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CHAPITRE XL

Recherches chimiques sur le thallium, le trioxyde, l'hydrate, le chlorure, le bromure, l'iodure, l'azotate, le carbonate et le sulfate thalleux.

Le spectre du thallium ayant élé contesté, j'ai cru devoir soumettre à un nouvel examen la préparation et les propriétés du métal et de ses principaux composés. Pour cette étude, j'ai eu la chance d'avoir à ma disposition : 1° iOO grammes environ de sulfate de thallium préparé par feu Lamy lors de l'exécution de son travail sur ce métal ; 2" du thallium métallique et du carbonate que je tenais de l'amitié de M. Crookes et obtenu par lui-même. Enfin, je me suis procuré du métal préparé en grand dans une fabrique de produits chimiques.

Du sulfate de lliaUium de feu Lamy. — J'ai commencé ces recherches à l'aide du sulfate préparé par feu Lamy. Y ayant reconnu la présence de petites quantités de sulfate d'argent, de calcium, de ferricum, de sodium et de silicium, j'ai eu recours au traitement suivant pour en opérer la séparation :

La solution bouillante et saturée de sulfate a été additionnée d'ammoniaque pure et entretenue pendant quelques minutes en ébullition dans un grand vase de platine, puis filtrée. Après la séparation de l'hydrate ferrique, le liquide a reçu de nouveau de l'ammoniaque et a été porté encore à l'ébullition pendant quelques minutes, puis filtré.

Des traces d'hydrate ferrique étant restées une deuxième fois sur le filtre, j'ai procédé à une troisième addition d'ammoniaque, suivie d'une nouvelle ébullition et d'une filtration.

Après l'élimination totale du fer, j'ai porté la solution non saturée à l'ébullition et j'y ai ajouté petit à petit du carbonate ammoniacal d'ammonium dissous pour précipiter le calcium.

Le liquide légèrement ammoniacal a été filtré, après refroidissement, pour séparer le carbonate calcique mêlé d'une petite quantité de sulfate thalleux cristallisé.

J'ai évaporé ensuite la solution limpide de sulfate jusqu'à siccité pour chasser l'excès de carbonate ammoniacal d'ammonium. Le sel a été repris par de l'eau saturée d'acide sulfhydrique. La solution sulfhydrique était teintée de brun.

Abandonnée à elle-même dans un vase de platine couvert d'une cloche, elle s'est colorée en violet, puis s'est complètement décolorée et éclaircie en déposant un faible précipité rouge foncé, formé de sulfures thalleux et argentique.

Le liquide limpide décanté exhalant une forte odeur sulfhydrique, a été néanmoins additionné d'un quart de son volume de solution sulfhydrique et abandonné de nouveau à lui-même en vase fermé. Après vingt-quatre heures, il ne s'est point coloré et n'a rien déposé.

Une solution neutre de sulfate thalleux dont on a éliminé les métaux pré-

cipi tables par l'acide sulfhydrique, n'est donc pas décomposée par cet

acide, contrairement à ce qui est généralement admis.

Le précipité rouge foncé, indiqué ci-dessus, recueilli sur un filtre et lavé T. m. 27

à l'eau saturée d'acide sulfhydrique, a été abandonné à lui-même, sous une cloche, dans l'air humide. Il s'est transformé par oxydation et pour la majeure partie en sulfate thalleux, en laissant, après lavage, pour résidu une très faible quantité de sulfure d'argent.

La solution du produit de l'oxydation du précipité rouge foncé, additionnée d'eau sulfhydrique, ne s'est pas colorée ni troublée après vingtquatre heures de réaction en vase fermé. Cette solution était formée exclusivement de sulfate thalleux neutre, inaltérable à l'acide sulfhydrique dissous. Ces faits prouvent que le sulfate thalleux neutre n'est précipité par l'acide sulfhydrique qu'en tant qu'il est associé à un métal susceptible de se transformer ainsi en sulfure insoluble.

J'ai évaporé jusqu'à siccité, dans un vase de platine, la solution de sulfate thalleux, et le résidu tout à fait blanc a été chauffé au rouge sombre pour détruire la petite quantité de sulfate d'ammonium et pour rendre insoluble l'acide silicique qui y était contenu.

Le sulfate a communiqué à la flamme d'hydrogène la coloration thallique, et l'analyse prismatique de cette flamme a permis de constater à la fois la raie sodique et la raie thallique à l'exclusion de toute autre.

Il a suffi de quatre cristallisations successives pour ne plus apercevoir, dans le sulfate thalleux obtenu, la raie sodique. Je ne conclus pas de ce fait à l'absence du sodium : je m'explique du reste ailleurs à ce sujet. Abandonné à l'air sous une cloche, il donne, au bout de peu de jours, la raie sodique d'une manière très prononcée.

Le sulfate thalleux cristallisé est incolore et se conserve en cet état lors même qu'il est exposé en présence de l'air à la radiation solaire directe.

J'ai fait servir ce sel à la préparation du métal pur, de son trioxyde et du chlorure thalleux.

J'ai eu recours à lelectrolyse d'une solution ammoniacale du sulfate pour me procurer a la fois le métal et son trioxyde. Voici les motifs qui m'ont fait recourir à la solution ammoniacale.

Lorsqu'on soumet à l'électrolyse une solution aqueuse saturée de sulfate, contenue dans un vase de platine, il se dépose du thallium sur l'éleclrodc négative en platine, et l'électrode positive se couvre d'hydrate, d'oxyde brun ou d'oxyde noir. M. Crookes a le premier observé ce fait. J'ai constaté qu'au commencement de l'électrolyse le rapport entre le poids du thallium déposé à l'état de métal et à l'état d'oxyde est très sensiblement comme 2:1. Ce rapport change bientôt avec la mise en liberté de l'acide sulfurique, et il arrive un moment où, à Téleclrode négative, il ne se dégage que de l'hydrogène, et que l'électrode positive continue à se couvrir d'oxyde noir. Cette action se passe avec une telle régularité qu'en soumettant au courant une solution de sulfate monothallique, tout le métal est éliminé à l'état d'hydrate de trioxyde.

L'électrolyse du sulfate rendu ammoniacal s'exécute au contraire d'une manière absolument constante. Kn maintenant, par des additions successives, un léger excès d'ammoniaque dans le liquide, il se dépose deux parties en poids de thallium pour une partie de thallium à l'état d'hydrate brun ou de trioxyde noir, suivant la température. En opérant l'électrolyse du sulfate ammoniacal sous une cloche renfermant de l'air purifié, on obtient du thallium et son trioxyde à l'aide desquels on ne peut pas faire apparaître la raie sodique par l'analyse prismatique d'une flamme dans laquelle on les a répandus.

J'ai utilisé cette dernière action pour obtenir directement du métal et de l'oxyde et pour me procurer de nouveau, avec l'oxyde, du sulfate et du thallium, à l'aide desquels j'ai pu rechercher si le sulfate, le métal et l'oxyde renferment un radical speclroscopiquemetU identique à lui-même.

J'ai procédé ainsi qu'il suit : après avoir réservé une partie du métal et de l'oxyde obtenus, j'ai transformé le restant du métal, préalablement bien lavé à l'eau, en sulfate, en l'attaquant, dans un vase de platine couvert, à l'acide sulfurique dilué et pur. Pour empêcher l'attaque du vase par l'acide

sulfurique, j'ai eu soin d'opérer à la température la plus basse possible, et de laisser un excès de thallium.

L'oxyde a été amené également à l'état de sulfate. A cet effet, après l'avoir tenu en suspension successivemefit dans de l'eau bouillante, additionnée d'acide sulfurique pur, dans de l'eau ammoniacale, et lavé enfin à l'eau pure, l'oxyde a été dissous dans une solution d'acide sulfureux préparé dans le platine, en ayant la précaution d'employer un excès d'acide et d'entretenir le liquide près de son point d'ébullition jusqu'à cessation de coloration en brun par l'addition d'ammoniaque, c'est-à-dire jusqu'à ce que le sulfate thalloso-thallique, formé primitivement, fût transformé complètement en sulfate thalleux par l'excès d'acide sulfureux et la chaleur. J'ai constaté ainsi que l'hydrate brun et l'oxyde noir, produits par l'éleclrolyse d'un sulfate, traité préalablement à l'acide sulfhydrique, se dissolvent dans un excès de solution sulfureuse, en donnant naissance à un liquide d'une limpidité absolue, fait qui ne se remarque point lorsque le sulfate renferme des traces d'oxyde plombique^ ainsi que cela arrive souvent.

La solution du sulfate provenant du métal et la solution du sulfate obtenu à l'aide de l'oxyde, furent à leur tour additionnées d'ammoniaque pure et soumises à l'électrolyse, de manière à précipiter l'oxyde thallique sur une capsule, et le métal sur une feuille de platine.

Le métal et l'oxyde furent, après un lavage préalable à l'eau bouillante, introduits dans la flamme de l'hydrogène, et fournirent à l'analyse prismatique un spectre thallique identique à celui du sulfate primitivement employé et identique aussi à celui du métal et de l'oxyde dont ils sont provenus.

Pour être absolument certain de ne pas être induit en erreur, j'ai procédé une troisième fois à la transformation de l'oxyde en sulfate et à l'éleclrolyse du sulfate obtenu. L'identité du spectre produit par le métal et par l'oxyde a été complète. Je conclus de cette identité à l'existence d'un métal chimiquement pur.

J'ai transformé de nouveau la majeure partie du métal réduit et de l'oxyde

en sulfate, par les moyens indiqués ci-dessus, et celui-ci en chlorure. Dans ce but, une solution aqueuse, saturée de sulfate, a été ajoutée à de l'eau contenant 10 p. c. de son volume d'acide chlorhydrique liquide et pur. Le précipité produit a été lavé à la trompe avec l'eau renfermant 6 p. c. d'acide chlorhydrique liquide. J'ai reconnu, en effet, qu'il était nécessaire d'ajouter à l'eau cette quantilé d'acide liquide pour dissoudre le moins possible de chlorure thalleux. J'ai poussé le lavage à Teau acide, jusqu'à entraîner la moitié environ du précipité, sans réussira obtenir un liquide ne troublant plus une solution de chlorure de baryum.

Le précipité retenait donc de l'acide sulfurique, probablement à l'état de sulfate thalleux. Le précipité était d'une blancheur parfaite et s'est conservé absolument blanc après son exposition à la radiation solaire directe. Lamy a déjà constaté l'inaltérabilité du chlorure thalleux à la lumière. On admet cependant que l'insolation rend ce composé grisâtre; je ne lui ai reconnu cette propriété que lorsqu'il a été obtenu à l'aide de l'azotate ou du sulfate thalleux argentifère, et c'est presque toujours le cas quand ces sels proviennent de solutions qui n'ont pas été traitées à l'acide sulfhydrique (^).

Dans le but d'obtenir du chlorure thalleux privé d'acide sulfurique, j'ai dissous le précipité dans de l'eau en ébuUition dans un vase de porcelaine couvert, et après avoir ajouté à la solution un seizième de son volume d'acide chlorhydrique liquide, je l'ai brusquement refroidie. J'ai répété la solution et la précipitation une seconde fois, et j'ai obtenu un chlorure thalleux grenu, absolument blanc, inallérable à la lumière et privé complètement d'acide sulfurique, après un lavage à la trompe effectué à l'eau pure. Immédiatement après sa préparation, ou conservé sous l'eau en vase de verre fermé, il n'a donné aucun indice de la présence du sodium. Abandonné sous une cloche remplie d'air sec, il fixe très lentement du sodium, toute-

(') Le chlorure thalleux argentifère ne fournit pas les raies caractéristiques de l'argent, soit qu'on observe le spectre de flamme, soit qu'on observe le spectre électrique de ce chlorure mélangé. On aperçoit exclusivement la raie thallique.

fois assez pour qu'au bout de quatre à cinq jours on parvienne à constater la raie sodique en même temps que la raie thallique. Je ne veux pas conclure de l'absence de la raie sodique dans le spectre thallique du chlorure immédiatement après sa production, qu'il ne contienne pas de trace de sodium. Je fais à ce sujet des réserves sur lesquelles je m'explique ailleurs.

Le chlorure thalleux, cristallisé par le refroidissement d'une solution bouillante, agité avec de l'eau froide, fournit un liquide qui ne se trouble pas par l'addition de l'acide chlorhydrique concentré, froid.

Le chlorure thalleux pulvérulent, obtenu à froid par précipitation, à l'aide de l'acide chlorhydrique en excès, d'une solution de sulfate ou d'azotate thalleux, lavé successivement à l'acide chlorhydrique au dixième et à l'eau pure, mis en suspension dans l'eau pure, fournit, après le dépôt complet, un liquide limpide, qui se trouble abondamment par l'addition de l'acide chlorhydrique concentré.

Les chlorures thalleux cristallisés et pulvérulents se conduisent donc avec l'acide chlorhydrique comme les chlorures d'argent grenu et floconneux.

Le spectre lumineux du chlorure thalleux est identique à celui du métal, du trioxyde et du sulfate purs.

Du carbonate de llialliiim préparé par M. Crookes. — J'ai procédé par la voie de cristallisations successives à la purification de ce carbonate. Ce sel contenait des quantités sensibles de baryum, de calcium et du sodium, probablement à Célat de silicates. Après six cristallisations, j'ai pu volatiliser le carbonate thallique sans découvrir trace de spectre barytique ou calcique, en portant dans la flamme de l'hydrogène la spire en platine qui avait servi de support au sel et qui avait été mouillée d'une solution de chlorure d'ammonium après la volatilisation du thallium. Le carbonate privé de baryum et de calcium a fourni la raie sodique d'une

manière intense et persistante. Cinq redissolutions dans l'eau pure, suivies d'une précipitation par l'alcool anhydre, n'ont pas suffi pour faire cesser l'apparition de la raie sodique; à la volatilisation, il laissait, du reste, un faible résidu fixe, très fusible, colorant en jaune la flamme de l'hydrogène et donnant, à l'analyse prismatique, exclusivement la raie sodique. J'ai dû, faute de matière, renoncer à obtenir à l'aide du carbonate remis par M. Crookes, ce sel thallique ne donnant pas la raie sodique. J'ai repris ce sujet à l'aide du carbonate préparé par moi.

Dm tliallium métallique de M. Crookes. — J'ai contrôlé les résultats qui précèdent à l'aide du métal préparé par M. Crookes. Ayant soumis à un même traitement le métal de M. Crookes et celui que je me suis procuré dans le commerce, je vais exposer ici le procédé suivi. Le thallium à purifier a été dissous dans de l'acide azotique dilué et la solution a été évaporée à siccité dans un vase de porcelaine. Le résidu a été transformé en sulfate à l'aide d'une quantité convenable d'acide sulfurique pur. Le sel produit, formé d'un mélange de sulfate thalleux et thallique, a été chauffé jusqu'à siccité dans un vase de platine. J'ai dissous le résidu dans l'eau bouillante et j'ai fait passer dans la solution maintenue à température élevée un courant d'anhydride sulfureux jusqu'à ce qu'elle en répandît fortement l'odeur. Sous l'influence de l'acide sulfureux, le liquide, qui était limpide, s'est fortement troublé en produisant un précipité blanc formé exclusivement de sulfate de plomb.

Après le refroidissement complet, la solution, étendue d'eau pour redissoudre du sulfate qui s'était cristallisé, a été filtrée et le liquide limpide a été chauffé et maintenu en ébullition jusqu'à ce que l'acide sulfureux fût entièrement éliminé. Ce résultat étant atteint, j'y ai fait passer un courant d'acide sulfhydrique qui l'a fortement bruni. Introduit dans un flacon bouché et abandonné à lui-même, il s'est décoloré en déposant un sulfure tout à fait noir, formé d'un mélange de sulfure de plomb, de mercure,

d'argent, de thallium, de cadmium et de zinc. J'ai saturé à froid le liquide limpide par de l'acide sulfhydrique; il ne s'est plus coloré, même après vingt-quatre heures d'exposition à la lumière en vase fermé, et il n'a rien déposé. L'acide sulfhydrique a été chassé par la chaleur et la solution de sulfate refroidie a été versée dans un excès convenable d'acide chlorhydrique pour précipiter le thallium.

Le chlorure produit a été lavé par décantation d'abord, à l'aide de l'eau contenant 6 p. c. de son volume d'acide chlorhydrique liquide, puis lavé à la trompe avec le même liquide.

L'eau mère de précipitation et les eaux de lavage ont été évaporées et examinées; le résidu ainsi obtenu contenait de notables quantités de zinc avec traces de cadmium et de fer.

Le chlorure thalleux lavé aussi bien que possible retenait de l'acide sulfurique; partant il pouvait contenir également du sulfate de zinc, etc. Je l'ai donc transformé en sulfate en le chauffant dans un vase en porcelaine avec une quantité convenable d'acide sulfurique pur. Le sel obtenu ainsi était à l'état de sulfate monothalleux; je l'ai chauffé dans un vase de platine, de manière à le ramener en sulfate bithalleux. J*ai reconnu que cette transformation exige beaucoup de précautions, car des quantités très notables de thallium peuvent être entraînées avec les vapeurs d'acide sulfurique dégagées et rendre l'air irrespirable pour l'opérateur.

Le sulfate thalleux fut repris par de l'eau bouillante et la solution fut versée encore dans un excès d'acide chlorhydrique. Le chlorure déposé par un refroidissement brusque fut lavé comme précédemment et fut transformé de nouveau en sulfate thalleux, et celui-ci à son tour en chlorure thalleux. J'ai répété une troisième fois cette transformation parce que j'avais reconnu dans le résidu laissé par l'évaporation de l'eau mère de la deuxième précipitation et du lavage du chlorure thalleux, la présence d'une quantité sensible de zinc.

J'ai converti encore en sulfate thalleux le chlorure de la troisième préci-

pitation. La transformation du sulfate monothalleux en sulfate bithalleux ayant dû s'effectuer dans le platine et ce métal étant légèrement attaqué par le sulfate monothalleux, le sel obtenu contenait sensiblement de sulfate platinique.

Pour éliminer ce dernier métal, j'ai eu recours à l'action successive de l'acide sulfureux et de l'acide sulfhydrique. A cet effet, j'ai maintenu vers 100°, pendant plusieurs heures, la solution de sulfate thalleux additionnée d'acide sulfureux. Après avoir réduit ainsi le sulfate platinique en sulfate platinoso-platinique, précipitable directement par l'acide sulfhydrique, j'ai chassé l'excès d'acide sulfureux par la chaleur et j'ai fait passer un courant d'acide sulfhydrique.

La solution s'est colorée en brun; elle a été maintenue dans un bain à 100°, dans un flacon fermé, jusqu'à ce que le liquide fût devenu incolore par la séparation du sulfure platinoso-platinique, qui s'effectue lentement, mais complètement, en entraînant sensiblement du sulfure thalleux.

Après sa décoloration, j'ai filtré la solution de sulfate et je l'ai chauffée pour dégager l'acide sulfhydrique dissous.

On le voit, la séparation des métaux étrangers au thallium constitue une opération laborieuse et très délicate.

L'examen auquel j'ai soumis la solution du sulfate thalleux m'a permis d'y constater la présence de l'alumine et de la soude, provenant sans doute de l'attaque des vases en porcelaine employés lors de la transformation du chlorure en sulfate thalleux. J'ai éliminé l'alumine à l'aide de l'ammoniaque pure, et j'ai eu recours à des cristallisations successives du sulfate pour me débarrasser du sodium. Il a fallu cinq cristallisations, en écartant chaque fois les eaux mères et de lavage, pour ne plus apercevoir la raie sodique dans le sel obtenu.

Le sulfate ainsi produit m'a servi à me procurer ;

1° Du thallium métallique. A cet effet, j'ai eu recours à Télectrolyse de la solution rendue ammoniacale, comme je l'ai dit ci-dessus;

2" De l'hydrate thallique brun ou noir;

5° Du chlorure thalleux précipité et redissous ensuite à trois reprises dans l'eau bouillante; immédiatement après sa préparation, il ne fournit pas trace de raie sodique;

4 Du bromure thalleux; j'ai constaté l'existence de trois états physiques bien distincts de ce bromure : le premier est blanc; il prend naissance lorsqu'on précipite du sulfate thalleux en excès par de l'acide bromhydrique; le deuxième est d'un jaune pur, mais peu foncé; il se produit lorsqu'on verse à froid dans un excès d'acide bromhydrique dilué du sulfate thalleux dissous; le troisième est d'un blanc légèrement jaunâtre; il se forme lorsqu'on dissout dans de l'eau bouillante, soit le bromure blanc, soit le bromure jaune, ou lorsqu'on expose sous l'eau l'un ou l'autre de ces bromures à la radiation solaire directe. La lumière n'exerce aucune action décomposante sur le bromure thalleux, à moins qu'il ne contienne du bromure d'argent. Immédiatement après sa production et son lavage, il ne fournit pas à l'analyse prismatique de trace de raie sodique; il en est de même lorsqu'il est conservé sous l'eau en vase fermé. Abandonné à l'air libre, il donne, au bout de peu de jours, la raie sodique à l'analyse spectrale;

5° De l'iodure, par double décomposition à l'aide de l'iodure d'ammonium pur; l'iodure obtenu en versant une solution d'iodure d'ammonium dans un excès de sulfate thalleUx dissous est blanc jaunâtre, inaltérable à la lumière; il contient du sulfate entraîné, qu'une longue digestion dans de l'eau à 100'' ne parvient pas à enlever complètement. L'iodure produit en versant dans un excès d'iodure d'ammonium une solution de sulfate thalleux, est d'un jaune sale, inaltérable à la lumière; il retient également du sulfate thalleux qu'on parvient à séparer en le laissant digérer à froid dans une solution diluée d'iodure d'ammonium. Après l'action prolongée de l'iodure d'ammonium, il est d'un jaune plus prononcé et plus pur. Lavé ensuite à l'eau et introduit dans la flamme de l'hydrogène, il donne le

spectre thaîlique seul. Abandonné à l'air sous une cloche, il fournit, au bout de peu de jours, la raie sodique.

A l'aide du thallium métallique obtenu par l'électrolyse du sulfate soumis à cinq cristallisations successives, en écartant chaque fois les eaux mères, je me suis procuré :

1° Une solution d'hydrate thalleux; j'ai préparé cet hydrate en exposant sous une cloche, dans un creuset de platine couvert, du thallium bien lavé, cristallisé, dépourvu complètement de sodium, à l'action de l'air purifié et de l'eau. Le métal couvert à moitié d'eau, très brillant d'abord, se ternit rapidement et finit par se noircir; au bout de quelques jours, il a complètement disparu. Au fond du liquide tout à fait incolore et très alcalin, se trouve une petite quantité d'hydrate de trioxyde noir. La solution d'hydrate thalleux donne à l'analyse prismatique des signes persistants de la présence du sodium dans la flamme, quoique la coloration imprimée à celle-ci par l'hydrate soit d'une pureté remarquable de teinte et caractéristique de la flamme thaîlique.

Il m'a été impossible d'évaporer à siccité la solution dans le platine ou dans l'or, sans attaquer ces métaux ;

2" Du carbonate thalleux dissous et cristallisé. Pour préparer ce sel, j'ai abandonné, sous une cloche, à l'air chargé d'anhydride carbonique, du thallium à moitié submergé d'eau pure contenue dans un vase de platine couvert. Le métal se transforme en entier en carbonate qui se dissout complètement si la quantité d'eau est suffisante. La dissolution est incolore, et quoique préparée avec du métal, de l'eau et de l'anhydride carbonique ne donnant pas de trace de raie. sodique, elle fournit néanmoins des signes persistants de la présence du sodium, emprunté sans aucun doute à l'air de la cloche.

11 suffit de précipiter par de l'alcool anhydre et par la solution aqueuse, et de laver convenablement le carbonate à l'alcool à 90" pour obtenir un sel à l'état pulvérulent, pouvant être volatilisé complètement sans donner le

moindre indice de la raie sodique. Je répéterai ici ce que j'ai déjà dit : la non-apparition de la raie sodique ne prouve nullement l'absence du sodium dans le carbonate.

Le carbonate de thallium cristallisé ou pulvérulent, pur, est incolore et peut être exposé à la radiation solaire directe sans se colorer. Abandonné pendant quelques jours, sous une cloche, à l'air, il fournit des signes non équivoques de la présence du sodium.

S'^Pe l'azotate thalleux dissous et cristallisé. J'ai obtenu la dissolution de ce sel en attaquant par le métal pur de l'acide azotique distillé directement dans un vase de platine qui venait d'être chauffé au blanc. La solution, immédiatement après sa production, ne donne aucun indice de la raie sodique. Abandonnée sous une cloche à l'évaporation, à côté d'un vase contenant de l'acide "Bulfurique, elle fournit des prismes incolores, inaltérables à l'air et à la lumière. Ces prismes, introduits dans la flamme de l'hydrogène, fournissent des indices certains de la présence du sodium.

La solution aqueuse d'azotate cristallisé, versée dans de l'alcool anhydre et pur, fournit, après un lavage convenable à l'alcool à 90°, un précipité pulvérulent qui, introduit dans la flamme de l'hydrogène, ne donne à l'analyse prismatique aucune trace de raie sodique.

Les propriétés offertes par tous les composés de thallium indiqués ci-dessus corroborent les observations faites sur la présence du sodium dans l'air et la condensation de ce métal par les corps qu'on y expose pendant un certain temps. Les composés de thallium se condensent donc par rapport à l'air comme tous les corps que j'ai soumis à un examen attentif.

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