‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 90 sur 119 · HIPPIAS, DAPHNÉ, KALLISTA · texte numérisé non relu

HIPPIAS, DAPHNÉ, KALLISTA

KALLISTA entre, une lampe à la main, Daphné, cache sa tête dans la poitrine d’Hippias.

Quels sont ces cris? qui donc dans la chaste demeure S'abandonne aux esprits immondes, dont c’est l’heure? Quels infâmes soupirs et quels baisers impurs Infiltrent à travers les solives des murs Les vapeurs de la mort et de la pestilence?

Homme, es-tu pris de vin, et fais-tu violence A quelqu’une parmi celles que je conduis,

Par la chaleur des jours et dans l’ombre des nuits,

Vers la Cité céleste aux murailles vivantes?

As-tu saisi de force une de mes servantes?

Mais j ai trop entendu que vous parliez tous deux,

Et vos voix se mêlaient dans un concert hideux.

Dieu! jusque sous mon toit le Démon de luxure A-t-il exaspéré de sa rouge morsure Une iemme chrétienne au point de la plonger Lapide et d un seul bond dans un lit étranger?

A genoux, à genoux! quelle que tu sois, femme, loi qu un immonde esprit d’incontinence affame Et chasse au soir hurlante et chaude d impudeur,

Chienne dont le gosier aboie au chien rôdeur,

LES NOCES CORINTHIENNES

Les lanières de cuir, le fouét très salutaire, Domptant soixante fois ta chair, la feront taire.

H I P P I AS

La majesté des ans éclate sur ton front,

Femme, mais ton courroux s’est allumé trop prompt.

J’ai reçu sous ce toit la couronne de lierre

Fit je n ai point souillé la couche hospitalière.

Une esclave n’a pas monté d’un pied léger,

Comme une empuse, au lit du pieux étranger.

Je roulais en mon cœur une pensée honnête.

Calme ton esprit, femme, et vois la chaste tête De ta fille que j'aime et qui m’aime.

KALLISTA

0 stupeur!

Mes regards sont voilés d'une infecte vapeur.

Elle est là, je la vois! C’est toi, fille chrétienne?

Un païen sans mourir mit sa main sur la tienne. Abomination! 0 Christ, où donc es-tu?

Où dorment loin de nous ton glaive et ta vertu? Christ, regarde cet homme! ô Roi, regarde et frappe. Il a touché ta part, il a mordu ta grappe.

DAPHNÉ

Mère, si je ne vis avec lui, je mourrai.

POÉSIES

KALLISTA

Homme impur, sacrilège, anathème au Dieu vrai, Je te chasse. Va-t’en de la maison fidèle; ‘

Fuis et ne souffle pas tes poisons autour d’elle, Mais cours honteusement, la tête dans tes mains. Va chercher pour la nuit, au hasard des chemins, Des lits dignes de toi dans d’infâmes auberges. Hâte-toi, si tu veux ne pas fuir sous les verges.

Un Démon furieux s’agite dans ton corps Et fait monter l’écume à ta bouche. Je sors,

0 femme ; je franchis ton seuil la tête haute.

Tu chasses de ces murs l’honneur avec ton hôte. De ton toit, où la strix aura bientôt chanté, Regarde s’envoler avec l’hôte insulté L Innocence, la Foi, la Paix, vierges augustes,

Et la Piete sainte et le chœur des Lois justes. Vois s’enfuir avec moi l’âme de ton enfant.

Zeus me garde peut-être un retour triomphant.

Hippias!

HIPPIAS

0 Daphné!

Il sort.

LES NOCES CORINTHIENNES

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