RS
ie
Le Ces PU NE a NT T Lit pee UE NO
bien bas ; notre voisin, maître Dentu, a pris la plume pour te mander de venir situ peux. | « Pour ta mère affectionnée,
« CÉSAIRE DENTU, adjoint. »
Elle ne dit pas un mot et s'en alla; maïs, sitôt qu'elle
fut seule, elle s’affaissa au bord du chemin, les jambes rompues ; et elle resta là jusqu'à la nuit.
En rentrant, elle raconta son malheur au fermier, qui la laissa partir pour autant de temps qu'elle voudrait, promettant de faire faire sa besogne par une fille de journée et de la reprendre à son retour.
Sa mère était à l’agonie ; elle mourut le jour même de son arrivée ; et. le lendemain, Rose accouchait d’un
enfant de sept mois, un petit squelette affreux, maigre
à donner des frissons, et qui semblait souffrir sans cesse, tant il crispait douloureusement ses pauvres mains décharnées comme des pattes de crabe.
[1 vécut cependant.
Elle raconta qu'elle était mariée, maïs qu'elle ne pouvait se charger du petit ; et elle le laissa chez des voisins qui promirent d'en avoir bien soin.
Eierrévint.
Mais alors, en son cœur si longtemps meurtri, se leva, comme une aurore, un amour inconnu pour ce petit être chétif qu'elle avait laissé là-bas; et cet amour même était une souffrance nouvelle, une souffrance de toutes les heures, de toutes les minutes, puisqu'elle était séparée de lui. | :
Ce qui la martyrisait surtout, c'était un besoin fou de l'embrasser, de l’étreindre en ses bras, de sentir contre sa chair la chaleur de son petit corps. Elle ne dormait plus la nuit; elle y pensait tout le jour ; et, le soir, son travail fini, elle s'asseyait devant le feu, qu'elle regardait fixement comme les gens qui pensent au loin.
On commençait même à jaser à son sujet, et on la plaisantait sur l’amoureux qu'elle devait avoir, lui demandant s'il était beau, s’il était grand, s'il était riche, à quand la noce, à quand le baptême ? Et elle se sauvait souvent pour pleurer toute seule, car ces questions lui entraient dans la peau comme des épingles.
Pour se distraire de ces tracasseries, elle se mit à
enfant, elle chercha les moyens d’amasser pour lui beaucoup d'argent. |
Elle résolut de travailler si fort qu'on serait obligé d'augmenter ses gages.
Alors, peu à peu, elle accapara la besogne autour - d'elle, fit renvoyer une servante qui devenait inutile
depuis qu'elle peinait autant que deux, économisa sur e le pain, sur l'huile et sur la chandelle, sur le grain qu'on 4 jetait trop largement aux poules, sur le fourrage des
bestiaux qu'on gaspillait un peu. Elle se montra avare de l'argent du maître comme si c'eût été le sien, et, à force de faire des marchés avantageux, de vendre cher ce qui sortait de la maison et de déjouer les ruses des paysans qui offraient leurs produits, elle eut seule le soin des achats et des ventes, la direction du travail des gens de peine, le compte des provisions ; et, en peu de temps, elle devint indispensable. Elle exerçait une
telle surveillance autour d'elle, que la ferme, sous sa
direction, prospéra prodigieusement. On parlait à deux se lieues à la ronde de la « servante à maître Vallin » ; et
pe le fermier répétait partout : — « Cette fille-là, ça vaut + ï mieux que de l'or. » | Cependant, le temps passait et ses gages restaient les mêmes. On acceptait son travail forcé comme une chose due par toute servante dévouée, une simple marque de bonne volonté ; et elle commença à songer avec un peu d'amertume que si le fermier encaissait, grâce à elle, cinquante ou cent écus de supplément tous
l'ouvrage avec fureur, et, songeant toujours à son