‹ Œuvres complétes. Introd (volume 3)Chapitre 20 sur 34 · PRÉSENTATION DE LA BEAU CE · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DE LA BEAU CE

Etoile du matin, inaccessible reine,

Voici que nous marchons vers votre illustre cour,

Et voici le plateau de notre pauvre amour.

Et voici l'océan de notre immense peine.

Vn sanglot rôde et court par delà l'horizon. A peine quelques toits font comme un archipel. Du vieux clocher retombe une sorte d'appel. L'épaisse église semble une basse maison.

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale. De loin en loin surnage un chapelet de meules, Rondes comme des tours, opulentes et seules Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux. Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite, Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents. Sur ce large éventail ouvert à tous les vents La route nationale est notre porte étroite.

A NOTRE DAME DE CHARTRES

Nous allons devant nous, les mains le long des poches,

Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,

D'un pas toujours égal, sans hâte ni recours,

Des champs les plus présents vers les champs les plus proches.

Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille. Nous n'avançons jamais que d'un pas à la fois. Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois. Et toute leur séquelle et toute leur volaille

Et leurs chapeaux à plume avec leur valetaille

Ont appris ce que c'est que d'être familiers,

Et comme on peut marcher, les pieds dans ses souliers,

Vers un dernier carré le soir d'une bataille.

Nous sommes nés pour vous au bord de ce plateau, Dans le recourbement de notre blonde Loire, Et ce fleuve de sable et ce fleuve de gloire N'est là que pour baiser votre auguste manteau.

Nous sommes nés au bord de ce vaste plateau, Dans l'antique Orléans sévère et sérieuse, Et la Loire coulante et souvent limoneuse N'est là que pour laver les pieds de ce coteau.

Page 1