LITHIUM
Spectres lumineux du lithium, — On sait la difficulté qui existe à séparer d'un composé de lithium un sel sodique qui y est mêlé. En effet, les composés lithiques les mieux purifiés, introduits dans la flamme de l'hydrogène ou d'un brûleur de Bunsen, produisent le spectre sodique d'une manière plus prononcée que celui observé dans l'air ambiant ordinaire.
Cette difficulté est telle que MM. Bunsen, Diehl et Troost, dans leurs travaux sur le lithium, se sont arrêtés à celte dernière limite. Lors de mes recherches sur le poids atomique du lithium, je ne suis pas parvenu à aller au delà. Ayant constaté depuis que, dans des conditions données de l'atmosphère, la flamme d'un brûleur de Bunsen, ou la flamme de l'hydrogène pur, ne fournit aucune trace de spectre sodique, j'ai repris mes travaux
(}) Toutes les recherches chimiques sur le carbonate, le sulfate et le chlorure de lithium exposées ci-dessus ont été exécutées au laboratoire de chimie du Musée de l'industrie à Bruxelles. Lors du transfert de ce laboratoire au Palais du Midi, la collection des composés de lithium, dont le poids dépassait 2 7« kilogrammes, y a été transportée. Dans l'incendie du laboratoire de ce Palais, toute la collection a été perdue.
et j'ai recherché s'il y a moyen de se procurer un composé de lithium qui, introduit dans une flamme non sodique, ne donne pas davantage le spectre du sodium à quelque température que ce soit.
J'ai reconnu qu'après avoir amené, par le procédé indiqué dans la notice précédente, le carbonate de lithium privé de toute matière fixe et notamment de silice, à ne plus fournir de spectre sodique d'une manière plus prononcée que celui observé dans l'air du laboratoire, il suffisait alors de le chauffer au sein d'un air pur, au dard oxhydrique avec grand excès d'hydrogène, de manière à le fondre et à le ramener à l'état d'oxyde de lithium. En portant ensuite, à l'aide du dard oxhydrique, moins riche en hydrogène, le composé lithique à une température suffisamment élevée pour volatiliser en quelques minutes le tiers ou la moitié de la quantité employée, suivant l'état relatif de pureté du carbonate, le spectre du dard ne contient plus trace de la raie sodique. La méthode repose donc sur l'application simultanée de la chaleur et d'un courant gazeux.
La séparation complète du sodium étant une opération fort délicate à exécuter, puisqu'elle doit être faite sur le platine et à une température très voisine du point de fusion de ce métal, je dois entrer dans quelques détails sur le moyen que j'ai employé pour effectuer cette séparation et pour constater les phénomènes produits.
J'ai placé au-dessus d'un fort triangle de platine, sur le côté et à la hauteur exacte de la fente du collimateur des spectroscopes, une plaque concave en platine pur. Après avoir chaufl'é à blanc cette plaque, j'y ai déposé une quantité de carbonate de lithium suffisante pour remplir la cavité d'oxyde de lithium fondu.
A l'aide d'un chalumeau en platine fixé à hauteur et dans une inclinaison convenable, j'ai lancé sur le carbonate un dard oxhydrique avec excès d'hydrogène. Le mélange gazeux et la pression étaient au préalable réglés de manière à obtenir une flamme de 20 centimètres de longueur et dont la température du tiers supérieur fût au-dessous de celle à laquelle i'hydro-
gène devient incandescent, et partant inférieure au point de fusion du platine.
Sous l'influence de la chaleur, le carbonate fond sans s'altérer. Si on élève alors la température, il entre en ébullition; celle-ci dure tant qu'il y a dégagement d'anhydride carbonique. L'oxyde, ou l'hydroxyde de lithium, produit ainsi, se présente sous la forme d'un liquide incolore, limpide, d'une mobilité extrême, qui mouille le platine et se volatilise complètement si le carbonate est absolument privé de silicate, en laissant intact le platine parfaitement pur.
Pendant que s'effectue le dégagement d'anhydride carbonique, l'analyse prismatique de la flamme colorée en pourpre, ou en carmin, permet de reconnaître l'apparition d'un faible spectre sodique, mais qui s'affaiblit rapidement pour disparaître entièrement lorsque le tiers ou tout au plus la moitié de l'oxyde de lithium s'est volatilisé, et pour ne laisser ensuite que le spectre parfaitement connu du lithium, avec les caractères en rapport avec la température et l'intensité lumineuse, ainsi que je le dirai plus loin.
Lorsqu'on a éliminé du lithium le sodium sur le platine tout à fait pur, le résidu d'oxyde ou d'hydroxy le se présente, après le refroidissement, à l'état d'un verre incolore, transparent, très friable, soluble dans l'eau en produisant une solution d'une limpidité parfaite. La surface du platine sur laquelle la purification a été faite est dans l'état où elle se trouvait avant l'opération. Si on s'est servi de platine ordinaire, contenant du silicium et des métaux étrangers et notamment du fer, du cuivre, de l'iridium, du rhodium, le composé lithique est coloré et laisse un résidu par sa volatilisation opérée à la température voisine de la fusion du platine. Dans ce cas aussi, la surface du platine est altérée, et le métal, traité au préalable à l'acide chlorhydrique dilue et lavé à l'eau, refondu au chalumeau oxhydrique, donne des signes persistants et intenses de la présence du lithium.
Il résulte de mes observations, répétées à des époques différentes, que le produit de la décomposition du carbonate de lithium par le gaz oxhy-
drique n'attaque le platine que si l'on opère avec un métal impur, ce qui est constamment le cas avec les vases, feuilles et fils de platine du commerce.
Sous le dard du chalumeau oxycarbohydrique, les phénomènes se passent absolument de la même manière qu'avec le gaz oxhydrique.
Je reviens maintenant au spectre du lithium dans les différentes conditions 011 je me suis placé. Je répéterai que mon but a été d'abord de rechercher s'il est possible de produire le spectre lumineux du lithium sans apercevoir en même temps la double raie sodique.
J'ai tenu à profiter du travail considérable que je m'étais imposé pour obtenir du carbonate de lithium d'une pureté exceptionnelle, en vue d'étudier à nouveau le spectre de ce métal. J'avais, du reste, besoin de la connaissance exacte de ce spectre pour m'assurer si, sous l'influence d'une forte augmentation de température, il change, et dans quel cas ce changement s'opère.
Si, immédiatement après la solidification de l'oxyde de lithium privé complètement de sodium, on le porte, à l'aide d'une boucle en fil fin de platine, dans la flamme obscure de l'hydrogène pur, on constate que cette flamme se colore en pourpre très foncé et on aperçoit à l'analyse prismatique une forte raie brune 55** à 54"^ du spectroscope Steinheil, 31*^o à 32'*5 du spectroscope de M. Bunsen, et une raie orangée d'une très faible intensité colorante 45'^50 du spectroscope Steinheil et 45''. 0 du spectroscope de M. Bunsen. On peut volatiliser complètement cet oxyde de lithium dans une flamme longue ou courte d'hydrogène, introduire l'oxyde sur le devant ou sur le côté sans constater l'apparition d'une raie. Tel est aussi le spectre de flamme indiqué par M. Bunsen pour le chlorure lithique.
En chauffant cet oxyde sur la plaque concave de platine même, sur laquelle il a été privé de sodium, dans la pointe du dard oxhydrique ou oxycarbohydrique, de manière à le fondre partiellement, la flamme se colore également en pourpre très foncé; son analyse prismatique permet d'aper-
cevoir exclusivement une seule raie d'un brun rouge. En avançant le dard pour élever la température, celte raie acquiert de l'éclat et, en même temps, apparaît la raie d'un jaune orangé désignée ci-dessus. On peut augmenter très notablement la température sans voir se produire d'autres raies; seulement, la raie d'un rouge brunâtre devient de plus en plus rouge, et la raie d'un jaune orangé vire de plus en plus vers le jaune pur.
Élevant la température par l'introduction de l'oxygène, de manière à porter l'hydrogène en excès à l'incandescence, on constate que la raie primitivement d'un brun rougeâtre est décidément rouge, et la raie d'un jaune orangé est d'un jaune assez pur ; en même temps apparaît une raie d'un bleu pâle, signalée en premier lieu par MM. Frankland et Lockyer. En opérant comme je viens de le dire, je ne suis pas parvenu à retrouver la raie indiquée par M. Lecoq de Boisbaudran, 155.75 du micromètre de son speclroscope. Si la fente du collimateur est suffisamment étroite, l'espace spectral, sillonné des trois raies indiquées ci-dessus, est complètement obscur.
En portant la température au point de fusion de l'iridium, par l'introduction dans le cône interne d'un fort dard oxhydrique, d'un petit cône en iridium aggloméré pénétré et entouré d'oxyde de lithium et attaché à une lige dé charbon de cornue d'un millimètre environ de diamètre, on constate que la couleur du cône interne du dard devient instantanément d'un bleu foncé, que l'enveloppe du cône se colore en rouge brun et que la pointe du dard est rouge-carmin. L'analyse prismatique de l'illumination bleu foncé, rouge-brun, laisse apercevoir un espace spectral fortement illuminé d'un spectre continu, sillonné de trois raies parmi lesquelles la double raie sodique et la seconde raie violette, découverte récemment par MM. Liveing et Dewar dans le spectre lithique de l'arc électrique, font absolument défaut.
Par l'abaissement de la température, les phénomènes spectraux se présentent dans un ordre inverse. La raie bleue, apparue la dernière, disparaît
la première, puis la raie jaune orangé et enfin la l'aie d'un rouge-brun. Mais les soins que j'ai pris pour l'exécution de mes observations me permettent d'affirmer que pendant les apparitions et les disparitions des raies caractéristiques du lithium à l'état d'oxyde, il ne m'a pas été possible d'apercevoir la raie sodique en opérant sur un composé sodique pur. M. Rommelaere, qui m'a prêté son concours dévoué et éclairé pour la préparation du carbonate de lithium et l'exécution de ces recherches, a constaté les mêmes résultats que moi en se servant de l'excellent spectroscope à vision directe de M. Hilger, tandis que j'employais successivement le spectroscope de feu Sleinheil et le spectroscope de M. Duboscq, muni successivement de deux et de trois prismes.
Le sulfate de lithium fournit, dans la flamme de l'hydrogène et au dard oxhydrique, le même spectre que l'oxyde de lithium dans les mêmes conditions; je me suis assuré de cette identité en opérant sur des sulfates préparés par M. Bunsen et par moi.
Lors de la re vision que j'ai faite de mes études spectroscopiques, en collaboration avec M. Depaire, nous avons recherché ensemble, en substituant à un grand spectroscope muni d'un prisme et d'oculaires de flint, le spectroscope de M. Hilger à deux demi-prismes et oculaires en quartz, et en nous servant successivement du sulfate de lithium préparé par M. Bunsen et du chlorure de lithium préparé par M. Depaire, s'il est possible d'apercevoir la seconde raie bleue découverte par MM. Liveing et Dewar dans le spectre lithique du dard oxycarbonique et dans le cône interne de ce dard.
A cet effet, nous avons introduit successivement, à l'aide d'une tige mince de charbon de cornue purifié et préalablement chauffé au blanc, dans le dard oxycarbohydrique rendu incandescent par l'introduction de l'oxygène, et dans le cône interne de ce dard, les composés lithiques. Malgré tous les efforts faits, il nous a été impossible de constater l'apparition de la seconde raie bleue lithique, très aisément visible, avec le même spectroscope, dans l'étincelle, la décharge et l'arc électriques lithiques, ainsi qu'il sera dit plus loin.
Ainsi, il existe trois spectres de flamme de Toxyde et du sulfate lithiques. Le premier correspond au point de fusion de l'oxyde de lithium; on le réalise le mieux avec le brûleur de Bunsen; le deuxième correspond à la température de la combustion de l'hydrogène dans l'air, et le troisième à la température à laquelle l'hydrogène est porté à l'incandescence.
Spectre électrique du litliium. — J'ai voulu contrôler mes observations en remplaçant, par l'étincelle d'une petite bobine d'induction sans condensateur, la chaleur produite par la combustion du gaz oxhydrique, ainsi que M. Lecoq de Boisbaudran et M. Bunsen l'ont déjà fait en se servant de chlorure au lieu d'oxyde. A cette fin, après avoir éliminé soigneusement, par le dard oxhydrique, le sodium de l'oxyde de lithium, et pendant quil était encore chauffé près du point de fusion du platine, j'ai plongé dans le liquide deux sphéroïdes de platine pur de 5 millimètres de diamètre, soudés à de gros fils de platine, qui venaient d'être rougis à blanc et rapidement refroidis, de manière à couvrir les sphéroïdes d'une couche assez épaisse d'oxyde lithique.
Ayant fixé les deux sphéroïdes à une distance convenable l'un de l'autre (2 à 5 millimètres) et devant la fente des spectroscopes de Steinheil et Duboscq, j'ai fait éclater entre les deux sphéroïdes, à l'aide d'une petite bobine sans condensateur, une étincelle d'induction, la plus forte possible sans provoquer l'apparition des raies atmosphériques; quoique l'étincelle fût à peine colorée en pourpre, j'ai reconnu identiquement et exclusivement les raies du spectre de flamme de l'hydrogène porté à l'incandescence, ni plus ni moins, c'est-à-dire Vabsence complète de la raiesodique et l'apparition des trois raies rouge, orange et bleu pale. Quoique le nombre des raies du spectre électrique de l'oxyde de lithium soit le même que celui du spectre complet de flamme de ce même corps, il y a cependant une diflerence fondamentale entre les deux spectres. Dans le spectre de flamme, la raie brune ou rouge est très forte et d'une grande intensité colorante, et la raie orange ou jaune est très faible; tandis que dans le spectre électrique, c'est
l'inverse : la raie brune est d'une faiblesse extrême et la raie orangée est forte et intensément colorée. Je n'ai pas observé de différence entre la force et l'intensité de coloration de la raie bleue du spectre de flamme et du spectre électrique. Il est donc certain, ainsi que cela résulte du reste des observations de Bunsen, qu'il y a une différence essentielle entre le faciès des deux spectres du lithium. Quant à la position des raies de flamme et des raies électriques, je l'ai trouvée identique en me servant du spectre solaire comme repère pour les deux spectres litliiques.
Voulant m'assurer si le spectre du lithium n'éprouverait pas des changements en substituant à l'étincelle d'une petite bobine sans condensateur de fortes décharges, j'ai remplacé la petite bobine par la grande bobine de Ruhmkorff accouplée à un condensateur formé de cinq très grandes bouteilles de Leyde, ayant eu soin, au préalable, de juxtaposer le spectre solaire comme repère.
Soit que j'aie maintenu ou intercepté le passage des radiations solaires, j'ai reconnu la reproduction du spectre lithique, identique pour le nombre et la position des raies, avec le spectre du dard oxhydrique, venant s'ajouter au spectre de» raies atmosphériques; mais j'ai constaté en même temps l'apparition non équivoque, quoique très affaiblie, des raies sodiques, en corrélation de D et Di du spectre solaire. Ayant cherché à me rendre compte de l'apparition des raies sodiques, j'ai vu qu'en substituant aux sphéroïdes en platine couverts d'oxyde de lithium, des sphéroïdes en platine pur, l'analyse prismatique de la décharge permettait d'apercevoir les raies sodiques dans le même air, avec la même netteté qu'avec l'interposition de l'oxyde lithique, j'ai fait alterner à plusieurs reprises les substitution», et toujours avec le même résultat. Pendant ce temps, l'analyse prismatique de la flamme d'une lampe de Bunsen, brûlant dans cet air, ne fournissait pas de trace de raie sodique. Malheureusement, la contamination de l'air par la présence et le mouvement de trois personnes indispensables aux observations, a mis bientôt fin aux essais.
Ces investigations datent du mois de décembre 1878. Je les ai répétées à des époques différentes, lorsque la condition de pureté relative de l'air s'est présentée, en me servant successivement d'un spectroscope à un prisme et du spectroscope à cinq prismes de M. Duboscq, et je dois déclarer n'avoir jamais trouvé à Bruxelles de l'air intérieur, ou même extérieur, suffisamment privé de sodium pour ne pas donner, par l'analyse prismatique d'une forte décharge, des signes non équivoques, quoique très affaiblis, de la présence du sodium, alors qu'il m'était absolument impossible d'observer la raie sodique dans le môme air avec la flamme d'un brûleur de Bunsen ou dans une étincelle d'une petite bobine ne donnant point les raies atmosphériques.
Ainsi s'expliquent les faits cités plus haut au sujet du platine, de l'argent, etc., qui, dépouillés complètement de sodium, conservés ensuite à l'air, lui empruntent ce métal et fournissent, au bout d'un certain temps, par l'analyse prismatique, des preuves certaines de la présence du sodium. J'appelle preuve certaine l'apparition de la double raie D. Ainsi se confirment aussi les faits consignés dans V Essai sur la nature et la quantité de matières minérales solubles et insolubles existant dans l'air du haut de la ville de Bruxelles, etc.
La possibilité de constater la présence ou l'absence du sodium dans l'air est donc subordonnée à la quantité du métal qui y existe et aux moyens employés pour l'y découvrir.
Je ne vois pas d'autre explication à donner de ces observations. Du reste, l'oxyde lithique privé de tout sodium par le moyen que j'ai exposé, abandonné à l'air, à l'abri des poussières en suspension, fournit au bout d'un temps variable, suivant la pureté relative de l'air, des indices non équivoques de la raie sodique; ainsi se conduisent les sphéroïdes de platine couverts d'oxyde lithique. Après quelques jours de conservation sous une cloche, ils donnent avec l'étincelle d'une petite bobine la raie sodique, comme si l'oxyde employé n'avait pas été privé de sodium.
Lors du contrôle auquel j'ai soumis mes investigations, en collaboration avec M. Depaire, j'ai eu l'occasion de constater les mêmes faits en me servant de sulfate de lithium pur préparé par M. Bunsen. Nous avons reconnu ainsi que ce sulfate, enveloppant des sphéroïdes de platine, ne donne pas ou donne peu les raies sodiques suivant qu'il est répandu dans le MÊME AIR, à l'aide d'une étincelle non condensée ou condensée, et que les sphéroïdes enveloppés, abandonnés à l'air à l'abri des poussières, fournissent du jour au lendemain, avec l'étincelle non condensée, les raies sodiques par suite du sodium qu'ils ont emprunté à l'air.
J'ai dit plus haut que le spectre lithique de la décharge électrique est identique à celui d'une faible étincelle. Depuis la rédaction de cette notice, MM. Liveing et Dewar ont constaté, dans le spectre de l'arc électrique lithifère, l'apparition d'une seconde raie bleue ; il y a donc lieu de reprendre le spectre du lithium dans la décharge, afin de s'assurer s'il existe, oui ou non, une différence entre le spectre lithique de l'étincelle ou de la décharge et le spectre lithique de l'arc électrique.
Il résulte des faits qui précèdent que, dans les conditions où l'expérimentation exacte est possible sans emprunter le sodium au milieu ambiant lui-même, il n'y a aucun rapport entre les caractères imprimés aux tlammes par le lithium à l'état d'oxyde ou de sulfate, et les composés de sodium. Le lithium et le sodium sont irréductibles l'un à l'autre; ils se conduisent comme des corps distincts.
Quant au spectre du lithium, il est indubitable que le spectre de flamme est fonction de la température du milieu dans lequel le composé métallique est réduit à l'état de vapeur. En employant un analyseur dont le ou les prismes et les lentilles sont en flint, le spectre de l'étincelle faible ou forte est identique au spectre complet de flamme (1879). La découverte faite récemment par MM. Liveing et Dewar d'une seconde raie bleue dans l'arc électrique lithifère, rend indispensables des recherches nouvelles sur le spectre lithique de la décharge électrique.
Ayant recherché avec M. Depaire s'il est possible d'apercevoir, dans le spectre de la décharge électrique lithifère, la présence de la seconde raie bleue découverte par MM. Liveing et Dewar, en nous servant, à cet effet, successivement d'un spectroscope à un prisme de M. Duboscq, identique à celui utilisé par M. Lecoq de Boisbaudran, pour ses recherches, puis d'un spectroscope à vision directe de MM. Liveing et Dewar et construit par M. Hilger, nos investigations sont restées infructueuses, soit que nous ayons opéré dans l'air en tenant compte des raies atmosphériques, soit que nous ayons efl'ectué la décharge en remplaçant l'air par de l'hydrogène.
Dans l'un et l'autre cas, nous n'avons constaté, avec cerliliide, qu'une seule raie bleue : celle découverte par MM. Frankland et Lockyer. Les résultats ont été tout autres en substituant au spectroscope de Duboscq et au spectroscope à vision directe, munis l'un et l'autre de prismes très réfringents et très absorbants en flint, un spectroscope de M. Hilger avec deux demi-prismes et oculaires en quartz. En nous servant de cet excellent instrument, nous avons aperçu la seconde raie bleue non seulement dans la décharge électrique, mais même dans l'étincelle lithifère, non condensée. Cette seconde raie s'est présentée, dans ce cas, avec une teinte bleue très pâle.
La visibilité ou la non-visibilité de cette seconde raie bleue dans le spectre de l'étincelle, ou de la décharge, dépend donc exclusivement de Vanalyseur employé. Nous avons dit plus haut qu'en nous servant du spectroscope de M. Hilger avec prismes et lentilles de quartz, on n'aperçoit pas la seconde raie bleue lithique dans le spectre de flamme (cône interne du gaz oxycarbohydrique lithifère). Ces faits étant constatés, il était à peine nécessaire de soumettre à l'analyse prismatique l'arc électrique lithifère. Néanmoins, nous nous sommes livrés à cette recherche dans le but de nous renseigner à la fois sur l'intluence de l'intensité lumineuse et de l'analyseur, et sur la permanence du spectre du lithium.
A cet effet, nous avons produit :
1" Un arc électrique à l'aide de trente-trois boîtes d'accumulateurs Julien, donnant, aux bornes de la lampe, 40 ampères et 70 volts;
2° Un arc électrique à l'aide d'un dynamo Gramme et d'un dynamo Siemens accouplés, donnant, aux bornes de la lampe, 28 ampères et 70 volts.
Dans les deux cas, l'arc électrique jaillissait entre deux électrodes de charbon de cornue purifié, se consumant sans laisser trace de cendre; elles étaient fixées sur une lampe Foucault. L'électrode négative, de 6 à 7 millimètres de diamètre, était terminée en pointe; l'électrode positive, de 12 millimètres de diamètre, était terminée par une surface plane, dans laquelle était creusée une cavité destinée à recevoir le composé de lithium à volatiliser dans l'arc.
Gomme analyseur, l'un de nous s'est servi du spectroscope de M. Hilger à deux demi-prismes et lentilles en quartz, et l'autre a employé le spectroscope à vision directe de MM. Liveing et Dewar avec prismes de flint.
Après avoir fait jaillir l'arc par la mise en contact des électrodes et la fusion du sulfate et du chlorure de lithium logé dans la cavité de l'électrode positive, nous avons aperçu avec le courant des accumulateurs d'abord, ensuite avec le courant des dynamos accouplés, le spectre lithique formé de ses quatre raies (une raie rouge foncé, une raie jaune orangé, une première raie d'un bleu pâle, et une seconde raie d'un bleu plus pâle que la première), se détachant soit sur un spectre continu intensément illuminé, soit sur un spectre continu sillonné du spectre du carbone, formé de raies fines, brillantes. Ces raies fines étaient telles que M. Fievcz les a décrites dans ses Recherches sur le spectre de carbone dans l'arc électrique, et telles que le lieutenant général Liagre et l'un de nous les ont vues pendant l'exécution du travail de M. Fievez à l'Observatoire royal de Bruxelles.
Pour pouvoir continuer les observations pendant le temps nécessaire à la sélection des raies lithiques et carboniques, une personne était chargée
dMntroduire dans l'arc, à l'aide d'une aiguille de charbon de cornue purifié, terminée en spatule, le composé lithique au fur et à mesure que celui-ci se volatilisait. Lors de l'introduction du composé lithique dans l'intérieur de l'arc électrique, celui-ci n'éprouvait aucun changement de coloration, tandis que son enveloppe était fortement colorée en rouge foncé, surtout vers l'électrode négative. A la température de l'arc électrique, la vapeur lithique est donc bleue, comme le fuseau lui-même.
En agissant ainsi, nous avons pu constater avec certitude que l'espace spectral était formé d'un spectre lithique sur un spectre continu, ou d'un spectre lithique sur un spectre continu sillonné par les raies fines résultant de la résolution des bandes carbonées, suivant que les électrodes se touchaient ou étaient écartées, c'est-à-dire suivant que l'analyse prismatique s'eifectuait sur lesélectrodes en contact mais entourées de vapeurs lithiques, ou suivant que l'analyse s'opérait sur l'arc contenant à la fois des vapeurs carbonées et lithiques. Mais dans les deux positions des électrodes, nous avons vu en permanence les quatre raies lithiques, ni plus ni moins, en ce qui concerne le lithium.
On doit donc conclure à l'immutabilité du spectre lithique dans l'arc si puissant dont nous avons disposé.
En nous servant du sulfate de lithium absolument privé de sodium, nous n'avons pas aperçu les doubles raies sodiques dans l'espace spectral; tandis qu'en employant du chlorure de lithium sodifère, nous avons constaté dans l'espace spectral les doubles raies sodiques.