanches Eclairer ses bords longtemps chers.
ARTÉMIS
Je ne donnerai plus la grâce,
La force et 1 antique beauté Au jeune homme, fleur de la race, Chaste et pieux dans la cité.
POÉSIES
APHRODITE
Les amants dont j etais la reine Ne pourront jamais ressaisir Le don premier : la paix sereine Dans l’inévitable désir.
ARTÉMIS
La vierge solitaire et tendre Croîtra sous un Dieu menaçant;
Elle s’étonnera d’entendre Qu elle fut impure en naissant.
APHRODITE
Les femmes craindront d’être belles; Tous leurs amours seront amers,
Et les fils des races nouvelles Iront les fuir dans les déserts.
ARTÉMIS
Jeune tête aux chastes pensées,
Plus pures que les fleurs des joncs, Viens, que tes tempes caressées Brillent dans l’ombre où nous plongeons!
APHRODITE
Suis-moi ; la volupté féconde A par moi rempli tout ton cœur.
Viens ; que ferais-tu dans un monde Qui pleure et périt de langueur?
LES NOCES CORINTHIENNES ARTÉMIS
Suis-moi dans notre ciel limpide,
Bit sois immortel comme nous!
Partons; un pan de ma chlamyde Flotte déjà sur tes genoux.
APHRODITE
Partons ; mon voile et ma ceinture Viendront effleurer ton côté.
Je veux sur ton essence pure Mettre une éternelle beauté.
Elles le baisent, lui font signe de les suivre et s’évanouissent dans l’air.