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SILICATE DE POTASSE

M. Kuhlmann a découvert, depuis une quinzaine d'années environ, que les silicates alcalins solubles, soit qu'ils aient été fabriqués par la voie sèche ou par la voie humide, jouissent de la faculté de durcir et de rendre compactes, en très peu de temps, les pierres calcaires les plus tendres, même la craie. II suffit, pour arriver à ce résultat, de les imprégner d'une solution diluée d'abord (10^ Baume), et concentrée ensuite (50" Baume), de silicate de potasse ou de soude, mais de préférence de silicate de potasse, dont l'alcali, devenu libre par la fixation de l'acide silicique, restant liquide, peut être entraîné par un simple lavage à l'eau, qui laisse le calcaire silicate parfaitement intact.

On conçoit aisément la grande importance de cette application au point de vue de la conservation des monuments, des statues, des ornements d'architecture et de la construction en général. Si le temps confirme les prévisions de la science, et l'expérience acquise aujourd'hui tend à nous rassurer à cet égard, la dégradation et la destruction des monuments pourront être indéfiniment reculées, pour autant du moins que les causes d'altération viennent des intempéries atmosphériques, qui, comme on le sait, sont dans nos climats les grands agents de l'altération des matériaux de construction.

Le silicate de potasse pourra recevoir une application tout aussi importante : il existe une foule de calcaires trop tendres pour servir de matériaux de construction, soit qu'ils cèdent à la pression, soit qu'ils se

détruisent trop rapidement sous Tinfluence de l'eau et de la gelée. Il suffira de les imprégner de ce silicate pour les rendre presque aussi résistants à la pression que les meilleurs calcaires, et aussi inaltérables que les pierres les plus compactes.

En France, dans plusieurs villes, on a déjà mis à profit les découvertes de M. Kuhlmann pour arrêter la destruction des ornements d'architecture, des statues et des temples. Les statues qui décorent le nouveau Louvre sont toutes silicatisées, ce qui leur communique une teinte particulière, qui, au point de vue artistique, leur est plus favorable que nuisible.

On sait que le silicate de potasse a été employé déjà depuis plusieurs années pour fixer les couleurs minérales sur les murs enduits d'une couche de calcaire. Il existe aux musées royaux de Munich, de Berlin, de Dresde, de magnifiques peintures murales faites à l'aide de ce moyen. Le fronton de l'église Saint-Jacques, sur la place Royale, à Bruxelles, a été peint également par ce procédé.

Il est inutile de faire ressortir que ce genre de peinture jouit d'une inaltérabilité complète, et que tout l'avenir de la peinture murale s'y trouve renfermé.

M. Kuhlmann a proposé de remplacer la peinture ordinaire à Thuile par la peinture au silicate de potasse. Un mur préalablement imprégné d'une solution de silicate de potasse est apte à recevoir n'importe quelle couleur minérale, pourvu quelle soit inaltérable par les alcalis; il suffit pour cela de la délayer dans une solution de silicate à 50° Baume, et de l'appliquer au pinceau ordinaire. Nous avons vu des peintures blanches faites à l'aide d'un mélange de deux parties de sulfate de baryte précipité et d'une partie de blanc de zinc, qui pouvaient soutenir la comparaison, pour la résistance au frottement, avec les meilleures peintures faites à l'huile. Elles étaient d'un blanc mat éblouissant. L'outremer artiûciel, les ocres, les oxydes de fer, les chromâtes de plomb, le sulfure de cadmium,

peuvent être ainsi appliqués et produire une peinture inaltérable, dans T. u. 31

toutes les conditions où la peinture ordinaire se détruit, telles que l'eau, la lumière et les émanations sulfureuses. Outre son inaltérabilité, elle jouit de l'immense avantage de rendre les murs imperméables à l'humidité, vu que l'application de la couleur exige une silicatisation préalable du subjectile qui lui communique cette imperméabilité.

L'expérience acquise tend à prouver que le prix de revient de la silicatisation d'un mètre carré de surface ne dépasse pas quatre-vingts centimes, soit que cette silicatisation ait pour but de durcir le mur, soit qu'elle doive servir à Je rendre apte à recevoir une couche de peinture siliceuse.

M. Kuhlmann a mis sous les yeux du jury une grande collection d'objets silicatisés, tels que calcaires naturels et artificiels, craie, statuettes en calcaire tendre, ornements d'architecture dégradés, etc. Une moitié de chaque objet était durcie, l'autre était laissée dans son état naturel; condition qui a permis de juger du changement complet que la silicatisation leur avait fait éprouver. Notre collègue avait également exposé des peintures siliceuses sur calcaire, sur bois, et même sur verre, extraordinairement remarquables par leur inaltérabilité et leur éclat.

La fixation des matières minérales à l'aide du silicate .de potasse a fait naître l'idée d'utiliser cette propriété pour les impressions sur étoffes. M. Kuhlmann a présenté au jury une collection très variée de tissus imprimés au silicate. Il a suffi, pour les obtenir, de délayer dans une solution concentrée de silicate, des matières minérales inaltérables, telles que l'outremer bleu et vert, le minium, le vert de zinc, le blanc de zinc, le noir de fumée, etc. Ces tissus imprimés ont pu, après quelques jours d'exposition à l'air, être lavés et savonnés sans que ces opérations aient entraîné l'impression. Jusqu'ici, l'expérience n'a pas prononcé sur la valeur de cette dernière application. Enfin, M. Kuhlmann a émis l'avis que les silicates de potasse et de soude pourraient très avantageusement remplacer la matière amylacée pour le collage du papier.

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