‹ Œuvres complétes. Introd (volume 3)Chapitre 23 sur 34 · PRÉSENTATION DE LA BEAU CE · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DE LA BEAU CE

Le jour était en route et le soleil montait

Quand nous avons passé Sainte-Mesme et les autres.

Nous avancions déjà comme deux bons apôtres.

Et la gauche et la droite était ce qui comptait.

Nous sommes remontés par le Gué de Longroy. C'en est fait désormais de nos atermoiements, Et de l'iniquité des dénivellements :

V'oici la juste plaine et le secret effroi

De nous trouver tout seuls et voici le charroi Et la roue et les bœufs et le joug et la grange, Et la poussière égale et l'équitable fange Et la détresse égale et l'égal désarroi.

Nous voici parvenus sur la haute terrasse

Où rien ne cache plus l'homme de devant Dieu,

Où nul déguisement ni du temps ni du lieu

Ne pourra nous sauver, Seigneur, de votre chasse.

Voici la gerbe immense et l'immense liasse, Et le grain sous la meule et nos écrasements, Et la grêle javelle et nos renoncements. Et l'immense horizon que le regard embrasse.

A NOTRE DAME DE CHARTRES

Et notre indignité cette immuable masse,

Et notre basse peur en un pareil moment,

Et la juste terreur et le secret tourment

De nous trouver tout seuls par devant votre face.

Mais voici que c'est vous, reine de majesté. Gomment avons-nous pu nous laisser décevoir, Et marcher devant vous sans vous apercevoir. Nous serons donc toujours ce peuple inconcerté.

Ce pays est plus ras que la plus rase table. A peine un creux du sol, à peine un léger pli. C'est la table du juge et le fait accompli, Et l'arrêt sans appel et l'ordre inéluctable.

Et c'est le prononcé du texte insurmontable, Et la mesure comble et c'est le sort empli, Et c'est la vie étale et l'homme enseveli, l^t c'est le héraut d'arme et le sceau redoutable.

Mais vous apparaissez, reine mystérieuse. Cette pointe là-bas dans le moutonnement Des moissons et des bois et dans le flottement De l'extrême horizon ce n'est point une yeuse,

369 Chartres.— 2i

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