‹ Œuvres complètes illustrées de Gustave FlaubertChapitre 23 sur 39 · SOUVENIRS INTIMES XXVII · texte numérisé non relu

SOUVENIRS INTIMES XXVII

restait plus que quelques pages à terminer : ^^ J'avais raison ! Je tiens mon renseignement du professeur de botanique du Jardin des Plantes, et j'avais raison, parce que l'esthétique est le Vrai et qu'à un certain degré intellectuel (quand on a de la méthode), on ne se trompe pas, la réalité ne se plie point à l'idéal, mais le confirme. Il m'a fallu pour Bouvard et Pécuchet trois voyages en des régions diverses, avant de trouver leur cadre, le milieu idoine à l'action. Ah ! ah ! je triomphe ! ça, c'est un succès ! et qui me flatte ! »

Il se disposait à partir pour Paris où il venait me rejoindre. C'était la veille de son départ, il sortit du bain, monta dans son cabinet ; la cuisinière allait lui servir son déjeuner, quand elle s'entendit appeler. Elle accourut ; déjà ses poings crispés ne pouvaient ouvrir un flacon de sels qu'il tenait dans la main. Il articulait des paroles ininteUigibles dans lesquelles cependant elle distingua : cEylau... allez... chercher... avenue... je le connais.»

Une lettre de moi reçue le matin lui apprenait que Victor Hugo allait s'installer avenue d'Eylau ; c'était sans doute une réminiscence de cette nouvelle et aussi comme un appel de secours ; il songeait à son voisin et ami le docteur Fortin.

La dernière lueur de sa pensée a évoqué le grand poète qui avait tant fait vibrer sa nature.

Aussitôt il tomba sans connaissance. Quelques instants plus tard il ne respirait plus, l'apoplexie avait été foudroyante.

Caroline Comm an ville.

Paris, décembre 1886.

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Fac-siuiilé de la première lettre connue de Flaubert (fin 1829-début^l830) (publiée par A. Mignot, dans Ernesf Chevalier et Flaubert).

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Fac-similé de la lettre du 31 décembre 1830.

A ERNEST CHEVALIER (1)

[Rouen, 31 décembre 1830.] (»)

Cher Ami,

u as raison de dire que le jour de l'an est bête, mon ami on vient de renvoyer le brave des bravée la Fayette aux cheveux blancs la liberté des 2 mondes (^). ami je t'en veirait de mes discours politique et constitutionnel libéraux, tu as raison de dire que tu me feras plaisirs en venant à Rouen sa m'en fera beaucoup, je te souhaite une bonne année de 1831. embrasse de tout ton cœur ta bonne famille pour moi. Le camarade que tu mas envoyer a l'air d'un bon garçon quoique je ne l'ai vu qu'une fois, je t'en veirait aussi de mes comédie. Si tu veux nous associers pour écrire moi, j 'écrirait des comédie et toi tu écriras tes rêves, et comme il y a une dame qui vient chez papa et qui nous contes toujours de bêtises je les écrirait, je n'écris pas bien parceque j'ai une casse à recevoir de Nogent (*). adieu répond moi le plutôt possible. Adieu ; bonne santé ton ami pour la vie. Réponse le plutôt possible je t'en prie.

(1) L'orthographe du manuscrit a été conservée, ainsi que pour les deux lettres de 1831 et celles de 1832 qui suivent.

(2) Le manuscrit ne porte aucime indication de date ni aucun cachet de la poste.

(3) C'est le 24 décembre 1830 que le titre de commandant général des gardes nationales du royaume fut aboli par la Chambre des députés. Le même jour, La Fayette, absent de la Chambre au moment du vote, adressa sa démission au Roi.

(4) Caisse de friandises envoyée chaque année par la grand'mère Flaubert.

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Fac-similé de la lettre du 11 février 1831.

* AU MÊME (1)

Le 4 février 1831.

Mon cher Ami,

Je te réponds poste pour poste. Je t'avais dit que je ferais des pièces mais non je ferai des Romans que j'ai dans la tête qui sont la belle Andalouse, le bal masqué, Cardenio, Dorothée, la Mauresque, le curieux impertinent, le mari prudent. J'ai rangé le billard et les coulices. Il y a dans mes proverbes dramatiques plusieur pièce que nous pouvon joué. Ton bon papa est toujours de même. Vois-tu que j'avais raison de dire que la belle explication de la fameuse constipation et l'éloge de Corneille {^) tourneraient à la postérité c'est-à-dire au postérieur. Je n'oublie pas non plus l'intrépide Mayeux (^). Tâche de me répondre aussi exactement que moi. Cela ne t'est guère possible car tu est maintenant pape religieux diable savant auteur et toute la clique les trois patriarches Abraham Isaac et Jacob. Plutôt un jacobin que Jacob. Bonjour, bon an..., va-ten à Rouen.

Ton intrépide [ ] ami jusqu'à la mort.

Réponse.

* AU MÊME

[11 février 1831.]

Cher Ernest,

Je te prie de me répondre et de me dire si tu veux nous associer pour écrire des histoires, je t'en prie dit-moi le, parceque ci tu veux bien nous associer je t'enverrai des cathiers que j'ai commencé a écrire et je te prirait de me les renvoyer, si tu veux écrire quelques chose dedans tu me fras beaucoup de plaisirs.

Amand (*) s'ennuie de ce que tu ne lui répond pas. Je te pris en toute grâce de me donner des nouvelle de ta bonne tante et insi que ta respectueuse famille, répond moi le plus tôt possible.

Je ne t'en écris pas plus long j'ai du devoir qui me presse, je finis de t'écrire en t'en brassant.

Ton fidèle ami.

Ce 11 février 1831. Rouen.

* AU MÊME

[15 janvier 1832.]

Mon cher Ami,

Ton bon papa va un peu mieux, le remède que papa lui a donné l'a soulagé et nous espérons que bientôt il sera guéri. Je prends des notes sur Don Quichotte et M. Mignot (^) dit qu'il sont très bien. On a fait imprimer mon éloge de Corneille,

(1) L'adresse porte : A l'intrépide ami Ernest Chevalier, Andelys.

(2) "L'Eloge de Corneille, suivi d'un Eloge de la constipation, est le premier essai en prose connu de Gustave Flaubert. Il a été autographié alors sous le titre Trois pages d'un cahier d'écolier ou Œuvres choisies de Gustave F***, en quelques exemplaires, par les soins de M. .Amédée Mignot, oncle de Chevalier, et n'a jamais été reproduit depuis lors.

(3) Camarade de Flaubert et de Chevalier que je n'ai pu identifier d'une façon précise. Flaubert écrit tantôt Mayeux, tantôt Mahieu, le plus souvent Malleux, ou Malhcux.

(4) Armand Chevalier.

(5) Grand-oncle de Chevalier.

je crois que c'est Amédée et je t'en envois une exemplaire. Le billard est resté isolée, je ne joue plus la comédie car tu n'y est pas. Le dimanche que tu est parti m'a semblez dix fois plus long que les autres. J'ai oublier à te dire que je m'en vais commencé une pièce, qui aura pour titre l'Amant avare, ce sera un amant avare, mais il ne veut pas faire de cadeaux à sa maîtresse et son ami l'attrape. Fait bien des compliments de ma part à ta famille, je te dirai la fin de ma pièce à une autre lettre que je t'écrirai. Engage tes parens à venir avec toi au Carnaval, travaille à ta géographie. Je commencerai aussi une histoire de Henri 4 de Louis 13 et de Louis 14 il faut que je travaille. Répond-moi, n'oublie pas Mathieu n'y l'avard trompé. Adieu mon meilleur ami jusqu'à la mort nom de Dieu.

Bonsoir. Ton vieux ami.

Réponse.

Rouen, ce 15 janvier année 1S32 de Notre-Seignenr Jésus-Christ.

* AU MEME

[.31 mars 1832.]

Mon intrépide,

Tu sais que je t'avais dit dans une de mes lettres que nous n'avions plus de spectacle, mais depuis quelques jours nous avons remonté sur le billard, j'ai près de 30 pièces et il y en a beaucoup que nous jouons nous deux Caroline. Mais si tu voulais venir à Pâques tu serais un bon enfant et rester au moins huit jours. Tu vas me dire et mon catéchisme. Mais tu partirais le Dimanche après les vêpres à six heures tu serais à Rouen à onze, et tu nous quitterait avec grand regret le samedi dans l'après-midi. Ton bon papa va mieux. J'ai fait un morceau de vers intitulée une mère qui est aussi bien que la mort de Louis 16. J'ai fait aussi plusieurs pièces et entre autres une qui est l'Antiquaire ignorant qui se moque des antiquaires peut habiles et une autre qui est les apprêts pour recevoir le roi, qui est farce.

Si tu savais il y a un élève au père Langlois (^) qui est Alexis qu'on appelle Jésus, il a manqué l'autre jour de tomber dans les lieux. Au moment où il mettait sa façade sur la lunette les planches ont craqué et s'il ne s'était pas retenu il serait tombé dans les excrémens du père Langlois. Adieu.

Réponse vite par la prochaine occation.

Rouen, ce 31 mars 1832.

* AU MÊME

[3 avril 1832?] (=)

Victoire, Victoire,

Victoire, Victoire, Victoire, tu viendras un de ces jours, mon ami, le théâtre

(1) Eustache-Hyacinthe Langlois, peintre, dessinateur et graveur, né à Pont-de-l' Arche le 3 eût 1777, mort à Rouen le 29 septembre 1837. Ami de la famille Flaubert. Il est l'auteur du portrait de Gustave enfant, reproduit en tête de ce volume.

(2) L'autographe ne porte ni date ni timbre de la poste.

les afiches, tout est prêt. Quand tu viendras Amédée, Edmond (^), M™^ Chevalier (2), maman, 2 domestiques et peut-être des élèves viendront nous voir joué, nous donnerons 4 pièces que tu ne connais pas mais tu les auras bientôt apprises. Les billets de 1^^, 2™^ 3me sont fais il y aura des fauteuils il y a aussi des tois des décorations. La toile est arrangée, peut-être il y aura-t-il 10 à douze personnes. Alors il faut du courage et ne pas avoir peur, il y aura un factionnaire à la porte qui sera le petit Lerond et sa sœur sera figurante. Je ne sais si tu as vu Poursognac, nous le donneront avec une pièce de Berquin et une de Scribe et un proverbe dramatique de Carmontelle il est inutile que je te dise leurs titres tu ne les connais je croit pas. si tu savais quand on m'a appris que tu ne venais pas j'ai été d'une colère effroyable. Si par hazar tu venais pas j'irais plutôt a patte comme les chiens du roi Louis Fils-Lippe (tiré de la Caricature journal) à Andelys te chercher et je croit que tu en ferais autant, car une amour pour ainsi dire fraternel nous unit, oui moi qui a du sentiment oui je ferais mille lieues s'il il le fallait pour aller rejoindre le meilleur de mes amis, car rien est si doux que l'amitié oh douce amitié combien a-t-on vu de fait par ce sentiment, sans la liaison comment viverionsnous. On voit ce sentiment jusque dans les animaux les plus petits, sans l'amitié comment les faibles viveraient-ils comment la femme et les enfants subsisteraient-ils?

Permets, mon cher ami, ces douces réflexions mais je te jure qu'elle ne sont point apprêtés n'y que j'aie essayé de faire de la rhétorique mais je te parle avec la vérité du vrai ami. Le Choléra Morbus n'est pas [à l'Hôtel-] Dieu. Ton bon papa va de même. Viens à Rouen ; adieu.

* AU MÊME

Nogent, le 23 août 1832.

Mon CHER Ernest, •

A peine ai-je ouvert ta lettre que je prends la plume et t'écris. Nous allons partir tout à l'heure pour l'antique Normandie, mais tu dois te douter que nous resterons quelque temps à Paris, pour nous divertir ; nous irons au spectacle et j'espère à la Porte-Saint-Martin. Je ne puis te dire quel jour nous irons aux Andelys. Nous avons été l'autre jour à Courtavant (^) où il y a une ferme de papa. Nous avons péché et comme tu sais qu'on ne peut pas pêcher (du poisson) sans eau, donc, il y avait de l'eau et une petite barque ; je me suis bien amusé et si tu y avais été, tu aurais éprouvé la même joie que moi. Un apprenti orfèvre de mon oncle m'a fait mon cachet et un autre sur lequel il y a :

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