‹ Œuvres complétes. Introd (volume 3)Chapitre 5 sur 34 · IEAN NETTE · texte numérisé non relu

IEAN NETTE

Mais il nous dit : Allez trouver Jésu« Et faites tout ce qu'il vous dira.

DES SAINTS INNOCENTS

Madame Gervaise

Cependant la famine croissait tous les jours dans toute la terre :

Jeannette et Jésus. . .

et Joseph ouvrant tous les greniers,

Jeannette vendait du blé aux Egyptiens,

Madame Gervaise parce qu ils étaient tourmentés eux-mêmes de la famine.

Et on venait de toutes les provinces en Egypte pour acheter de quoi vivre, et pour trouver quelquesoulagement

Jeannette

dans la rigueur de cette famine.

Cependant Jacoh ayant oui dire quon vendait du hlé en Egypte, dit à ses enfants : Pourquoi négligez-vous'?

fai appris qu on vend du hlé en Egypte : allez-y acheter

129 innocents. — 9

ce qui nous est nécessaire, afin que nous puissions vivre et que nous ne mourions pas de faim.

Madame Gervaise

Les dix frères de Joseph allèrent donc en Egypte pour y acheter du h lé ;

Jeannette

Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses frères qu'il craignait

qu'il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin.

Madame Gervaise

Ils entrèrent dans l'Egypte avec les autres qui y allaient pour y acheter ;

parce que la famine était dans le pays de Chanaan.

Jeannette Joseph commandait dans toute l'Egypte,

Madame Gervaise

et le hlé ne se vendent aux peuples que par son ordre. Ses frères l'ayant donc adoré,

DES SAINTS INNOCENTS il les reconnut : et leur parlant assez rudement, comme à des étrangers, il leur dit :

Jeannette faisant un peu la grosse voix D'où venez-vous ?

Madame Gervaise Ils lui répondirent :

Jeannette faisant un peu la petite voix Du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi vivre.

Et quoi qu'il connût bien ses frères, il ne fut point néanmoins connu d'eux.

Alors se souvenant des songes qu'il avait eus autrefois.

Madame Gervaise

il leur dit : Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour considérer les endroits les plus faibles de l'Egypte.

Jeannette

Ils répondirent : Seigneur, cela n'est pas ainsi ' mais vos serviteurs sont venus ici pour acheter du blé.

L E MYSTÈRE

Madamk Gervaise A^ou5 sommes tous enfants d'un seul homme,

Jeannette Nous sommes tous enfants d'un seul Dieu.

Madame Gervaise

Nous sommes tous enfants d'un seul homme, nous venons avec des pensées de paix,

Jeannette Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Madame Gervaise el vos serviteurs nont aucun mauvais dessein.

Leur répondit: Non cela n'est pas ; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu'il y a de moins fortifié dans V Egypte.

Ils luidirent: Nous sommes douze frères, enfants d'un même homme dans le pays de Chanaan, et vos serviteurs. Le dernier est avec notre père, et l'autre nest plus.

Jeannette

Comme était Benjamin dans la maison de Jacob, le

DES SAINTS INNOCENTS dernier est avec notre père, ainsi est l'espérance dans la maison des vertus.

Madame Gervaise

Voilà, dit Joseph, ce que je disais: Vous êtes des espions

faisant la grosse voix et s'adoucissant peu à peu

[ dailleurs toute cette récitation sacrée, venue dans le courant même de leur commune oraison, se fait: avant tout comme d'une belle histoire ; ensemble comme d'une histoire amusante ; en dessous comme d'une histoire de tendresse ; d'une tendresse grandissante, si grande qu'en même temps on s'en défend constamment jusqu'à l'éclatement final]

Je m'en vais éprouver si vous dites la vérité. Vive Pharaon,

[c'est surtout ce Vive Pharaon qui les amuse. Elles le font dans une très grosse voix]

Vive Pharaon, vous ne sortirez point d'ici jusquk ce que le dernier de vos frères y soit venu.

Madame Gervaise

Envoyez l'un de vous pour Vy amener : cependant vous demeurerez en prison jusqu'à ce que j'aye reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux, autrement, même jeu, vive Pharaon, vous êtes des espions.

Il les fit donc mettre en prison pour trois jours.

Et le troisième jour il les fît sortir de prison, et leur

L E M ^' S T I> R E dit. : Faites ce que je vous dis, et vous vivrez : car Je crains Dieu.

Si vous venez ici dans un esprit de paix, que /'un de vos frères demeure lié dans la prison ; et allez-vous-en vous ; emportez en votre pays le blé que vous avez acheté,

et amenez-moi le dernier de vos frères, afin que Je puisse reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point. Ils firent ce qu'il leur avait ordonné.

Et ils se disaient l'un à l'autre: C'est Justement que nous souffrons tout ceci, parce que nous avons péché contre notre frère, et que voyant la douleur de son âme lorsquilnoas priait, nous ne V écoutâmes point : cest pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.

Madame Gervaise

Ruben l'un d'entre eux leur disait: Ne vous dis-Je pas: Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant ? El vous ne m' écoutâtes point. C'est son sang maintenant que l'on redemande.

Jeannette

Ils ne savaient pas que Joseph les entendit, parce qu'il leur parlait par un truchement.

DES SAINTS INNOCENTS Mais il se retira pour un peu de temps, et versa des larmes.

Madame Gervaise

Et étant revenu il leur parla.

Il fit prendre Siméon, et le fit lier devant eux; et il commanda à ses officiers d'emplir leurs sacs de blé, et de remettre dans le sac de chacun [d'eux l'argent, en y ajoutant encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin : ce qui fut exécuté aussitôt.

Les frères de Joseph s'en allèrent donc, emportant leur hlé sur leurs ânes.

Et l'un d'eux ayant ouvert son sac dans l'hôtellerie pour donner à manger à son âne, vit son argent à l'entrée du sac,

et il dit à ses frères : On m'a rendu mon argent ; le voici dans mon sac. Ils furent tous saisis d'étonnement et de trouble ; et ils s' entredisaient : Quelle est cette conduite de Dieu sur nous ?

Lorsqu'ils furent arrivés chez Jacob leur père au pays de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, en disant :

Le Seigneur de ce pays-là nous a parlé rudement, et il nous a pris pour des espions qui venaient observer le royaume.

LE MYSTÈRE Nous lui avons répondu : Nous sommes gens paisibles, et très éloignés d'avoir aucun niauvms dessein.

Xous élions douze frères enfants d'un même père.

Jeannette

Nous étions douze frères enfants d'un même père. L'un n est plus, le plus jeune est avec notre père au pays de Chanaan.

M.ADAME GeRVAISE

Il nous a répondu : Je veux éprouver s'il est vrai que vous n'ayez que des pensées de paix. Laissez-moi donc icil'un de vos frères ; prenez le hlé qui vous est nécessaire pour vos maisons, et vous en allez ;

et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin que je sache que vous n'êtes point des espions; que vous puissiez ensuite remener avec vous celui que je retiens prisonnier, et quil vous soit permis à l'avenir d'acheter ici ce que vous voudrez.

Après avoir ainsi parlé, comme ils jetaient leur hlé hors de leurs sacs, ils trouvèrent chacun leur argent lié à l'entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés.

Jeannette

Alors Jacob, leur père, leur dit :

Vous m'avez réduit à être sans enfants. Joseph n'est

DES SAINTS INNOCENTS plus au monde, Siméon est en prison, et vous voulez ni enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.

Madame Gervaise

Ruben lui répondit : Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous le ramène. Confiez-le moi, et je vous le rendrai.

Jeannette

Non, dit Jacob., mon fils nira point avec vous . Son frère est mort, et il est demeuré seul. S'il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez ma vieillesse d'une douleur qui m'emportera dans le tombeau.

\DAME LiERVAISE

Cependant la famine désolait exlraordinairement tout le pays ;

et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté d'Egypte étant consumé, Jacob leur dit :

Retournez pour nous acheter un peu de blé.

I. K M Y S T È R E Juda lui répondit: Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré sa volonté avec serment, en disant : Vous ne verrez point mon visage à moins que vous n'ameniez avec vous le plus jeune de vos frères.

Si vous voulez donc l'envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous est nécessaire.

Que si vous ne le voulez pas, nous n irons point : car cet homme, comme nous l'avons dit plusieurs fois, nous a déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous n'avions avec nous notre jeune frère.

Israël leur dit : C'est pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.

Mais ils lui répondirent : Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille : Si notre père vivait; si nous avions un frère : et nous lui répondîmes conformément à ce qu'il nous avait demandé. Pouvions-nous deviner qu'il nous dirait : Amenez avec vous votre frère ?

Juda dit encore à son père .Envoyez l'enfant avec moi,

DES SAINTS INNOCENTS afin que nous puissions partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas nous et nos petits enfants.

Je me charge de cet enfant, et c'est à moiàqui vous en demanderez compte. Si je ne le ramène, et si je ne vous le rends, je consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute.

Si nous n avions point tant différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.

Isniël leur père leur dit donc : Si cest une nécessité, faites ce que vous voudrez. Prenez avec vousdes plus excellents fruits de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande ; un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de térébenthine et d'amandes.

Jeannette De l'or, de l'eucens, de la myrrhe.

Madame Gervaise

Portez aussi deux fois autant d'argent qu'au premier voyage, et reportez celui que vous avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise.

Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet homme.

LE M ^' S T K R E

Jeannette

Je prie mon Dieu le tout-puissant de 7)ous le rendre favorable, qu'il renvoyé avec vous votre frère qu'il tient prisonnier, et Benjamin : cependant Je demeurerai seul, comme si fêtais sans enfants.

Madame Gervaise

Ils prirent donc avec eux les présents, et le double de l'argent, avec Benjamin; et étantparlis ils arrivèrent en Egypte, où ils se présentèrent devant Joseph.

Jeannette

Joseph les ayant vus, et Benjamin avec eux, dit à son Intendant : Faites entrer ces personnes chez moi; tuez des victimes, etpréparez un festin : parce qu'ils mangeront à midi avec moi.

Madame Gervaise

L'Intendant exécuta ce qui lui avait été commandé, et il les fit entrer dans la maison.

Alors étant saisis de crainte, ils s'enlredisaient : C'est à cause de cet argent que nous avons remporté dans nos sacs qu'il nous fait entrer ici, pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous réduisant en servitude, nous et nos ânes.

C'est pourquoi étant encore à la porte, ils s'approchèrent de l'Intendant de Joseph,

DES SAINTS INNOCENTS et lui dirent : Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une fois acheter du blé :

et après l'avoir acheté, lorsque nous fûmes arrivés à rhôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes notre argent, que nous vous rapportons maintenant au même poids.

Et nous vous en rapportons encore d'autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire : mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet argent dans nof< sacs.

Jeannette

L'Intendant leur répondit : Ayez l'esprit en repos; ne craignez point. Votre Dieu et le Dieu de votre père vous H donné des trésors dans vos sacs : car pour moi j'ai reçu Varqentque vous m'avez donné, et j'ensuis content. Il fit sortir aussi Siméon, et il le leur amena.

Après les avoir fait entrer en la maison, il leur apporta de l'eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs ânes.

Jeannette

Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, attendant que Joseph entrât sur le midi, parce qu'on leur avait dit qu'ils devaient manger en ce lieu-là.

Madame Gervaise

Joseph étant donc entré dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents qu'ils tenaient en leurs mains, et ils V adorèrent en se baissant jusqu en terre.

Jeannette

// les salua aussi, en leur faisant bon visage, et il leur demanda : Votre père, ce vieillard dont vous m'aviez parlé, vit-il encore ? Se porte-t-il bien?

Madame Gervaise

Ils lui répondirent : Notre père votre serviteur est encore en vie, et il se porte bien : et en se baissant profondément, ils t adorèrent.

Jeannette

Joseph levant les yeux vit Benjamin son frère, fils de Rachel sa mère, et leur dit : Est-ce la le plus jeune de vos frères dont vous m'aviez parlé ? Mon fils, ajouta-t-il, je prie Dieu quil vous soit toujours favorable.

Madame Gervaise

Et il se hâta, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère, et qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans une chambre, il pleura.

DES SAINTS INNOCENTS

Jeannette

El après s'être lavé le visage il revint^ se faisant violence, et il dit : Servez à manger.

Madame Gervaise

On servit Joseph h part, et ses frères k part, et les Egyptiens qui mangeaient avec lui à part : {car il n est pas permis aux Egyptiens de manger avec les Hébreux, et ils croient qu'un festin de cette sorte serait profane).

Jeannette

Ils s'assirent donc en présence de Joseph, Vaine le premier selon son rang, et le plus jeune selon son âge. Et ils furent extrêmement surpris,

Madame Gervaise

en voyant les parts qu'il leur avait données, de ce que la part la plus grande était venue à Benjamin; car elle était cinq fois plus grande que celle des autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et ils firent grande chère.

Or Joseph donna cet ordre à i Intendant de sa maison, et lui dit : Mettez dans les sacs de ces personnes autant de blé quils en pourront tenir, et l'argent de chacun à l'entrée du sac;

L E M Y S T È R E et mettez ma coupe d'argent à l'entrée du sac du plus jeune, avec l'argent quil a donné pour le blé. Cet ordre fut donc exécuté.

Et dès le malin on les laissa aller avec leurs ânes.

Lorsqu'ils furent sortis de la ville, comme ils n'avaient fait encore que peu de chemin, Joseph appela l'Intendant de sa maison, et lui dit : Courez vile après ces gens; arrêtez-les, et leur dites : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ?

Lacoupeque vous avez dérobée, est celle dans laquelle mon Seigneur boit, et dont il se sert' pour deviner. Vous avez fait une très méchante action.

L'Intendant fit ce qui lui avait été commandé; et les ayant arrêtés, il leur dit tout ce qu'il lui avait été ordonné de leur dire.

Jeannette

Ils lui répondirent : Pourquoi mon seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il capables d'une action si honteuse ?

Madame Gervaise

Nous vous avons rapporté du pays de Chanaan l'argent que nous trouvâmes à l'entrée de nos sacs. Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions dérobé de la maison de votre Seigneur de Vor ou de l'argent ?

DES SAINTS INNOCENTS

Jeannette

Que celui de vos serviteurs,. . .

Madame Gervaise •

quel qu'il puisse être, à qui l'on trouvera ce que vous cherchez, meure; et nous serons esclaves de mon seigneur.

Jeannette

Illeur dit : Oui, que ce que vous prononcez soit exécuté. Quiconque se trouvera avoir pris ce que je cherche, sera mon esclave, et vous en serez innocents.

Madame Gervaise

Jls déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit le sien.

Jeannette

Les ayant fouillés, du plus grand au plus petit, on trouva la coupe dans le sac de Benjamin.

Madame Gervaise

Alors ayant déchiré leurs vêtements et déchargé leurs ânes, ils revinrent à la ville.

Jeannette Juda se présenta le premier avec ses frères devant

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