‹ Œuvres complétes. Introd (volume 3)Chapitre 22 sur 34 · PRÉSENTATION DE LA BEAUGE · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DE LA BEAUGE

Nous arrivons vers vous du lointain Parisis.

Nous avons pour trois jours quitté notre boutique,

Et l'archéologie avec la sémantique,

Et la maigre Sorbonne et ses pauvres petits.

D'autres viendront vers vous du lointain Beauvaisis. Nous avons pour trois jours laissé notre négoce, Et la rumeur géante et la ville colosse, D'autres viendront vers vous du lointain Cambrésis.

Nous arrivons vers vous de Paris capitale. C'est là que nous avons notre gouvernement, Et notre temps perdu dans le lanternement, Et notre liberté décevante et totale.

Nous arrivons vers vous de l'autre Notre Dame, De celle qui s'élève au cœur de la cité, Dans sa royale robe et dans sa majesté, Dans sa magnificence et sa justesse d'âme.

Comme vous commandez un océan d'épis, Là-bas vous commandez un océan de têtes, VA la moisson des deuils et la moisson des fêtes Se couche chaque soir devant votre parvis.

A NOTRE DAME DE CHARTRES Nous arrivons vers vous du noble Hurepoix. C'est un commencement de Beauce à notre usag^e, Des fermes et des champs taillés à votre image, Mais coupés plus souvent par des rideaux de bois,

Et coupés plus souvent par de creuses vallées PourTYvette et la Bièvre et leurs accroissements, Et leurs savants détours et leurs dégagements, Et par les beaux châteaux et les longues allées.

D'autres viendront vers vous du noble Vermandois, Et des vallonnements de bouleaux et de saules. D'autres viendront vers vous des palais et des geôles. Et du pays picard et du vert Vendômois.

Mais c'est toujours la France, ou petite ou plus grande, Le pays des beaux blés et des encadrements, Le pays de la grappe et des ruissellements, Le pays de genêts, de bruyère, de lande.

Nous arrivons vers vous du lointain Palaiseau Et des faubourgs d'Orsay par Gometz-le-Châtel, Autrement dit Saint-Clair ; ce n'est pas un castel ; C'est un village au bord d'une route en biseau.

PRÉSENTATION DP: LA B E A U C !• Nous avons débouché, montant de ce coteau, Sur le ras de la plaine et sur Gometz-la- Ville Au-dessus de Saint-Clair; ce n'est pas une ville; C'est un village au bord d'une route en plateau.

Nous avons descendu la côte de Limours. Nous avons rencontré trois ou quatre gendarmes. Ils nous ont regardé, non sans quelques alarmes, Consulter les poteaux aux coins des carrefours.

Nous avons pu coucher dans le calme Dourdan. C'est un gros bourg très riche et qui sent sa province. Fiers nous avons longé, regardés comme un prince, Les fossés du château coupes comme un redan.

Dans la maison amie, hôtesse et fraternelle On nous a fait coucher dans le lit du garçon. Vingt ans de souvenirs étaient notre échanson. Le pain nous fut coupé d'une main maternelle.

Toute notre jeunesse était là soUennelle. On prononça pour nous le Bénédicité.

Quatre siècles d'honneur et de fidélité Faisaient des draps du lit une couche éternelle.

A NOTRE DAME DE CHARTRES Nous avons fait semblant d'être un gai pèlerin Et même un bon vivant et d'aimer les voyages, Et d'avoir parcouru cent trente-et-un bailliages, Et d'être accoutumés d'être sur le chemin.

La clarté de la lampe éblouissait la nappe. On nous fit visiter le jardin potager.

Il donnait sur la treille et sur un beau verger. Tel fut le premier gîte et la tête d'étape.

Le jardin était clos dans un coude de l'Orge. Vers la droite il donnait sur un mur bocager Surmonté de rameaux et d'un arceau léger. En face un maréchal, et l'enclume, et la forge.

Nous nous sommes levés ce matin devant l'aube. Nous nous sommes quittés après les beaux adieux. Le temps s'annonçait bien. On nous a dit tant mieux. On nous a fait goûter de quelque bœuf en daube,

Puisqu'il est entendu que le bon pèlerin Est celui qui boit ferme et tient sa place à table. Et qu'il n'a pas besoin de faire le comptable. Et que c'est bien assez de se lever matin.

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