‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 69 sur 91 · L ENFANT MAUDIT · texte numérisé non relu

L ENFANT MAUDIT

Dévoré par la soif, hurlait en le mordant.

La route à parcourir était bien longue encore ;

Sa gourde résonnait à moitié vide : eh bien !

Il en épuisa l'eau dans la gueule du chien ;

Et le chien bondissant, tout joyeux de renaître,

Dit par une caresse : « Abdallah, sois mon maître. »

Il marche, il marche encor, puis s'arrête, voyant Son nouveau compagnon trembler en abo3'ant : Un serpent au soleil se dressait sur sa queue, Le serpent-roi, celui qu'on appelle Devin ; Et, sous les mille éclairs de son écaille bleue. Un oiseau fasciné se débattait en vain. Notre héros s'élance, invoque le Prophète, Et, fort de sa pitié, fort du secours divin. Frappe à coups redoublés le monstre sur la tête. Le Devin se tordit sur le sable et siffla. Puis mourut aux pieds d'Abdallah.

Le vainqueur dans son sein met l'oiseau, sa conquête. Et le baise, endormi sur ce mol oreiller. Doucement, doucement, de peur de l'éveiller.

Le voilà parvenu devant la grotte sainte. Enfin !... et sur le seuil il hésite, n'osant, Lui coupable et poudreux, profaner cette enceinte; Mais, ô surprise I aux pieds du vieillard imposant Quand le Maudit courbait la tête,

238 LE MYOSOTIS

Le cliicn qui le suivait à la porte gratta, L'oiseau battit de l'aile au réveil et chanta ; Et le saint comprit tout, car il était prophète. Sur le front du pécheur alors il étendit

Ses deux mains tremblantes, et dit :

« Levez-vous, Abdallah. Dieu pardonne et vous aime ; En paix avec le ciel, en paix avec vous-même, Allez : vous n'êtes plus Abdallah-le-Maudit. Pour que Dieu le bénisse, un enfant doit soumettre Ses caprices mutins aux volontés d'un maître ; Il doit n'être gourmand, espiègle ni moqueur;

Mais sur les vertus les plus hautes Ce qui l'emporte, et peut racheter bien des fautes. Ne l'oubliez jamais, enfant, c'est un bon cœur ! »

LLS SICKES T)E C%.01X

L(A-BAS, l;i-bas, dans la forêt bretonne,

Un vieux château pend au flanc d'un rocher;

Là des enfers le chœur danse et détonne,

Les pèlerins n'osent en approcher.

Sur le manoir Volent en cercle noir Mille oiseaux de malheur...

Hélas! ma bonne, hélas I que j'ai grand'peurl

LE MYOSOTIS

D'un châtelain arborant la bannière, Satan triomphe en ce séjour de mort.

La jeune Iseult languit sa prisonnière : « Tu céderas, dit-il, ou, par la mor...! » Par le saint nom

Elle a juré que non;

Il bondit de fureur...

Hélas ! ma bonne, hélas I que j'ai grand'peur !

Fort à propos un cor d'ivoire sonne :

C'est Enguerrand, le vaillant paladin ; Mais en champ clos Satan ne craint personne. La fleur des preux va périr, quand soudain Iseult lui dit :

« Signe-toi, le Maudit

Faiblira de terreur... »

Hélas I ma bonne, hélas ! que j'ai grand'peur!

Il s'est signé trois lois, trois cris d'alarme Ont frappé l'air, et Satan s'est enfui. « De nos exploits, dit le preux qu'on désarme Grâce à l'amour, payons-nous aujourd'hui. » Il dit; mais, las 1 Le héros est bien las, La vierge est dans sa fleur...

Hélas 1 ma bonne, hélas ! que j'ai grand'peur 1

Page 1