‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 18 sur 91 · LE PARTI · texte numérisé non relu

LE PARTI

Le canon blasonna d'hiéroglyphes noirs?

Distinguez-vous quel nom est gravé sur la pierre ? Charle ou Napoléon ? Juillet ou Vendémiaire ? Q.ucl or espérez-vous, quand vos creusets hardis Fondent quatre-vingt-treize avec mil huit cent dix i A vos yeux, si Brutus vous a soufflé son ame, La race de Tarquin est une race infâme. Crachez donc sur sa cendre abandonnée aux vents, Votez des échafauds à ses restes vivants. Qu'ils meurent abreuvés de lentes agonies, Qu'on jette leur cadavre aux vers des gémonies. C'est peu : ressuscitez contre des noms maudits Les lois dont le blasphème était frappé jadis. Mutilez par le fer, brûlez par les acides La bouche qui forma les sons liberticides ; Car au seul souvenir du soldat-empereur, La jeune République avorte de terreur.

Mais il dort sans réveil, le géant de l'Empire; L'Anglais a bien cloué le cercueil du vampire. Qu'on n'oppose donc plus sur d'antiques pennons L'aigle à la fleur de lis et des noms à des noms; La science héraldique est éteinte, et la France, En vieillissant, confond dans son indiff'érence Sa race impériale et ses vieux souverains, L'huile de Notre-Dame et l'ampoule de Reims...

Qu'ai-je fait? et pourquoi, sur un bruit populaire, Traîner devant ma barre un homme consulaire? Sans doute le vieillard pur et calomnié.

LE MYOSOTIS

Oublieux des partis, s'en croyait oublié.

Heureux colon! semblable au pasteur de Virgile,

Tu nourris de ton miel tes pénates d'argile.

Dans un riche désert, que peuplent à la fois

L'ostracisme du peuple et la haine des rois,

Tranquille au bord des mers, comme une écume immonde,

Tu repousses du pied le bruit de l'ancien monde,

Et si, frappant chez toi, les partis pèlerins

Pour leur pavois désert quêtent des souverains :

« Insensés! réponds-tu, quel espoir vous anime?

Pourquoi dans son jardin troubler Abdalonyme?

La couronne avant l'âge a blanchi mes cheveux :

J'en connais trop le poids : il suffit à mes vœux

Que mon pré soit en fleurs, et que mon champ jaunisse. —

Peuples qui mendiez des rois, Dieu vous bénisse! »

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L'^'PT^TIITIO'K,

(6 août 1835)

vV vous, qui, recueillant ma première parole,

Au ménestrel quêteur glissâtes votre obole,

Je vous devais une hymne, et je soupire un lai;

Au poète insolvable accordez un délai.

J'ai promis d'exploiter les trésors de nos fastes ;

A tous nos jours de gloire, à tous nos jours néfastes.

J'ai promis un salut, et ma voix sommeillait

Quand le bruit du canon solcnnisa Juillet.

L;i rime, dont Boilcau se plaignait à Molière,

Regimbe quelquefois sous ma plume écolièrc:

Il est de ces moments de fatigue et d'ennuis

Où l'on dort, enfumé par la lampe des nuits;

Où le front studieux est labouré de rides

Sans qu'il fleurisse un vers dans leurs sillons arides.

Pour déranger le vol des habitants de l'air

Il ne faut qu'un atome; or il advint qu'hier

Mon sylphe pèlerin, dansant autour du globe,

S'égara par hasard dans les plis d'une robe,

Et depuis, loin du jour, fermant ses ailes d'or,

Dans ce filet de soie il se berce et s'endort.

Et pourtant je rêvais à ce plan d'épopée.

Le plus large de ceux qu'on taille à coups d'épée ;

Je voulais étourdir sur les chagrins présents

Les Français à ma voix rajeunis de trois ans;

Galvaniser, armer pour leur œuvre qui tombe

Ces morts qu'un deuil railleur insulte dans leur tombe;

Ce peuple qui, sur l'or jonché devant ses pas,

Vainqueur, marchait pieds nus, et ne se baissait pas ;

Et ces adolescents déjà mûrs pour la gloire.

Déjà fiers de mourir, et qui ne pouvaient croire,

Hélas! qu'ils se livraient en pâture aux canons

Pour conquérir des mots et détrôner des noms;

Et puis j'aurais fouetté d'ardentes philippiques

Les Thersites fuyards de nos combats épiques,

Spectateurs nonchalants qui, de leur balcon d'or,

Applaudissaient Paris comme un toréador;

Qui, le drame achevé, tombèrent de leur loge

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