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BLANC DE ZINC

De tout temps on s'est préoccupé des inconvénients graves qu'entraînent, pour la santé des ouvriers, la fabrication et l'emploi de la céruse. Cependant, tant que l'usage de la peinture des bâtiments était assez restreint et que le nombre des victimes était relativement faible, peu d'efforts ont été faits pour découvrir une substance capable de remplacer le blanc de plomb dans ses principaux emplois; mais depuis le développement prodigieux qu'a pris la fabrication de la céruse, et l'augmentation du nombre des victimes, qui en a été malheureusement la conséquence, la nécessité de lui substituer une autre couleur parut évidente pour tout le monde. C'est tellement vrai que lorsqu'en 1848 M. Leclaire, peintre-entrepreneur de Paris, vint annoncer qu'une pratique de quatre années lui avait démontré que Voxyde de zinc, appelé aujourd'hui blanc de zinc, préparé et employé convenablement, peut remplacer la céruse dans tous ses usages, cette découverte fut reçue comme un véritable bienfait par tous ceux qui s'occupent d'hygiène publique. Les faits que M. Leclaire apportait à l'appui de ses assertions parurent, en effet, tellement convaincants, que presque tout le monde crut la question du remplacement de la céruse définitivement résolue. Pendant un moment même, l'illusion fut telle, qu'on semblait d'accord sur l'inutilité de continuer les recherches entreprises de toutes parts pour perfectionner la fabrication du blanc de plomb, afin de la rendre moins insalubre pour les ouvriers. Quelques industriels allèrent même beaucoup plus loin : soit qu'ils agissent par conviction, soit qu'ils fussent aveuglés par l'intérêt per« sonnel, ils ne craignirent pas de solliciter de l'autorité publique, en se fondant sur des motifs d'humanité, l'interdiction législative de la fabrication de la céruse; et, ce qui doit surtout étonner, ils parvinrent, moyennant certaines combinaisons financières, à entraîner dans cette démarche la généralité des fabricants de céruse. Cette tentative, dont la réussite eût

porté une atteinte si grave à la liberté de l'exercice de l'industrie et au progrès de l'esprit humain, échoua devant le bon sens public et la sagesse de l'autorité près de laquelle cette démarche avait été tentée.

L'idée de substituer l'oxyde de zinc à la céruse n'était pas neuve, tant s'en faut. Dès 1779, Courtois, chimiste manufacturier attaché au laboratoire de l'Académie de Dijon, reconnut l'inaltérabilité de l'oxyde et du carbonate de zinc dans les conditions où le blanc de plomb se noircit. Deux années plus tard, Guyton-Morveau, dont le nom reste si glorieusement attaché à la création du langage chimique, proposa pour la première fois de remplacer la céruse par le blanc de zinc dans la peinture ; il reconnut en même temps que la peinture en blanc de zinc était moins siccative que celle à la céruse; il observa de plus que l'addition d'une petite quantité de sulfate de zinc à l'huile remédiait à cet inconvénient. Dès cette époque. Courtois entreprit la fabrication en grand du blanc de zinc, et établit des magasins tant à Paris qu'à Dijon, pour la vente de cette couleur; l'application à la peinture artistique en fut faite immédiatement. Cette application à la peinture de bâtiments fut, dès sa découverte, le sujet d'observations critiques. On reprochait au blanc de zinc de ne pas couvrir autant que la céruse, et, appliqué à la peinture, de ne pas sécher aussi rapidement. Le peintre Vincent Montpetit chercha à réfuter ces assertions dans un mémoire adressé à l'Académie royale d'architecture de Paris, et intitulé : Observations sur le zinc proposé dans la peinture extérieure des bâtiments, au lieu de blanc de plomb. Cette Académie, par l'organe de Mauduit, Bossut, Cherpital et Antoine, émit, le 15 mars 1786, une opinion favorable sur ce travail.

Des essais en grand furent faits dans la même année sur les panneaux intérieurs du vaisseau le Languedoc. Les conclusions du rapport de la commission nommée pour examiner cette peinture furent également favorables. Le maréchal de Castrie, ministre de la marine, exprima le désir de voir adopter le blanc de zinc pour la peinture de Vintérieur des vaisseaux.

D'après ce qui précède, il est donc incontestable que l'idée première de la substitution du blanc de zinc au blanc de plomb appartient à la France, et notamment à Courtois et à Guyton-Morveau.

Les faits que nous venons d'exposer étaient du domaine public lorsqu'Atkinson, de Harrington, près de Liverpool, prit une patente pour la préparation du blanc de zinc par un procédé spécial, et l'application de ce corps à la peinture à l'huile. Guyton-Morveau réclama pour la France la priorité de cette découverte, et il eut raison; il fit de grands efforts pour propager l'usage de cette peinture; malgré ses démarches continues depuis i786 jusqu'en 1802, le blanc de zinc n'entra point dans la pratique des peintres.

A l'occasion de l'examen des produits chimiques de feu Mollerat, Fourcroy, Berthollet et Vauquelin soulevèrent de nouveau la question de la substitution du blanc de zinc à la céruse, dans un rapport présenté en 4808 à l'Académie des sciences de l'Institut de France. Dans leur rapport, ces célèbres chimistes établirent avec une précision extrême les qualités et les défauts du blanc de zinc. Le jugement qu'ils en ont porté reste debout, malgré tout ce que l'intérêt privé a pu écrire en faveur ou contre l'emploi de ce corps. Voici ce jugement : « Les défauts qu'on lui reproche sont si « peu de chose auprès des inconvénients que présente l'usage du blanc de « plomb, qu'on ne peut raisonnablement se refuser à l'adopter, au moins « pour la peinture en bâtiments. A l'avantage de la salubrité, il réunit « ceux-ci : Les teintes qu'il donne sont plus pures, plus nettes; son éclat, s il « est moins vif, ne se ternit point ; en quantités égales, il couvre plus de sur- « face que le carbonate de plomb. H est vrai qiiil ne foisonne pas assez sous « le pinceau, mais on y remédie en chargeant le pinceau plus souvent, ou en « donnant une couche de plus aux ouvrages. Si les particuliers qui font « décorer leurs appartements pouvaient bien se pénétrer du danger que « présente l'emploi du blanc de plomb, il n'y a pas de doute qu'on n'en « restreignît l'usage; mais on se prémunit rarement contre un danger que

« Ton ne connaît pas ou que l'on regarde comme incertain ou éloigné f ). » Ce rapport, conforme aux faits énoncés par Courtois et Guyton-Morveau, concluait donc à la possibilité de la substitution du blanc de zinc au blanc de plomb, et aux avantages qui doivent en résulter pour la salubrité. Mais, en examinant de près les faits qu'il renferme, on voit que la question pratique était loin d'être entièrement résolue. Deux éléments essentiels manquaient à la solution du problème : c'étaient le prix de revient du blanc de zinc, et la durée de la peinture faite à l'aide de ce blanc; en un mot, le côté économique de la question. Aussi le blanc de zinc n'entra-t-il point dans la pratique de la peinture, et l'on peut dire que son emploi tomba entièrement dans l'oubli.

En 1842, M. Roquette, en 1844 et 1845, M. Mathieu, attirèrent de nouveau l'attention du monde industriel et scientifique sur l'oxyde de zinc et son application à la peinture, en faisant connaître des procédés industriels de fabrication de ce corps; mais, il faut bien le dire, leurs efforts passèrent pour ainsi dire inaperçus. Tel était l'état de la question lorsque M. Leclaire fit connaître le résultat de ses travaux. Après des recherches assidues, poursuivies pendant quatre années, et dans lesquelles il s'était fait aider par M. Ernest Barruel f), après avoir fait des sacrifices considérables d'argent, il découvrit un procédé de fabrication de blanc de zinc qui permet de le fournir en concurrence avec le blanc de plomb, procédé qui peut s'exécuter sans inconvénient sensible pour les ouvriers; il trouva en même temps un moyen de rendre la peinture au blanc de zinc siccative, sans rendre préa-

(') S'il est incontestable que la fréquentation et surtout l'habitation d'un appartement récemment peint au blanc de plomb soit nuisible à la santé, puisse même occasionner des maladies chez de^ personnes très délicates, il n'est pas dépiontré que le plomb soit pour quelque chose dans ce fait. L'expérience séculaire prouve qu'on peut impunément habiter un appartement peint à la céruse. Nous sommes donc obligés de faire nos réserves sur l'appréciation de ces célèbres chimistes sur la cause de l'insalubrité de la peinture fraîche au blanc (le plomb. Cette cause réside ailleurs, mais ce n'est pas ici le lieu de la recherche.

(2) La (Collaboration de M. Ern. Barruel aux travaux de M. Leclaire résulte clairement des faits circonstanciés que ce chimiste a communiqués au jury.

lablement Thuile de lin siccative à l'aide d'un composé de plomb; enfin, il fit connaître une série de couleurs jaunes et vertes, inoffensives et inalté* râbles, pouvant remplacer avec avantage toutes les couleurs à base de plomb, de cuivre et d'arsenic. Lorsque M. Leclaire communiqua les résultats de ses recheiches, il avait déjà fait l'application de la peinture au blanc de zinc sur plus de deux mille maisons ou édifices publics.

Il est certain qu'à ce moment un pas immense était fait; il ne s'agissait pas d'essais en petit. En effet, la fabrication économique du blanc de zinc venait d'être résolue, et une des causes d'arrêt de son emploi avait ainsi disparu.

Le reproche adressé à Guyton-Morveau, quant au défaut de dessiccation assez prompte de la peinture à l'oxyde de zinc, tombait devant la découverte du siccatif spécial. De ce jour, on possédait donc une peinture d'une innocuité parfaite, d'une grande blancheur, et économique sous le rapport de la matière minérale qui la constitue; mais c'est au temps qu'il appartenait de décider de sa solidité relative dans toutes les conditions où l'on doit l'appliquer. C'est dans cette situation que M. Leclaire céda ses procédés de fabrication et les privilèges qui lui garantissent ses découvertes à la Société anonyme des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne. Cette société puissante et riche, possédant la plupart des grands gisements de minerais de î^inc de l'Europe, fit des efforts prodigieux pour propager la peinture au blanc de zinc. On peut hardiment affirmer que si, dans l'avenir, aujourd'hui même, on donne la préférence pour certains usages à la peinture au blanc de plomb, et que si nous déclarons plus loin que le blanc de zinc ne peut pas remplacer dans toutes ces circonstances le blanc de plomb, ce ne sont ni les préjugés, ni la routine, cet ennemi né de tout progrès, et moins encore le mauvais vouloir qu'il faudra en accuser, mais bien la nature intime du blanc de zinc lui-même, qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de changer.

Nous allons nous occuper maintenant des procédés de fabrication du

blanc de zinc et des moyens imaginés successivement pour rendre siccative la peinture dans laquelle il entre.

De la fabrication de l'oxyde de zinc.

Les procédés de fabrication de ce corps sont des plus simples; ils reposent sur l'oxydation directe du zinc métallique. Cette oxydation s'accomplit dans certaines usines sur le zinc réduit en vapeur, dans d'autres usines sur le zinc simplement fondu.

Le procédé imaginé par M. Leclaire consiste à brûler la vapeur de zinc. Les appareils destinés à volatiliser le métal sont en terre réfractaire. Ce sont des cornues ou bien de grands mouffles terminés en biseau vers leur ouverture. Les mouffles sont placés, en nombre plus ou moins considérable, sur deux rangs adossés dans un four à réverbère, dit four silésien. Devant l'ouverture de chaque mouffle est adaptée une très petite chambre, désignée sous le nom de guérite. Celte guérite communique par la partie supérieure, à l'aide d'un tube de fonte, avec un système de chambres dites de condensation, dans lesquelles il se fait un fort appel d'air. A la partie inférieure de la guérite existe un plancher métallique mobile.

Pendant l'oxydation du zinc, le plancher est levé, et l'air nécessaire à la combustion de la vapeur métallique pénètre dans la guérite par cette ouverture. Sur le devant de la guérite se trouve une porte par laquelle on entre pour charger la cornue ou pour enlever le résidu qu'a laissé le zinc.

Lorsque les cornues sont chargées et que leur température est portée au blanc, les vapeurs métalliques qu'elles dégagent sont brûlées à leur arrivée dans la guérite par l'air qu'y amène l'appel des chambres de récolte. Pendant l'oxydation des vapeurs de zinc, il se dépose à l'orifice des cornues ou des mouffles un mélange de zinc et d'oxyde de zinc sous forme de crasse. Ces crasses finiraient par obstruer complètement et en peu de temps cet orifice si on ne les enlevait pas.

L'oxyde de zinc, entraîné par le courant d*air, se dépose dans d'immenses chambres qui communiquent entre elles à l'aide de cloisons que l'on ferme à volonté. Pour diminuer le nombre des chambres nécessaires à la précipitation de l'oxyde, on y place souvent des châssis garnis de toiles qu'on secoue de temps à autre. Ces toiles facilitent le dépôt des particules qui les traversent. La partie inférieure des chambres est terminée en trémie; un baril, placé au-dessous de celle-ci et relié à l'aide d'une toile serrée, sert à recevoir l'oxyde condensé dans chaque chambre.

Cet oxyde n'a pas le même aspect dans toutes les chambres. Celui qui se trouve dans la première, en communication immédiate avec la guérite par le tube en fonte, renferme du zinc métallique ainsi qu'une partie de métaux étrangers contenus dans ce zinc employé, comme fer, cadmium, etc. L'oxyde qu'on récolte dans les chambres suivantes est à peu près pur, mais son état d'agrégation diffère. A mesure qu'on s'éloigne de la première, l'oxyde devient plus léger, plus floconneux, impalpable. Sous cet état, il porte le nom de blanc de neige, tandis qu'on appelle dans le commerce blanc de zinc, l'oxyde qui est déjà pulvérulent et dont la densité est plus forte que celle du blanc de neige. L'oxyde de zinc mélangé de zinc métallique très divisé est vendu sous le nom de gris de zinc,

M. Sorel, à qui l'on doit un grand nombre de découvertes industrielles remarquables, et entre autres la galvanisation du fer, a imaginé un procédé de fabrication de l'oxyde de zinc qui repose sur l'oxydation directe du métal fondu. Ce procédé paraît réaliser une notable économie sur le combustible. Il consiste à chauffer, dans des mouffles de grande dimension, du zinc jusqu'à la fusion et à l'enflammer à l'aide d'un courant d'air; ce courant entraîne avec lui, dans des chambres de condensation en communication avec les mouffles, de l'oxyde de zinc floconneux consistant uniquement en blanc de neige. Une très grande partie du produit reste à la surface du bain de zinc et ne tarderait pas à l'éteindre, si, au moyen d'un râteau en fer, on n'avait pas le soin de l'enlever constamment. L'oxyde qui se forme ainsi

est éliminé des mouffles par un agitateur mécanique qui le fait tomber dans un réservoir placé à côté. Ce blanc, nommé improprement blanc de trémie, ne possède jamais la blancheur de l'oxyde entraîné par le courant gazeux. Mais M. Sorel est parvenu, à l'aide d'une opération mécanique, à séparer presque complètement la partie la plus blanche et la plus légère de celle qui est colorée en gris par du zinc métallique divisé.

Le principe de l'oxydation directe du zinc fondu a été appliqué d'une manière plus simple encore; au lieu de placer le zinc dans des mouffles, quelques industriels le brûlent directement sur une plaque en terre réfractaire, munie d un rebord et placée sur la sole même d'un fourneau çhaufle au rouge. Les produits de la combustion et l'excès d'air entraînent, daps des chambres de condensation, l'oxyde floconneux qui a pris naissance, tandis que de l'oxyde pulvérulent reste sur la plaque en terre. Ce procédé a fourni généralement, jusqu'ici un oxyde dont la blancheur est plus ou moins altérée par les cendres entraînées. Néanmoins, en prenant des gaz combustibles, dépouillés de matières fixes, on devra arriver à fabriquer ainsi de l'oxyde de zinc aussi blanc que par d'autres procédés. . Quels que soient les procédés employés pour fabriquer l'oxyde de zinc, il se forme toujours deux produits bien distincts par leur état d'agrégation : l'un floconneux, le blanc déneige; l'autre pulvérulent, le blanc de zinc. Rarement l'un et l'autre présentent une teinte d'une blancheur parfaite. Souvent, ils sont légèrement teintés de jaune. Le simple contact de l'eau ou de l'huile fait disparaître cette teinte. L'eau, d'ailleurs, dans ce cas, leur donne un aspect mat.

Le blanc de neige •coMî;re moins que le blanc de zinc, qui lui-même couvre moins que la céruse. La calcination de l'oxyde de zinc, sous ses deux états, augmente sensiblement sa propriété couvrante. L'action de l'eau sur ces blancs est surtout remarquable à cet égard. Lorsqu'on vient à faire une pâte avec du blanc de neige et de l'eau, et qu'au bout d'un certain temps de contact on la réduit en pains, qu'on sèche ensuite à l'éluve, on obtient

une masse d'une densité plus considérable que l'oxyde employé, dure à broyer, très légèrement jaunâtre, redevenant d'une blancheur parfaite par son contact avec de l'eau et couvrant beaucoup mieux. Un peintre en bâtiments, qui, depuis huit années, a employé au delà de 500,000 kilogrammes de blanc de zinc, nous a communiqué un fait conforme, en tout point, aux observations précédentes; du blanc de neige, ayant été accidentellement mouillé dans un baril, s'est transformé, par la dessiccation spontanée et, par conséquent lente, en une masse tellement dure, qu'elle n'a pu lui servir pour la peinture. D'ailleurs, les peintres en bâtiments qui se servent du blanc de zinc savent qu'en mêlant de l'eau à l'huile pour la préparation de leur pâte, le blanc exige une quantité d'huile beaucoup moindre pour être amené à Vétat d'emploi. A l'occasion de l'examen des produits exposés par MM. de Launay, Buzon et G« (voir Céruse)^ nous avons déjà dit que ces industriels étaient parvenus à réduire de moitié la quantité d'huile en faisant un empâtage préalable à l'eau. Il est donc constant que le simple contact de l'eau peut changer l'état physique du blanc de neige. Nous devons ajouter que certains peintres prétendent que la pâte au blanc de zinc, dans laquelle on fait intervenir l'eau pendant le broyage, donne, après l'élimination complète de l'eau, une peinture très sujette à fariner. H nous a été impossible de vérifier cette dernière assertion. Quoi qu'il en soit, il n'en résulte pas moins que le contact de l'eau change l'état physique du blanc de zinc et le rend plus couvrant. Il y a évidemment là une question digne d'examen, intéressant, au plus haut degré, la peinture au blanc de zinc.

La fabrication du blanc de zinc s'est propagée, en peu de temps, en France, en Angleterre, en Amérique, en Belgique, en Espagne, dans le grand-duché de Bade, en Hollande, en Portugal, en Prusse, en Suède, etc. Ce développement, sur le continent, on le doit surtout aux efforts de la société de la Vieille-Montagne. Si les renseignements qui nous ont été soumis par un fabricant de cette couleur sont exacts, et nous avons tout lieu de le croire, on en aurait consommé en France seulement, pendant

l'année 1854, environ 6 millions de kilogrammes; mais ce fabricant a ajouté que déjà cette consommation tendait à diminuer très notablement.

Siccatifs pour le blanc de zinc.

Les blancs de zinc, délayés simplement dans les huiles siccatives de lin, d'œillette, de noix, etc., produisent une peinture qui sèche fort lentement. Guyton-Morveau avait déjà reconnu ce fait et avait indiqué l'emploi du sulfate de zinc sec, pour communiquer à l'oxyde de ce métal la propriété qui lui manque, ou du moins qu'il possède à un degré relativement beaucoup moindre que la céruse (^).

Lorsque M. Leclaire s'est occupé de la substitution du blanc de zinc à la céruse, c'est une des premières difficultés contre lesquelles il a eu à lutter. ^ Ses recherches le conduisirent à découvrir que l'huile de lin épurée, qu'on chauffe, pendant longtemps, avec du peroxyde de manganèse, acquiert des propriétés très siccatives, et les conserve dans son mélange avec le blanc de zinc.

Pour préparer l'huile siccative, M. Leclaire prolonge l'action de la chaleur jusqu'à ce que l'huile acquière une teinte rougeâtre; nous verrons plus loin à quelle cause il faut attribuer cette teinte. Cette huile mêlée, dans la proportion de 5 à 5 p. c, dans la pâte de blanc de zinc ou dans toute autre pâte formée d'une couleur non siccative, ou peu siccative par ellemême, les fait sécher parfaitement. La couleur rougeâtre, et quelquefois noirâtre, qu'acquiert l'huile par ce procédé, est incontestablement un inconvénient, quand il s'agit d'une peinture qui doit rester d'une blancheur parfaite ; cependant les reproches qu'on lui a adressés de ce chef sont, suivant nous, exagérés, lorsqu'il s'agit de la peinture ordinaire.

(ï) Voir sur cette question le mémoire intitulé : Recherches expérimentales sur la peinture à l'huile, que M. Chevreul a présenté, en 1850, à l'Académie des sciences de l'Institut de France, et imprimé dans le tome XXII de cette Académie,

Après que M. Leclaire eut découvert la propriété du peroxyde de manganèse d'exalter la siccativité de l'huile de lin, on a prétendu que ce fait était connu, parce que la terre d'ombre, qui renferme de l'oxyde de manganèse, a été employée de tout temps pour rendre l'huile de lin plus siccative. Pour que cette prétention fût fondée, on aurait dû avoir démontié que la terre d'ombre, dans ce cas, n'agit que par l'oxyde de manganèse qu'elle renferme, et jamais cette démonstration n'avait été donnée.

M. Sorel, de son côté, a reconnu que tous les sels de protoxyde de manganèse, desséchés et particulièrement le chlorure de manganèse, mêlés en très petite quantité, au blanc de zinc, communiquent à celui-ci des propriétés siccatives très énergiques. 11 a profité de ces observations pour fabriquer des siccatifs secs pour la peinture au blanc de zinc. Mais comme le protochlorure est déliquescent, M. Sorel le mêle avec une certaine quantité de blanc de zinc. Ce mélange, nous l'avons trouvé exposé sous le nom de siccatif sec pour le blanc de zinc. Il se compose de 5 parties de chlorure de manganèse desséché et 95 de blanc de zinc. Deux parties de ce mélange rendent 100 parties d'oxyde de zinc fort siccatif; mais il paraît qu'à la longue ce siccatif perd sa propriété.

L'acétate de zinc communique également à l'oxyde de ce métal des propriétés siccatives, mais infiniment moins prononcées que celles résultant de l'addition du chlorure de manganèse. II en est de même du carbonate de zinc, comme M. Ghevreul l'a reconnu dans ses recherches.

M. Ernest Barruel a découvert que le borate de manganèse, obtenu à froid par précipitation du chlorure de manganèse, par le borate de soude dissous, lavé et desséché ensuite à une basse température, à l'abri de la lumière, qui le décompose rapidement sous l'influence de l'air, est un siccatif des plus énergiques pour la peinture au blanc de zinc. M. Barruel a reconnu qu'un à deux millièmes de ce borate suffit pour produire cet eflet, qui varie singulièrement, d'ailleurs, avec la température et l'état hygrométrique de l'atmosphère.

Lors de la dessiccation de l'huile mêlée au borale de manganèse, qui se décompose partiellement par son contact avec elle, en s'emparant du protoxyde de manganèse, comme nous le démontrerons plus loin, il se forme toujours une certaine quantité de sesquioxyde de manganèse, dont la coloration brunâtre est assez intense. L'addition d'une quantité exagérée de borate à l'huile peut donc altérer la pureté de la teinte du blanc de zinc. M. Barruel, pour éviter Cet inconvénient, associe ce sel à du blanc de zinc. Ce naélange, qui se conserve parfaitement lorsqu'il est enveloppé de papier, a été exposé par M. Barruel, sous le nom de siccatif zumatique ; il renferme du borate en quantité telle qu'un paquet de 500 grammes suffit pour sécher la peinture faite à l'aide de^40 à 50 kilogrammes de blanc de zinc, ou de telle autre couleur peu siccative par elle-même. Deux membres du jury, M. Warren de la Rue et le rapporteur, ont voulu, par eux-mêmes, s'assurer de l'exactitude des assertions de M. Barruel. Ils ont constaté, en effet, que le borate de manganèse surpasse, et de beaucoup, tous les autres siccatifs connus pour le blanc de zinc. Il rend même l'huile tellement siccative, qu'un excès de ce corps pourrait nuire singulièrement à la solidité de la peinture, par la combustion qu'il provoquerait sur l'huile, par le fait de la présence de l'oxyde de manganèse. M.. Warren de la Rue a même trouvé, à cette occasion, que le borate de manganèse est éminemment propre à rendre siccatives les encres d'impression, soit à l'huile, soit au vernis, et les encres lithographiques, propriété qui enlève à ces matières appliquées sur le papier, le grave inconvénient du suintage de l'huile et de la maculation qu'elles présentent souvent.

Sous ce rapport, le borate de manganèse rendra de véritables services à l'art de l'imprimerie, de la gravure et de la lithographie (^).

(') M. Sorcl a adressé au rapporteur une réclamation contre M. Barruel. Cet ingénieur n revendique le droit exclusif de l'emploi de tous les siccatifs secs pour les couleurs à « l'oxyde de zinc, attendu, ajoute-t-il, qu'avant lui on n'avait pas employé de siccatifs secs ce pour faire sécher ces couleurs. » Il déclare en même temps qu'il va « poursuivre devant

; ' De la peinture au blanc de zinc.

Pour finir cet exposé, il nous reste à parler de la peinture au blanc de zinc et de sa valeur relative. C'est avec une certaine hésitation que nous abordons ce sujet; car, quelque désireux que l'on soit de rechercher la vérité, il est difficile de la démêler de l'erreur dont l'intérêt privé l'a entourée en exagérant ses défauts comme ses qualités. Aussi baserons-nous uniquement notre jugement sur des renseignements officiels et précis fournis par une administration publique parfaitement désintéressée, et sur un grand nombre de faits que nous-mêmes nous avons pu constater. Nous essayerons ensuite de justifier ce jugement par l'appréciation de la nature chimique des deux peintures rivales.

Nous l'avons déjà dit, le blanc de neige couvre moins que le blanc de zinc, dont les propriétés couvrantes sont encore augmentées par l'action de l'eau. A teinte égale, la peinture au blanc de zinc, tel que ce corps est fourni aujourd'hui par tous les établissements qui le préparent, couvre moins que la peinture à la céruse. Trois couches de peinture faites à l'aide de ce blanc ne couvrent pas plus que deux couches de peinture au blanc de plomb. Mais à poids égal, le blanc de zinc développe une plus grande surface de peinture que la céruse. Sur le bois de sapin neuf, par exemple, ces surfaces sont comme 507 mètres à 555 mètres carrés f). Mais, dans ce cas, l'égalité

(c les tribunaux M. Barruel et tous les autres contrefacteurs qui ont osé exposer leurs « contrefaçons. » La réclamation de M. Sorel renferme des questions distinctes : l'une concerne l'emploi des siccatifs secs, l'autre l'emploi des composés ou sels de manganèse. Quant à l'emploi des siccatifs secs, cette réclamation nous paraît mal fondée, puisque, dès 1786, Guyton-Morveau a conseillé l'usage du sulfate de zinc chauffé pour rendre siccative la peinture au blanc de zinc; d'ailleurs, dans ces derniers temps, M. Chevreul a indiqué le carbonate de zinc. 11 appartient aux tribunaux seuls de décider de Vemploi des sels de manganèse.

(1) Surfaces carrées respectivement couvertes par un kilogramme de blanc de zinc et de

])lanc de plomb.

de la nuance des deux peintures n'existe pas, puisque nous venons de voir plus haut que trois couches de peinture au blanc de zinc ne couvrent pas plus que deux de blanc de plomb.

Le blanc de zinc produit une peinture brillante ou mate dont les tons sont aussi beaux et aussi frais que ceux produits par la peinture faite avec la plus belle céruse.

Appliquée à l'intérieur, la peinture au blanc de zinc conserve plus généralement sa blancheur que celle produite avec du blanc de plomb. Cette dernière peinture est sujette a jaunir lorsqu'elle est privée de lumière et que la céruse n'a pas été suffisamment dépouillée, par le lavage, de l'acétate de plomb qu'elle contient très souvent. Le jaunissement de la couleur au blanc de zinc, que l'on a observé quelquefois lorsqu'elle n'est pas convenablement éclairée, paraît devoir être attribué à la mauvaise qualité du siccatif employé.

La peinture au blanc de zinc acqui,ert une dureté fort grande dans les circonstances ordinaires; on peut même la polir, mais, nouvellement appliquée et à cause de la grande quantité d'huile qu'elle exige, elle est sujette à se ramollir par la chaleur. Quoique aussi dure que la peinture à la céruse, la poussière s'y attache néanmoins plus facilement, et elle se salit également plus vite. Elle l'emporte sur la peinture à la céruse parce qu'elle ne change pas de couleur sous l'influence du gaz éclairant et des émanations animales sulfurées qui peuvent se répandre à l'intérieur des habitations ou des édifices publics.

Appliquée à l'extérieur, ses effets sont variables suivant la manière dont elle est exposée aux intempéries atmosphériques et suivant la nature de la surface qu'elle recouvre. Néanmoins, à exposition et à nature de surface égales, sa solidité, en d'autres termes sa durée, est m,oindre que celle de la peinture à la céruse.

Appliquée sur une surface imperméable, la pierre, par exemple, et exposée à l'action du soleil et de Chumidité, elle est plus sujette à se gercer,

à s'écailler et à tomber par plaques que la peinture a la céruse pure, qui ne se gerce que très peu à la longue. Les céruses falsifiées à l'aide du sulfate de baryte, qui leur communique beaucoup de dureté, font des peintures qui se gercent à l'air humide et au soleil aussi facilement que la peinture au blanc de zinc.

Appliquée sur du bois et en général sur des surfaces poreuses, susceptibles de s'imprégner d'eau, et exposée ainsi à l'humidité et au soleil, la peinture au blanc de zinc est très sujette à fariner; dans ce cas, le moindre frottement, la pluie même, enlèvent la couleur. La peinture à la céruse ne présente ce phénomène que très à la longue.

Appliquée sur des tôles de fer qui sont exposées à l'humidité et au soleil, elle ne les préserve que très imparfaitement de l'oxydation, tandis que la peinture à la céruse les conserve parfaitement.

Il résulte de ce qui précède, 1" que pour l* intérieur des bâtiments et pour ta peinture artistique, la peinture au blanc de zinc peut remplacer en tout point la peinture à la céruse; quelle a même sur cette dernière l'avantage considérable de ne pas changer de couleur sous l'influence des émanations sulfurées ; 2" que pour ^extérieur des bâtiments, exposée au soleil et à l'humidité, elle résiste moins aux , causes destructives de la peinture en général ; elle a moins de durée et préserve par conséquent moins longtemps les surfaces sur lesquelles elle est appliquée. Pour l'extérieur, le blanc de zinc ne peut donc pas remplacer économiquement le blanc de plomb.

Essayons maintenant de justifier ces conclusions par l'examen de la nature chimique de la peinture à la céruse et au blanc de zinc.

L'idée du remplacement, dans toutes les circonstances, du blanc de céruse par le blanc de zinc, dans la peinture à l'huile, provient de l'opinion inexacte qu'on s'est faite de la peinture au blanc de plomb. En général, on regarde cette dernière peinture, étant séchée, comme formée d'huile de lin desséchée ou d'huile de lin oxydée et de blanc de plomb simplement interposé. Aussi, lorsqu'on a cherché des corps blancs, susceptibles de remplacer T. II. 29

la céruse, s'est-on uniquement préoccupé de la question de savoir si le corps était couvrant ou non, et s'il couvrait autant que la céruse; mais là était l'erreur. Pour obtenir un enduit blanc à l'huile qui résiste aux causes destructives, comme la peinture à la céruse, il ne suffit pas d'avoir trouvé une substance qui couvre comme le blanc de plomb, qui est ou qu'on rend siccative autant que lui, il faut encore qu'elle se conduise, au point de vue chimique, comme la céruse, par rapport à l'huile avec laquelle on la broie intimement et avec laquelle elle se sèche après son application. Ce n'est qu'à cette condition qu'il peut y avoir égalité de solidité et par conséquent de durée pour les deux peintures. Or, que se passe-t-il entre l'huile de lin, par exemple, et le blanc de plomb? Quels sont, après la dessiccation, les éléments constitutifs de la peinture appliquée sur un subjectile? C'est ce que nous allons examiner.

Peinture à la céruse.

Pour nous faire bien comprendre, nous devons rappeler d'abord la nature chimique de la céruse. On sait que ce corps, préparé par tous les procédés pratiques connus, procédé hollandais, dans les fosses; allemand, dans des chambres; français, par précipitation de l'acétate tribasique de plomb; anglais, par l'acétate et la litharge, hormis la double décomposition d'un carbonate soluble avec un sel de plomb soluble ou insoluble, ce corps, disons nous, n'est pas un simple carbonate de plomb, mais bien un hydrocarbonate, renfermant plus ou moins de carbonate, suivant la méthode de fabrication employée, et couvrant d'autant mieux quil renferme moins d'hydrate de ce métal. Les céruses les mieux lavées contiennent toujours une petite quantité d'acétate basique de plomb, comme nous nous en sommes assurés par l'analyse de presque toutes les céruses exposées. De plus, beaucoup de céruses du commerce renferment de l'acétate neutre ou bibasique de plomb.

On sait aussi que l'oxyde de plomb peut se dissoudre en assez grande quantité dans l'huile de lin sans la saponifier; l'illustre Liebig l'a démontré le premier. L'huile de lin acquiert ainsi des propriétés très siccatives, l'emploi séculaire de l'oxyde de plomb, pour rendre cette huile plus siccative, prouve surabondamment ce fait.

A la température ordinaire, et surtout à une température élevée, l'huile de lin peut également dissoudre les acétates basiques, et même l'acétate neutre de plomb. La solution d'acétates de plomb dans l'huile, lorsqu'elle vient au contact de l'air, dégage de l'acide acétique à la température ordinaire.

L'oxyde de plomb dissous dans l'huile, soit par la digestion avec l'oxyde anhydre ou hydraté, soit par le contact des acétates de plomb, la saponifie au bout de peu de temps, parce qu'elle renferme toujours une certaine quantité d'eau ; il se produit ainsi du linoléate et du margarate de plomb qui, étant solubles dans l'huile en quantité très considérable, le linoléate surtout, comme nous nous en sommes assurés par l'expérience directe (^), restent en solution.

L'huile de lin tenant en solution, soit de l'oxyde de plomb, soit de linoléate et du margarate de plomb, en plus ou moins grande quantité, se sèche au contact de l'air. L'huile qui renferme de l'oxyde se sèche plus tôt que celle contenant du linoléate et du margarate de plomb; mais l'une et l'autre, appliquées sur une surface, forment, après l'oxydation de l'huile, un vernis plombeux, sec au toucher, transparent ou laiteux, ou même blanc et presque opaque, suivant la quantité de linoléate et de margarate dissoute. Ce vernis présente beaucoup à' élasticité, ei résiste mieux au frottement que celui que Ton obtient, par la dessiccation à l'air, de l'huile de lin ne contenant point de plomb; il renferme du linoléate et du margarate de plomb intacts; par

(1) Pour éclairer la question de l'application du blanc de zinc, le rapporteur s'est livré à des recherches qu'il ne peut pas exposer ici complètement. Il les fera connaître dans un travail spécial.

des dissolvants convenables, on peut les séparer de l'huile de lin oxydée, qui est devenue insoluble, comme on le sait.

Appliquons maintenant ces faits à la préparation de la pâte broyée et de la peinture à la céruse. Lorsqu'on vient à mélanger et à broyer ensuite de la céruse avec de l'huile, une partie de l'hydrate et de l'acétate de plomb qui y sont contenus se dissout d'abord. En abandonnant, hors du contact de l'air, la pâte à elle-même, une nouvelle et une plus grande quantité d'oxyde de plomb se dissout. Aussi sait-on que la couleur au blanc de plomb, conservée sons l'eau ou dans un vase fermé, finit par poisser. On attribue généralement le poissement de la pâte au rancissement seul des corps gras, mais nous avons constaté que cet état gluant est dû principalement à la formation d'un savon de plomb qui se dissout dans l'huile.

Quand on vient à délayer la pâte broyée dans une quantité d'huile convenable pour l'amener à l'élat d'emploi, et qu'on applique ensuite la couleur sur une surface quelconque, elle se dessèche par l'air, et l'enduit consiste essentiellement en carbonate de plomb, contenant encore un peu d'hydrate de plomb; les particules de ce carbonate de plomb, corps blanc et opaque, sont enveloppées, soudées même les unes aux autres, par un vernis d'huile de lin oxydée, renfermant du linoléale et du margarate de plomb qui lui communiquent de l'opacité, de l'élasticité et, le linoléale surtout, beaucoup d'imperméabilité.

Lorsque la peinture est exposée aux causes qui, en général, la détruisent le plus rapidement, telles que les rayons directs du soleil et l'humidité, l'huile qui s'est oxydée se consume, mais la destruction de celle-ci est ralentie par l'imperméabilité du composé plombeux qu'elle renferme et qui la recouvre.

Sous l'influence des alternatives d'abaissement et d'élévation de température, la peinture est moins sujette à se gercer, à fendiller et à tomber par plaques, à cause de la grande élasticité que communiquent à l'huile oxydée le linoléate et le margarate de plomb.

La céruse renferme donc en elle-même la cause de la siccalivké qu'elle communique à l'huile; elle lui cède de l'oxyde de plomb qui produit cet eflet. Cet oxyde de plomb, en saponifiant peu à peu une certaine quantité de l'huile, forme un sel métallique, soluble dans l'huile, qui reste dissous après que l'huile s'est séchée, et qui communique à la matière qui résulte de cette oxydation et de l'élasticilé et de l'imperméabilité.

La céruse doit donc à la nature chimique des composés qu'elle renferme la cause de la solidité de la peinture dans laquelle on la fait entrer; mais elle doit encore celte solidité aux rapports dans lesquels ces composés s'y trouvent; car, si l'on vient à changer la nature de la céruse, soit en diminuant, soit en exagérant, outre mesure, la quantité d'hydrate d'oxyde de plomb ou d'acétate basique qu'elle contient habituellement, on change en même temps les propriétés de la peinture qu'elle produit. Aussi sait- on que l'introduction d'une grande quantité de litharge donne une couleur très siccative, fort dure d'abord, mais très sujette à gercer, par les alternatives de la température, et même à fariner, comme les artistes peintres le remarquent quelquefois sur leurs toiles préparées à la céruse additionnée de litharge.

L'action de la céruse sur l'huile de lin n'est pas exclusive pour l'oxyde de plomb seul. L'oxyde, l'hydrocarbonate, le sous-acétate, l'acétate neutre, le linoléale et le margarate de cuivre présentent, par rapport à l'huile, le même ordre de phénomènes. Elle appartient à tout métal dont l'oxyde, le linoléate et le margarate sont solubles dans une huile siccative. La durée, à l'air vif des champs, de la peinture au verdet s'explique, d'ailleurs, parfaitement par là.

Les phénomènes offerts par la céruse pure et l'huile siccative rendent également compte des défauts considérables que présente la peinture faite à l'aide du blanc de plomb additionné de grandes quantités de sulfate de baryte ou de tout autre composé ne jouissant point des propriétés de la céruse. Ils expliquent surtout pourquoi cette peinture est très sujette à se gercer et à fariner.

Peinture au blanc de zinc.

Voyons maintenant ce qui se passe lorsqu'on mêle du blanc de zinc et de l'huile, et qu'on expose à la dessiccation la peinture appliquée sur un subjectile. Le blanc de neige, comme le blanc de zinc, se suspendent dans l'huile; mais quelle que soit la durée du contact de ces matières, qu'il y ait présence ou absence d'air, que l'huile soit fraîche ou récente, dans aucune circonstance il ne se dissout de quantité appréciable d'oxyde de zinc dans l'huile.

Quand on fait intervenir de l'eau et qu'on prolonge longtemps le contact entre l'huile et le blanc, en élevant faiblement la température, une très petite quantité d'huile se saponifie; le linoléate et le margarate de zinc, produits qui se dissolvent à chaud dans l'huile, 7ie restent jamais en dissolution après le refroidissement. En mettant directement en présence, à une température élevée, du linoléate et du margarate de zinc et de l'huile, ces sels de zinc se dissolvent en plus ou moins grande quantité, mais se séparent entièrement par le refroidissement, à tel point que l'huile, dans ce cas, ne renferme guère au delà de deux millièmes d'oxyde de zinc en solution. Aussi, relativement aux circonstances dans lesquelles la peinture est faite et employée, on peut dire que l'oxyde de zinc ainsi que le linoléate et le margarate de zinc sont insolubles dans l'huile de lin.

L'huile de lin qui a été mise en présence d'oxyde de zinc ou dans laquelle il y a eu du linoléate de zinc dissous n'est pas plus siccative que l'huile de lin avant son contact avec ces matières.

En mêlant de l'huile de lin, de l'oxyde de zinc et du borate de manganèse, et en abandonnant ce mélange pendant plusieurs jours à lui-même au contact de l'air, l'huile décompose le borate de manganèse et dissout le protoxyde de ce métal. Cette huile peut prendre ainsi jusqu'à deux pour cent de cet oxyde; elle forme un liquide très faiblement coloré en jaune qui, abandonné au contact de l'air, s'oxyde très rapidement et précipite du

sesquioxyde de manganèse qui colore fortement la matière solide en brun. Dans cette circonstance, aucune trace d'oxyde de zinc ne se dissout dans l'huile.

Les linoléate et margarate de protoxyde de manganèse sont très solubles dans l'huile de lin; la solution, qui est incolore, se colore en rouge de sang au contact de l'air. Dans cet état, elle est très siccative et communique cette propriété à l'huile de lin; elle se dessèche en un vernis rouge et transparent. Ces faits expliquent la teinte rouge de l'huile de lin siccative, préparée par M. Leclaire en chauffant le peroxyde de manganèse avec cette huile.

Si nous déduisons des faits qui précèdent ce qui doit se passer dans la préparation et la dessiccation de la peinture au blanc de zinc et la nature chimique de l'enduit après sa dessiccation, nous arrivons au résultat suivant : pour la peinture faite à l'aide du siccatif de M. Leclaire, renfermant, comme nous l'avons dit, des traces de linoléate et de margarate de manganèse, l'huile se solidifie en enveloppant les particules de blanc de zinc; mais la matière solide produite, ne renfermant que des traces de savons de manganèse, présente les propriétés offertes par l'huile de lin qu'on fait sécher après y avoir incorporé un corps inerte; pour la peinture faite à l'aide du siccatif de M. Sorel, ou celui de M. Barruel, comme l'oxyde de zinc ne se dissout pas et que les traces d'oxyde de manganèse qui ont pu devenir solubles dans l'huile s'en séparent par la dessiccation, il s'ensuit encore que la peinture sèche ne se compose que d'oxyde de zinc, corps couvrant, mécaniquement interposé dans l'huile de lin oxydée.

A-t-on fait intervenir l'eau pendant le broyage de la pâte? Dans ce cas, l'oxyde de zinc interposé dans l'huile séchée peut être mêlée avec une certaine quantité de linoléate et de margarate de zinc; mais ces sels restent, comme l'oxyde lui-même, en dehors de la matière de l'huile oxygénée, puisqu'ils étaient insolubles dans l'huile dans la condition où la peinture a été appliquée.

La peinture au blanc de zinc doit donc former un enduit qui ne présente d'autres propriétés que celles offertes par l'huile de lin avec un corps solide blanc, inerte, et abandonné à la dessiccation dans la même circonstance. Cet enduit ne doit donc être ni plus ni moins solide que celui fourni par la première matière inerte venue, mêlée en quantité égale à l'huile de lin. Or, l'expérience en est faite, de la peinture préparée avec de tels matériaux, exposée aux intempéries atmosphériques, ne résiste pas comme la céruse.

La différence qui existe entre la nature chimique de la peinture à base de céruse et à base de blanc de zinc explique donc pourquoi ces deux peintures, exposées l'une et l'autre aux mêmes causes destructives, se conduisent et doivent se conduire inégalement. L'absence d'une quantité convenable de savon métallique dissous dans la peinture au blanc de zinc, savon métallique qui donne à la peinture à la céruse son élasticité, son imperméabilité, et sa résistance à la combustion de la matière organique, explique donc pourquoi, sous l'influence de la chaleur et du refroidissement, la peinture au blanc de zinc, quoique dure, doit être sujette à se fendiller, à tomber en plaques, après un certain temps d'exposition à ces causes, et pourquoi la matière organique qu'elle renferme se brûle plus tôt, pourquoi elle farine sous l'influence combinée de la lumière vive, de l'air et de l'eau, double effet que l'observation impartiale constate.

Dans l'intérieur des maisons et des édifices, oii ces causes n'agissent point, ou du moins n'agissent qu'à un degré très faible, la peinture au blanc de zinc, comme toute peinture faite avec de l'huile de lin et un corps quelconque qui ne provoque pas par lui-même la destruction de l'huile desséchée, pourra être employée avec le plus grand avantage.

Si nous ne nous abusons pas sur le nMe que remplit dans la peinture à la céruse l'oxyde de plomb, qui devient soluble, passe et reste à l'état de iinoléate et de margarate de plomb dans l'huile avant et après sa dessiccation, il doit être possible de faire, à l'aide du blanc de zinc ou de toute

autre matière inerte et de l'huile de lin, dans laquelle on a dissous directement une quantité convenable de ces savons de plomb ou de tout autre linoléale métallique blanc jouissant des propriétés du linoléate de plomb, une peinture qui résiste à l'extérieur autant que la peinture à la céruse; quoique la couleur de ce genre de peinture doive être altérable par les émanations sulfurées, il n'y a pas moins un puissant intérêt à ce que l'essai en grand en soit fait.

Quoi qu'il en soit, en admettant même que le blanc de zinc, mêlé avec des huiles renfermant du savon métallique ne puisse jamnis faire une peinture présentant autant de résistance à la destruction que la peinture à la céruse, l'emploi du blanc de zinc pour l'intérieur des maisons et des édifices publics lui fera toujours une part assez belle, pour qu'il nous soit permit de dire que sa fabrication en grand à un prix très modéré et son application à la peinture constituent une des glorieuses conquêtes de ce siècle.

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