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MATIÈRES CADAVÉRIQUES DE GUSTAVE FOUONIES

A. — Examen du contenu du bocal D portant pour étiquette : la langue, la mâchoire inférieure, l'arriéue-boiche et le larynx.

Examen physique de la langue.

§ 1. La langue est très volumineuse et tuméfiée. La muqueuse de la face supérieure présente, à droite, depuis la pointe jusqu'aux deux tiers environ de la partie flottante, un aspect noir, bleuâtre. Le reste de la muqueuse est d'un gris noirâtre. A gauche, elle porte l'empreinte de deux coups de dents; dans cette partie, il y a eu une extravasation de sang : on remarque également quelques piqûres faites avec un instrument pointu et tranchant. La muqueuse de la face inférieure est rouge, injectée et couverte d'un liquide très filant d'un blanc jaunâtre.

La muqueuse supérieure et inférieure est fortement ramollie, l'épithélium s'en enlève avec la plus grande facilité. Les tissus qui composent cet organe sont également fortement ramollis ; il n'y a guère que la partie centrale qui ait conservé sa consistance naturelle.

Dents.

Les dents sont blanches, luisantes, lisses, nullement altérées. Leur état physique exclut toute idée de contact d'acide minéral un peu concentré.

Examen chimique de la langue.

§ 2. Cet organe exhale une odeur prononcée d'acide acétique (vinaigre) ; l'arrière-bouche et le larynx répandent la même odeur.

§ 5. Le papier de tournesol bleu, mis en contact avec les faces supé

(1) Voir, pour le réquisitoire et les organes remis, l'introduction aux pages 182 et 183.

rieure et inférieure de la langue, devient immédiatement d'un rouge très vif.

Quelques parcelles du tissu, appliquées sur le papier de tournesol, le rougissent intensément.

§ 4-. Afin de pouvoir isoler la matière qui communique à la langue cette forte réaction acide et cela sans détruire le tissu, j'ai replacé le tout (la mâchoire avec la langue, l'arrière-bouche et le larynx) dans le vase dont je l'avais extrait, et j'ai laissé couler goutte à goutte de l'eau sur la langue, pendant six a huit heures, en couvrant le vase d'une vessie, de manière à recueillir une cinquantaine environ de centimètres cubes de liquide.

§ 5. Ce lavage lent a produit un liquide trouble, légèrement rosé; filtré, il possède les propriétés suivantes :

Il est limpide, rosé, rougit assez fortement la teinture de tournesol. Il produit un trouble excessivement léger dans l'eau de chaux et de baryte, et dans une solution de chlorure de b.iryum ; ce trouble disparaît presque en entier par l'acide chlorhydrique. Mêlé à une solution d'acide sulfhydrique, la teinte rosée du liquide disparaît, le mélange devient légèrement opalin, mais ne dépose aucun précipité coloré ou autre. Il précipite légèrement en blanc jaunâtre par une solution d'azotate d'argent; l'acide azotique augmente le précipité, que l'ammoniaque ne fait disparaître qu'en partie.

La matière qui a résisté à l'action de l'alcali est floconneuse, translucide, et présente l'aspect de l'albumine coagulée.

§ 6. Une partie du liquide est introduite dans une petite cornue tubulée et bouchée à l'émeri, communiquant avec un réfrigérant bien refroidi; la cornue est chauffée dans un bain d'eau salée; il distille ainsi une liqueur faiblement acide et incolore. La cornue retient un faible résidu d'un jaune pâle, possédant une acidité très prononcée et répandant une odeur de décoction de viande.

Le restant du liquide est distillé dans la même cornue; l'appareil distil- T. u. 1^

latoire renfermant le résidu est conservé avec une étiquette : Résidu de Cévaporation des eaux de lavage de la langue.

g 7. Prévoyant que la quantité d'acide renfermé dans le produit distillé serait insuffisante pour le caractériser suffisamment, je me suis déterminé à découper, à l'aide d'un bistouri, une partie de la langue, à l'endroit où le tissu me paraissait le plus fortement atteint. Mais avant de prendre ce parti, j'ai fait exécuter un dessin à l'aquarelle de cet organe, après le lavage que je lui avais fait subir ; ce dessin, je le joins à ce rapport.

La langue ainsi que les autres organes qui l'accompagnent, sont placés dans l'alcool pour leur conservation.

§ 8. Les fragments que je découpe de la langue sont introduits, avec une certaine quantité d'eau, dans un petit appareil distillatoire identique à celui indiqué au § 6, et soumis ainsi à trois décoctions successives. Le liquide qui distille pendant la première décoction est employé pour faire la deuxième décoction ; le produit distillé pendant la deuxième décoction est employé avec une nouvelle quantité d'eau, pour faire une troisième décoction. Pendant ces trois décoctions, il se dégage une odeur très sensible de vinaigre.

g 9. Les trois décoctions ainsi que les eaux de lavage de la cornue, qui toutes sont très acides, sont réunies et soumises, dans une petite cornue, à une distillation lente, qui est exécutée au bain d'eau salée. Cette distillation, qui dure trois jours, produit un liquide incolore, légèrement acide, répandant une odeur de vinaigre, et un résidu sec, jaunâtre, d'une odeur de viande rôtie. Sur la cornue renfermant le résidu est apposée une étiquette portant : Résidu des décoctions du tissu de la langue.

Je reviendrai plus loin sur la nature de ce résidu, après l'examen du contenu de l'estomac.

§ 10. Le liquide distillé est réuni à celui obtenu par l'opération décrite au § 6 et additionné d'eau de baryte jusqu'à ce qu'il présente une réaction alcaline prononcée. Il est soumis ainsi, dans un matras de verre,

à la chaleur, pour le faire bouillir quelques instants, afin d*en chasser l'ammoniaque qu'il pourrait renfermer; l'excès de baryte en est précipité ensuite par un courant d'acide carbonique. Le liquide est chauffé jusqu'à l'ébullition, pour décomposer le bicarbonate de baryte qui s'est formé; il est filtré ensuite; j'obtiens ainsi une liqueur limpide qui est versée dans une capsule et soumise dans le vide, au-dessus de l'acide sulfurique.

§ 11. Elle laisse, par l'évaporation de l'eau, une masse saline composée de prismes parfaitement blancs, transparents, entourés d'une faible auréole jaune et du poids de 107 milligrammes.

Ces prismes abandonnés dans l'air sec s'effleurissent complètement.

Traité par l'alcool anhydre et bouillant, celui-ci dissout l'auréole et laisse le sel parfaitement blanc.

§ 12. Une trace de sel blanc calciné sur une lame de platine laisse un résidu gris de carbonate de baryte, qui se dissout dans l'acide chlorhydrique avec efifervescence.

§ 15. Une autre trace, dissoute dans une très petite quantité d'eau, est additionnée d'une solution d'azotate d'argent; le mélange concentré à froid laisse déposer des lames brillantes qui noircissent à la lumière.

§ 14. Une autre trace mise en contact de l'acide sulfurique concentré dégage immédiatement une forte odeur d'acide acétique concentré.

§ 15. Le restant de la matière est conservé comme pièce de conviction.

g 16. L'alcool anhydre qui a dissous la matière jaune, évaporé à son tour, laisse une très petite quantité d'un sel de baryte jaune, qui répand l'odeur du beurre rance.

§ 17. Nul doute que ce sel ne soit de V acétate de baryte et que l'acide qui s'est volatilisé lors des distillations dont est parlé aux §§ Q et 9 ne soit de Cacide acétique (acide du vinaigre). Nul doute aussi que la langue, Carrière-bouche ne renferment une notable quantité de cet acide.

B. — Examen du bocal 2)ortant pour étiquette : l'estomac, les intestins et i.es liquides

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