‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 68 sur 91 · SUR LA MORT D UNE COUSINE DE SEPT ANS · texte numérisé non relu

SUR LA MORT D UNE COUSINE DE SEPT ANS

Je t'aurais fait, enfant, l'existence bien douce; Sous chacun de tes pas j'aurais mis de la mousse; Tes ris auraient sonné chacun de tes instants; Et j'aurais fait tenir dans ta petite vie Un trésor de bonheur immense... à faire envie Aux heureux de cent ans !

Loin des bancs où pâlit l'enfance prisonnière, Nous aurions fait tous deux l'école buissonnière Dans les bois pleins de chants, de parfums et d'amour ; J'aurais vidé leurs nids pour emplir ta corbeille. Et je t'aurais donné plus de fleurs qu'une abeille N'en peut voir dans un jour.

Puis quand le vieux Janvier, les épaules drapées D'un long manteau de neige, et suivi de poupées, De magots, de pantins, minuit sonnant, accourt, Au milieu des cadeaux qui pleuvent pour étrenne, Je t'aurais fait asseoir comme une jeune reine Au milieu de sa cour.

Mais je ne savais pas... et je prêchais encore; Sûr de ton avenir, je le pressais d'éclore, duand tout à coup, pleurant un long espoir déçu. De tes petites mains je vis tomber le livre; Tu cessas à la fois de m'entendre et de vivre... Hélas 1 si j'avais su 1

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A NfON JEUNE AMI PAUL B***

i\uTKEi-ois dans Bagdad, la ville dos merveilles, Grandissait Abdallah, fils du scheikh El-Modi,

Q.ue les derviches et les vieilles, Dont ses propos moqueurs échauffaient les oreilles, Nommaient dans leur colère Abdalluh-le-Maudit. Il n'avait, orphelin, ni mère ni sœur tendre.

l'enfant maudit 235

Hélas ! pour l'enchaîner doucement au devoir, Pour payer son travail par les baisers du soir, Ou punir sa paresse en les faisant attendre. Une mère, une sœur, c'est le premier des biens : Vous le savez, enflmts..., et moi, ie m'en souviens!

Passe encor s'il n'eût fait qu'agacer par derrière Le derviche immobile en son culte fervent Et lui tirer la barbe, ou bourrer de poussière La pipe du soldat qui dormait en plein vent ; Mais gourmand et voleur 1... oui, j'ai lu dans l'histoire du'il aimait un peu trop la figue et le raisin

Du voisin ; Fécond en malins tours, il y mettait sa gloire.

Et cadis, marchands, bateleurs.

Dit-on, se méfiaient de lui les jours de foire

Plus que des quarante voleurs!

Las enfin d'en gémir, a sa folle conduite Un vieil oncle l'abandonna;

D'Abdallah-le-Maudit chacun se détourna;

Le bruit seul de ses pas mettait les jeux en fuite.

11 réfléchit alors : la voix qu'il étouffait, Cette compagne intérieure Q.ui chante de joie ou qui pleure, Suivant qu'on a bien ou mal fait,

La Conscience en lui gronda, juge implacable.

2j6 LE MYOSOTIS

Alors dans le désert un saint homme vivait •D'aumône et d'eau, n'ayant que le roc pour chevet, Et, pleine de pardons, quand sa main vénérable

Les répandait sur un coupable, A l'arrêt inspiré toujours Dieu souscrivait :

« Il me pardonnera sans doute, S'il pardonne au remords, » dit l'enfant, et voilà Au milieu du désert ses petits pieds en route. —

Le désert est bien grand ! Dieu conduise Abdallah I Le désert est bien grand, et presque infranchissable : C'est un champ de poussière et de feu ; rien n'y croît, Ni mûres ni bluets, enfants, et l'on n'y voit

Que du soleil et que du sable.

Tantôt d'un rocher caverneux, Aux pieds du voyageur égaré dans l'espace. Un boa sort, fouettant la terre de ses nœuds ;

Tantôt c'est un lion qui passe.

Calme et superbe, avec de la chair vive aux dents. Et de gros yeux pareils à des charbons ardents.

A travers le soleil et les vents et l'orage. Notre pénitent va, n'ayant pour tout fardeau Qu'un gâteau de maïs, un bâton de voyage. Et, pendante au côté, sa gourde pleine d'eau.

Mais voilà qu'au désert un cri mourant l'implore : C'était un pauvre chien qui, sur le sable ardent.

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