FABRICATION DES ACIDES GRAS PAR LA SAPONIFICATION CALCAIRE ORDINAIRE
Le procédé de fabrication des acides gras, tel que MM. De Milly et Motard rimaginèrent en créant l'industrie stéarique, est encore celui qui est le plus généralement employé. En effet, en me rapportant aux déclarations faites par les exposants, et en suppléant au manque de renseignements par mon examen, j'arrive à cette conclusion que, sur cent exposants de bougies, soixante et un emploient encore la saponification calcaire ordinaire. En 1855, tous les exposants, sauf un seul, avaient envoyé des bougies de saponification calcaire. Dans plusieurs pays, on s'en sert encore exclusivement. En France, où cette industrie a pris naissance, où il existe un nombre si considérable d'usines fournissant presque toutes des produits de qualités supérieures, on en trouve trois ou quatre au plus qui utilisent la saponification sulfurique concurremment avec la saponification calcaire ordinaire. Toutes les autres sont restées dans la vieille ornière. L'Autriche et l'Italie suivent l'exemple de la France. Dans d'autres pays, comme en Angleterre, en Belgique, en Hollande et en Suède, la saponification calcaire est presque entièrement abandonnée.
Aucune modification à l'ancien procédé n'a été révélée. Ses avantages et ses inconvénients sont parfaitement constatés aujourd'hui. Ce procédé est d'une exécution certaine et facile; il donne des produits de qualités supérieures, exceptionnelles, si l'on veut; mais il exige l'emploi exclusif de matières premières d'un prix élevé, il est d'une exécution coûteuse et d'un rendement relativement très inférieur. Dans la comparaison que je ferai plus loin entre les avantages économiques des différentes méthodes de fabrication, j'établirai surabondamment ces différents points, et je montrerai que les usines dans lesquelles on continue à le pratiquer doivent succomber dans un avenir prochain, à moins qu'on ne les protège par
une barrière douanière contre les produits plus économiquement fabriqués.
FABIUCATION DES ACIDES GRAS PAU LA SAPOMFICVTION ALCALINE DU SUIF, A HAUTE PRESSION, AVEC RÉDUCTION DE LA QUANTITÉ DE CHAUX EMPLOYÉE.
Dès 1854, M. De Milly, à la pénétration duquel les inconvénients économiques de son ancien procédé n'avaient point échappé, avait imaginé d'y obvier, en diminuant des deux tiers au moins la quantité de chaux employée. La diminution opérée sur la quantité de base mise en œuvre entraîne nécessairement avec elle une réduction proportionnelle sur la dose d'acide sulfurique nécessaire pour opérer la décomposition du savon calcaire produit.
En 1855, M. De Milly avait déjà réalisé manufacturièrement la transformation de son ancien procédé. Les acides gras obtenus à l'aide de la nouvelle méthode figuraient au salon de l'exposition internationale de Paris. Au mois de septembre de la même année, j'assistai dans l'usine de M. De Milly, à la Chapelle, à une opération exécutée sur 1,000 kilogrammes de suif à la fois, et je la décrivis avec les détails nécessaires dans le rapport du jury, voir page 595. Les produits de saponification calcaire exposés par M. De Milly, en 1862, à Londres, avaient été tous obtenus par ce nouveau moyen. Dernièrement, on a fait passer comme nouvelle une méthode découverte et décrite huit années auparavant et qui, depuis cette époque, n'a subi aucune modification essentielle, comme il est facile d'ailleurs de s'en assurer en comparant le texte du rapport de 1855 avec celui de l'écrit auquel je fais allusion. Quoi qu'il en soit de cette circonstance, les faits ont donné raison au jugement que j'ai porté en 1855 sur cette méthode. Elle présente de grands avantages sur le procédé de saponification calcaire ordinaire, en ce sens qu'elle réalise une économie de 75 p. c. sur la quantité d'acide sulfurique nécessaire à la décomposi-
tion du savon calcaire. Mais elle est entachée des inconvénients inhérents au procédé de la saponification calcaire, savoir : de nécessiter l'emploi exclusif de matières premières de qualité supérieure et de donner un rendement beaucoup moins élevé en acides solides que le procédé de la saponification sulfurique modifiée, ou même de la saponification sulfurique ordinaire. Je reviendrai d'ailleurs sur ce sujet.
A l'origine de cette nouvelle méthode, M. De Milly employait, pour i,000 kilogrammes de suif, 300 litres d'eau, contenant 40 kilogrammes de chaux vive, la plus pure possible. Le mélange, introduit dans un autoclave convenable, était porté à la température de 150 à 155°, à l'aide d'un jet de vapeur émané d'une chaudière, et maintenu dans cet état pendant huit à dix heures consécutives. M. De Milly a successivement réduit la quantité de chaux à 53 et même à 25 p. m. de suif, mais il a élevé en même temps la température jusqu'à 170 à 180% continuée également pendant huit heures. Du reste, ceux qui voudront avoir des détails plus circonstanciés sur ce procédé pourront les trouver dans les études sur Texposition de Londres, insérées dans les Annales du Conservatoire impérial des arts et métiers. Ils y verront, outre la description exacte de cette méthode, un dessin de l'autoclave et des cuves destinées au remplissage et à la vidange de la chaudière après la saponification. A ma connaissance, il n'y a jusqu'ici qu'un seul fabricant qui ait adopté et mis en pratique la nouvelle méthode de M. De Milly; c'est M. Himmelbauer, à Stockerau (Autriche). Cet industriel maintient pendant dix heures, à huit atmosphères de pression ou 180° centigrades, le suif additionné de la moitié de son volume d'eau et de 2 1/2 p. c. de chaux. Ses produits qui étaient exposés à Londres, présentaient, comme ceux de M. De Milly, toutes les qualités désirables, et étaient comparables en tout point aux meilleurs acides gras obtenus à l'aide de la saponification ordinaire. J'insiste sur cette observation, parce que des industriels qui ont essayé de mettre le nouveau procédé en pratique dans leur usine, m'ont affirmé avoir obtenu des
acides gras peu cristallins, s'exprimant par conséquent mal, et de plus offrant un toucher gras. L'expérience démontre que tout acide gras de saponification calcaire, qui présente ces deux inconvénients, renferme encore des corps gras neutres et notamment de l'oléine. Le reproche fait par ces industriels à la méthode prouve qu'ils l'ont mal appliquée et non pas que la méthode n'est pas excellente en elle-même. D'ailleurs, ceux qui ont pratiqué la saponification aqueuse du suif, et même ceux qui exécutent l'ancienne saponification calcaire, ont souvent obtenu des acides gras d'une pression difficile et qui, pressés aussi bien que possible, présentaient un toucher gras. En traitant de la saponification aqueuse, j'indiquerai le moyen d'obvier à cet inconvénient, qui est très grave dans certains cas.
FABRICATION DES ACIDES GRAS PAR LA SAPONIFICATION AQUEUSE A HAUTE PRESSION