PATE A LA GOMME
Phosphore .
Colle forte.
Eau . . .
Sable fin .
Ocre rouge.
Vermillon .
2° Pour les allumettes sans soufre au bout :
Phosphore 3.0
Gomme , 0.3
Eau 3.0
Sable 2.0
Bioxyde de plomb 2.0
Au lieu (le bioxyde de plomb minium, 2; acide azotique, 0.50.
Dessèchement des allumettes. — La dessiccation du mastic adhérent au bout des allumettes se fait dans un séchoir à air chaud. Dans les fabriques bien montées, les séchoirs sont chauffés à l'aide de la vapeur d'eau qui circule dans les tuyaux, ou bien par circulation d'eau chaude.
(') L'examen chimique que nous avons fait de la pâte adhérente au bout de plusieurs qualités d'allumettes fabriquées à Paris ne nous a pas permis de constater la présence du vermillon; nous y avons rencontré presque toujours du plomb, dont une partie même était passée à l'état de sulfure. D'ailleurs, le mastic ne nous a pas paru présenter la même composition dans toute son étendue : celui qui était tout à fait à l'extrémité nous a semblé beaucoup plus riche en oxyde de plomb. Nous en avons même trouvé où il n'y avait de l'oxyde de plomb qu'à l'extrémité, tandis que le restant de la pâte en était complètement dépourvu. Pour ces allumettes, il y aurait eu un double chimicage fait par superposition.
L'emploi de tuyaux de poêles, chauffant toujours 1res inégalement les ateliers, devrait être interdit; le courant d'air très chaud, qui se produit ainsi dans certains endroits, a souvent occasionné des incendies. Le dessèchement est complet au bout de vingt-quatre heures. Les presses, avec les allumettes desséchées, sont alors retirées du séchoir; elles sont dégarnies et les allumettes réunies en bottes ou bien placées dans des boîtes.
Inconvénients et dangers auxquels exposent la fabrication et l'emploi des allumettes phosphoriques.
Danger pour la santé des ouvriers. — La fabrication des allumettes chimiques, lorsqu'elle est faite sans précautions particulières, est la cause de maux bien cruels pour certains ouvriers. Ces maux sont dus à la vapeur de phosphore, qu'exhale d'une manière continue la pâle inflammable, et cela d'autant plus fortement que sa température est plus élevée.
Cette vapeur de phosphore passe à l'état d'acide phosphoreux, qui, restant suspendu dans l'air, le rend complètement nuageux et délétère pour les ouvriers. Le docteur Lorinzer, de Vienne, a le premier, en 1845, appelé sur ces maux l'attention de l'autorité publique et de la médecine.
Depuis cette époque, les médecins, dans différents pays, ont constaté avec soin les accidents qui se sont produits. En France, le docteur Théophile Roussel, dans un écrit présenté, le 16 février 1846, à l'Académie des sciences de l'Institut, et intitulé : Recherches sur les maladies des ouvriers employés à la fabrication des allumettes chimiques, a décrit avec une grande exactitude toutes les affections qu'il a observées.
En Allemagne, l'autorité, qui s'est émue de la gravité de ces accidents, a institué des enquêtes. Les résultats de toutes les observations faites dans cette circonstance ont été rassemblés par MM. les docteurs von Bibra et Geist, dans un écrit publié à Erlangen, en 1847, et intitulé : Die Krankheiten der Arbeiter in phosphor-zûndholz Fabriken, etc.
En Angleterre, on a constaté également que des affections spéciales affligent certains ouvriers de fabriques d'allumettes. Ces observations sont consignées dans un article inséré dans le British and fore'ujn medicochirurgical Review, t. I, p. M6 et suiv. Enfin, on est aujourd'hui d'accord pour reconnaître que les ouvriers chargés de la préparation de la pâte phosphorée, que ceux qui exécutent le cliimicage, que les femmes qui dégarnissent les presses et mettent les allumettes en paquets ou en boîtes, sont sujets à des affections hr-onchiques, à la carie des dents, aux gonflements des os maxillaires, à la nécrose complète de ces os, et que souvent la mort vient délivrer ces malheureux ouvriers d'une vie misérable. Dans une lettre adressée au président du conseil général de la salubrité publique de la ville de Paris, le docteur Laitier fait connaître que depuis que les affections des ouvriers des fabriques d'allumettes ont été signalées dans cette ville, 57 ouvriers ont été atteints, dont 23 hommes et i4 femmes. Do ces 57 ouvriers, le docteur Laitier en a vu 28, et a donné des soins à 19; il possède des os de 8 de ces malades. Sur ces 57 atteints, cinq sont morts, c'est-à-dire un septième des malades! La mortalité des ouvriers autrichiens atteints a été plus forte encore.
Les ouvriers qui exécutent les opérations que nous venons d'indiquer ne sont pas tous exposés de la même manière : ceux qui opèrent la préparation de la pâle et le chimicage sont le plus en danger; chez eux, la maladie se développe après qu'ils ont pratiqué ces opérations pendant quatre à six années. Les autres y sont infiniment moins sujets. La malpropreté paraît être une cause prédisposante pour tous; les ouvriers atteints de carie des dents sont plus prédisposés que ceux qui ont une denture saine.
Une ventilation convenable des locaux où se font la préparation de la pâte, le chimicage, le dessèchement des tiges armées de mastic, le dégarnissage des presses et l'arrangement des allumettes en paquets et en boîtes, diminue considérablement les chances qu'ont les travailleurs d'être atteints.
Les faits qui précèdent, dont la gravité ne peut être méconnue de per-
sonne, imposent des devoirs à l'autorité et aux fabricants. Dès 1847, M. J. Preshel, à Vienne, a reconstruit son usine dans l'espoir de soustraire les ouvriers à ces affections. Le résultat a couronné ses efforts. Les maladies sont devenues tellement rares dans son usine, qu'on peut dire que le danger n'existe presque plus. Les modifications apportées par M. J. Preshel consistent dans une disposition particulière des locaux et dans le système de ventilation qui y est établi. La faculté de médecine de Vienne, appelée à émettre son avis sur la valeur de ces modifications, les a complètement approuvées et les a proposées comme un modèle à suivre dans la construction des autres fabriques d'allumettes.
Mais ce n'est pas le seul danger auquel les allumettes phosphoriques exposent la société, il en existe deux autres : les chances d'incendie et les empoisonnements accidentels et criminels.
Da7iger d'incendie. — Des paquets d'allumettes placés dans des lieux trop chauds, ou bien frappés par la lumière solaire directe, peuvent prendre spontanément feu. La chaleur, déterminant Tinflammalion spontanée de la pâte, a été la cause des incendies qui ont éclaté chez les débitants d'allumettes ou chez des particuliers qui avaient placé des allumettes en paquets ou en boîtes ouvertes dans un lieu trop fortement chauffé ou exposé au rayonnement d'un foyer.
Pendant l'été, le feu a été mis aux granges et aux meules, daus les toits desquelles des malveillants avaient implanté quelques allumettes. Le danger pour la sécurité publique et privée existe donc; mais il n'est qu'un résultat prévu, inévitable des qualités de l'allumette; il est en raison même de sa sensibitité,*c'est-k-dire de la facilité avec laquelle elle produit du feu, lorsqu'on veut s'en servir. Pour que ces inconvénients disparaissent, il faut que le consommateur cesse de réclamer cette sensibilité.
En examinant tous les cas d'accidents signalés, en en exceptant ceux causés par la malveillance, on s'aperçoit aisément qu'ils dépendent, soit
de l'imprudence, soit de l'imprévoyance des personnes. Combien n'en exisle-t^il pas qui abandonnent les allumettes en paquets ou en vases ouverts et combustibles sur la tablette d'une cheminée? Combien n'en trouve-t-on pas qui les laissent traîner partout, à la portée des enfants, du premier venu?
Lorsque chacun tiendra ces hôtes aussi dangereux que commodes dans des vases fermés et dans des lieux convenables, ils ne compromettront pas plus la sécurité que d'autres objets que les nécessités de la vie nous obligent de posséder. L'interdiction de la fabrication et de la vente des allumettes phosphoriques actuelles que l'on a sollicitée, dans certains pays, nous paraît mal fondée, surtout en la basant uniquement sur les dangers que court la sécurité. A ce titre, il faudrait interdire la fabrication et l'emploi des instruments tranchants et des armes à feu.
Empoisonnements causés par les allumettes chimiques. — Reste la dernière cause de danger : les propriétés toxiques du phosphore contenu dans la pâte. Les propriétés vénéneuses du phosphore sont connues depuis plus d'un siècle. On sait qu'introduit dans le corps en très petite quantité, 1 centigramme, par exemple, il excite énergiquement l'économie animale et produit un orgasme vénérien. On sait, en outre, que 5 centigrammes ont souvent suffi pour déterminer la mort au milieu de convulsions. D'ailleurs, le phosphore, divisé dans des matières alimentaires, a été employé depuis quinze à vingt années pour détruire les animaux nuisibles. Dans certains pays, des marchands ambulants colportent dans les campagnes de la pâte phosphorée pour détruire les rats et les souris. On a donc appris au peuple que le phosphore peut donner la mort. Peut-on s'étonner, après cela, qu'il se soit servi du phosphore des allumettes pour commettre des crimes? Partout ne trouve-t-on pas l'abus à côté de l'usage? Mais le danger auquel est exposée la société est-il bien grave? A certain point de vue, nous n'hésitons pas à déclarer que ce danger est immense. £n effet, celui
qui médite un crime a sous la main le moyen de le perpétrer immédiatement. Ce qui doit, jusqu'à un certain point, rassurer la société, et ce que l'on ne saurait proclamer trop haut, c'est que si l'empoisonnement est facile à commettre, les symptômes offerts par la victime trahissent toujours le crime, et qu'après la mort il est possible, et même facile, de constater la présence du poison. D'ailleurs, les mets chauds et même froids auxquels on a ajouté du phosphore exhalent une odeur nauséabonde et possèdent un goût d'ail très prononcé.
Quelque faibles que soient les chances qu'ait le criminel d'échapper au châtiment qui l'attend lorsqu'il empoisonne à l'aide du phosphore, le danger n'en existe pas moins par l'existence de ce corps dans les allumettes, qui, d'ailleurs, par suite d'un accident, peuvent tomber dans les aliments. Ce danger a vivement préoccupé le jury; plusieurs de ses membres ont pensé qu'il est suffisant pour le déterminer à solliciter de l'autorité publique l'interdiction de la fabrication et de la vente des allumettes chimiques au phosphore ordinaire. D'autres membres, d'accord avec les premiers sur la gravité du mal, mais convaincus que l'emploi d'une méthode pour se procurer facilement, promptement du feu est devenue d'une nécessité absolue pour la société, par l'habitude qu'elle en a contractée, ont émis l'avis que cette interdiction devait être subordonnée à l'existence de moyens équivalents et ne présentant point d'inconvénients ou de dangers aussi graves que ceux qu'on veut éviter. Ces derniers membres ont pensé que cette interdiction ne pouvait en tout cas être basée sur les inconvénients que présente la fabrication des allumettes, vu qu'il dépend des fabricants de rendre ces opérations beaucoup moins dangereuses que l'exercice d'une foule d'industries que l'on tolère et que l'on encourage même ; l'autorité publique, tutrice de la santé des ouvriers, est toujours libre, d'ailleurs, de fermer les usines dans lesquelles les conditions du travail peuvent compromettre, non seulement la santé mais la vie des ouvriers.
Existe-t-il un moyen de se procurer facilement du feu et de la lumière?
Ce moyen n*expose-t-iI pas la santé de l'ouvrier, ne peut-il donner lieu ni à des incendies ni à un empoisonnement, soit accidentel, soit criminel? En principe, tous les membres ont été d'accord sur son existence, mais la question de l'application n'a pas paru à tous entièrement résolue. Ce moyen repose sur l'emploi du phosphore rouge, découvert en 1847 par le docteur Schrolter, secrétaire perpétuel de l'Académie impériale de Vienne. Ce corps, qu'on désigne encore sous le nom de phosphore amorphe, se distingue du phosphore ordinaire par un ensemble de propriétés. Ainsi, il ne produit ni émanations nauséabondes, ni lueur dans un lieu obscur; il ne s'enflamme jamais spontanément dans les conditions que l'on peut rencontrer dans un lieu habité ou habitable. Pour brûler, il lui faut au moins 200° de chaleur. Il est complètement dépourvu de propriétés vénéneuses; il en résulte que son maniement et son mélange avec les aliments ne peuvent pas altérer la santé. Le changement qu'éprouve le phosphore dans la combustibilité, en prenant la forme de phosphore rouge, le suit dans sa manière d'être à l'égafd des corps comburants avec lesquels on le mêle. Ainsi, additionné de bioxyde de plomb, ou de bioxyde et d'azotate de plomb, d'azotate de potasse, il ne s'enflamme plus par le frottement. Ces composés ne peuvent donc pas lui servir d'oxydant, comme c'est le cas pour le phosphore ordinaire. Jusqu'ici, on ne connaît que le chlorate de potasse avec lequel il brûle par frottement. Malheureusement, le mélange de ces deux corps, soumis au frottement contre un corps dur et rugueux, produit une déflagration bruyante et des projections, phénomènes qui entraînent avec eux toute sorte de dangers que nous avons déjà signalés pour le mélange de chlorate de potasse avec le phosphore ordinaire, et qui ont déterminé le remplacement de ce sel par des composés de plomb.
D'après l'expérience que nous en avons faite, l'emploi des allumettes armées d'une pâte dans laquelle entrent simultanément le phosphore amorphe et le chlorate de potasse, est tout aussi dangereux, sinon plus dangereux que celui des allumettes faites avec le chlorate et le phosphore
ordinaire; un faible frottement enflamme celles-ci, tandis qu'il faut un frot^ tément plus fort pour enflammer les premières, et par ce frottement un peu énergique on détache presque toujours une partie de la pâte qui est lancée au loin en pleine ignition. La déflagration de la pâte nous a paru d'ailleurs beaucoup plus bruyante. Ce dernier fait dépend-il de la composition des matières? C'est ce que nous ne savons pas, mais ce qui nous fait supposer que cela dépend de la nature même du phosphore rouge, ce sont les propriétés de la pâte faite par un même fabricant à l'aide des deux phosphores. Dès 184-7, M. J. Preshel s'est servi du phosphore rouge, préparé par M, Schrotter même, pour en confectionner des allumettes. Or, celles-ci explosionnent d'une manière beaucoup plus bruyante, crachent plus que celles confectionnées au chlorate et au phosphore ordinaire en 1855 et 1855, et dont nous avons des échantillons authentiques sous les yeux. Nous avons d'ailleurs eu l'occasion de nous assurer par nous-même du danger du maniement des allumettes armées de la pâte au chlorate de potasse et au phosphore amorphe. En voulant déterminer Ja qualité des allumettes exposées par un industriel à l'appui de l'application du phosphore rouge, nous avons failli. nous aveugler. Une grande quantité d'allumettes, contenues dans une boîte en fer-blanc, ont fait explosion en fermant la boîte, par suite de l'inflammation d'une d'entre elles, qui probablement s'était engagée entre le couvercle et la boîte. Quelle que soit la cause qui ait produit l'inflammation, le couvercle de la boîte s'est soulevé et une flamme très vive, fort longue même,, nous a léché la face. • Les inconvénients et les dangers que présentent les allumettes munies d'une pâte (i]i phosphore amorphe et au chlorate de potasse sont donc tels que la simple prudence oblige de les proscrire. Mais de là il ne résulte pas nécesisairement que le phosphore amorphe ne puisse pas remplacer le phosphore ordinaire. Il a été présenté au jury des allumettes spéciales ne s'enflammant par la friction que pour autant qu'on les frqtte sur une surface particulière. On sait que les allumettes ordinaires s'enflamment, par la friction contre
une surface quelconque, pourvu qu'elle soit dure. La pâte dont les nouvelles allumettes sont garnies renferme du chlorate de potasse mêlé de matières combustibles et d'un corps dur pulvérulent; la surface sur laquelle la friction se fait est recouverte d'un vernis contenant du phosphore amorphe disséminé dans une matière fort dure. Ainsi, la pâte de l'allumette ne contient aucune trace de phosphore; ce corps en est séparé et déposé sur une surface préparée ad hoc, distincte de l'allumette, et qui lui en cède une trace sous l'influence de la friction. Trois fabricants ont envoyé à l'exposition un système d'allumettes basé sur le principe de la séparation de la matière comburante d'avec la matière combustible destinée à provoquer la combustion. Ce sont M. Bernard Fûrth, de Schûttenhoffen (Bohême), M. J. Preshel, de Vienne, et la fabrique de Jônkoping (Suède), représentée par M. C.-F. Lundstrom, copropriétaire de cette usine Q.
(ï) Dès le 24 juillet 1855, M. Bernard Fûrth a, par lettre adressée au jury, appelé l'attention sur ce système d'allumettes qu'il désigne sous le nom d'anti-phosphore, et dont il se dit l'inventeur breveté en Autriche. Avant cette époque déjà l'existence de ces allumettes était connue de tous les membres des IX" et X*' classes, par l'examen que ces membres avaient déjà fait des produits des exposants. Nous mentionnerons spécialement la date du 24 juillet, parce que ce système de fabrication est l'objet d'une triple réclamation de propriété. D'abord, le 3 septembre, M. le commissaire de la Suède a adressé au jury une lettre de M. Lundstrom réclamant la priorité de la découverte en faveur des propriétaires de Jônkoping. Dans cette lettre, M. Lundstrom offre de prouver au jury, et par attestation légale, que cette invention a été faite à Jônkoping depuis deux années et demie. Lorsque le jury avait déjà examiné tous les produits et que les faits qui précèdent étaient connus, MM. Cogniet, père et fils, à Lyon et à Paris, prirent, le 6 août, un brevet d'invention pour la fabrication des allumettes dans le même système. Enfin, le docteur Rudolph Boeltger, qui a pris, en Allemagne, une grande part au perfectionnement de la pâte des allumettes phosphoriques et à la connaissance duquel parvint l'obtention du brevet de MM. Cogniet père et fils, s'adressa au jury pour réclamer à son tour l'honneur de la découverte. Dans une lettre adressée au rapporteur, il déclare que le système d'allumettes exposé par M. Bernard Fûrth a été inventé par lui en 1848, et que le 6 février 1835 il a cédé à M. Fûrth son procédé, pour être exploité par lui, mais seulement dans les Etats autrichiens. Dès le commencement des travaux du jury, et bien avant la lettre de M. Bernard Fûrth et la réclamation de M. Lundstrom, notre collègue M. Emile Seybel, de Vienne, a déclaré qu'à Vienne il est de notoriété publique que le système d'allumettes exposées par M. Bernard Fûrth et M. J. Preshel a été découvert par le docteur Boettger,
Toutes les objections faites contre l'emploi des allumettes phosphoriques ordinaires tombent devant ce système. La pâte^ dont le bout est garni, peut être chauffée d une température presque égale à celle nécessaire pour la destruction du bois, sans prendre feu, et, lorsqu'elle déflagre, elle ne produit pas de projection de parties enflammées. La surface, enduite de phosphore rouge, supporte également sans s'enflammer une température supérieure à celle nécessaire pour détruire les matières combustibles. Ni la pâte, ni la surface ne prennent feu sous l'influence du frottement. Ainsi, la pâte adhérente au bout de la tige, la surface sur laquelle il faut opérer la friction, présentent une égale sécurité. Le nom d'allumettes de sûreté ou de briquet de sûreté, qu'on leur a donné, est parfaitement applicable.
En examinant de près ce système d'allumettes, on voit qu'il repose sur le même principe que celui qui a donné naissance au briquet oxygéné. 11 est remarquable qu'après un demi-siècle de recherches, on soit ramené au
de Francfort-sur-Mein. M. J. Preshel, qui l'a appliqué depuis 4854, n'en a jamais d'ailleurs réclamé l'invention. Il ne reste donc que la réclamation de M. Lundstrom. Les documents que le jury a eus à sa disposition ne lui permettent pas de se prononcer entre lui et M. le docteur Boettger. Mais en examinant de près les qualités de la pâte qui garnit les allumettes exposées par M. B. Fûrth et faite d'après les indications de M. B. Boettger, et celles de la pâte des allumettes de la fabrique de Jonkoping, on s'aperçoit aisément que leur composition diffère très notablement. Il se pourrait donc fort bien que l'invention aurait été faite, à Jonkoping, plusieurs années après les travaux de M. R. Boettger, qui, d'ailleurs, étaient restés secrets.
Quant au brevet de MM. Cogniet père et fils, contre lequel M. Boettger réclame, nous n'avons pas à juger de sa validité, les tribunaux seuls sont compétents à cet égard. Nous répéterons seulement ce que nous avons déjà dit, qu'à la date du 6 août, époque de la concession de ce brevet, l'existence du système spécial d'allumettes à l'exposition était un fait publiquement connu, que ce système avait déjà été apprécié par le jury. Nous ajouterons que dans la brochure que MM. Cogniet père et fils ont adressée au jury pour faire connaître leur fabrication, il n'est nullement question du système spécial d'allumettes, mais bien d'allumettes au phosphore rouge, confectionnées par M. Camaille, fabricant, rue de Bondy, n* 70, à Paris, et dans lesquelles, nous nous en sommes assuré, le phosphore rouge et le chlorate de potasse sont associés dans le mastic même. Ce genre d'allumettes est connu depuis 1847, et nous avons signalé plus haut le danger extrême qu'elles présentent dans leur emploi.
point de départ. En effet, dans le briquet oxygéné, comme dans le briquet de sûreté, l'agent qui doit développer le feu est séparé de la matière combustible. Dans l'un, c'est l'acide sulfurique, corps liquide, très altérable à l'air humide; dans l'autre, c'est un corps solide, complètement inaltérable dans l'air, pourvu quon ne l'expose pas à la radiation solaire directe. L'un repose sur le simple contact, l'autre sur la friction. Mais, quoique le principe soit le même, il y a un progrès évident, incontestable.
Comme nous le disions plus haut, au point de vue théorique, absolu, le problème est résolu. La substitution du phosphore rouge, inaltérable dans les conditions ordinaires, non vénéneux, au phosphore ordinaire, spontanément inflammable, vénéneux, est un fait désormais possible, et on peut affirmer que, dans un avenir peu éloigné de nous, ce corps remplacera le phosphore ordinaire dans la fabrication des allumettes chimiques. Mais, dans le moment présent, tous les problèmes que soulève celte substitution sont-ils suffisamment résolus? La composition la plus convenable à donner à la pâte et au vernis du phosphore rouge est-elle assez bien déterminée pour qu'on puisse immédiatement demander à l'autorité d'exiger cette substitution, et de proscrire l'emploi du phosphore ordinaire? Le jury n'est certainement pas de cet avis. Ce remplacement étant possible, s'accomplira; l'intérêt de tous y est engagé, et en premier lieu celui des fabricants d'allumetles. Dans l'opinion du jury, décider d'autorité ce remplacement immédiat, c'est s'exposer à d'inévitables mécomptes, à d'inextricables difficultés. En définitive, la sécurité n'est pas tellement en péril qu'il faille provoquer une mesure qui entame si grandement le grand et fécond principe de la liberté de l'exercice de l'industrie, proclamé par Turgot, et sanctionné par 1789. D'ailleurs, les industriels eux-mêmes qui ont soumis au jury les échantillons d'allumettes de sûreté n'avouent-ils pas que cette invention n'est pas encore arrivée à l'état pratique, que les briquets de sûreté ne sont pas encore entrés dans la consommation dans le pays même où ils ont été imaginés?
Nous croyons donc que l'autorité publique doit continuer à tolérer la fabrication, la vente et l'emploi des allumettes chimiques au phosphore ordinaire. Mais, en attendant que la pratique ait fait connaître une bonne méthode de fabrication de briquets de sûreté, et qu'ils aient pris la plafce que l'expérience seule peut leur assigner, l'autorité doit veiller à ce que les ateliers dans lesquels on opère la confection de la pâte, le chimicage, le dessèchement, le dégarnissage des presses, la mise en boîtes ou en paquets, soient convenablement construits et ventilés, afin que les ouvriers soient soustraits aux émanations du phosphore.