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pays. Je ne connais aucune industrie qui ait présenté, pendant l'espace de vingt- cinq années, une situation aussi déplorable. Mais on doit le reconnaître, cet état si exceptionnel a été le résultat de la mauvaise direction imprimée dans tous les pays à la fabrication, qui a été plutôt à reculons qu'en progressant, vers l'époque où notre industrie commençait à prendre son développement.

Cette situation s'est considérablement améliorée à partir de i850, et, au moment de l'exposition de Londres, le pays avait bien peu à envier sous ce rapport aux nations les plus favorisées. Nos plus habiles industriels ont envoyé, en effet, les produits les plus divers et offrant, à un haut degré, toutes les qualités désirables. M'"^ V* Descressonnières et fils, à Molenbeek- Saint-Jean lez-Bruxelles, ont exposé du véritable savon à l'huile d'olive, dit savon blanc de Marseille, fabriqué avec une rare perfection. Il supporte indéfiniment le contact du calomel mouillé, sans se colorer, preuve qu'il est absolument privé d'alcali libre. H est impossible d'en rencontrer de meilleur pour le lessivage des tissus et pour le rouge d'Andrinople. Le jury l'a récompensé par la médaille. Pour organiser sa fabrication de savon à l'huile d'olive, M. Descressonnières fils a étudié, à Marseille même, le système de saponification qui y est pratiqué. Cet exemple devrait être suivi par toute personne qui veut se livrer à un genre déterminé de fabrication bien exécuté ailleurs.

En m'exprimant ainsi, je n'entends pas dire qu'il s'agit toujours d'imiter servilement tous les procédés primitifs. Dans le cas actuel, je crois au contraire que le système déjà ancien employé à Marseille est susceptible d'améliorations et de simplifications. Des détails importants de ce procédé reposent sur l'emploi d'alcalis impurs, tels qu'on se les procurait encore au commencement de ce siècle; aujourd'hui, rien n'est plus facile que d'en obtenir économiquement de purs; ils devraient donc être changés. La méthode de caustification et de lixiviation pratiquée à Marseille devrait également subir des modifications; en Belgique et ailleurs J quelques bons

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savonniers ont déjà réalisé ces cliangeinenls. Le mode de chauffage à feu nu, sujet à la destruction de la pâte en contact avec la surface chauffée, devrait être remplacé par le chauffage à la vapeur. Ce système est pratiqué en Angleterre, et notamment dans l'usine de M. Cook, à Londres, qui est montée avec une rare intelligence. Je le répète donc, tout en conservant dans sa base essentielle la méthode marseillaise, nos fabricants qui veulent la pratiquer feront bien d'y apporter les modifications que je viens d'indiquer.

A côlé de savon blanc de grande consommation, M. Descressonnières avait exposé une grande variété de savons de toilette présentant toutes les qualités qu'on peut leur donner par le procédé employé à leur fabrication.

Le jury les a récompensés par la médaille. La maison Descressonnières a introduit dans le pays, dès 1826, ce genre de production qui y est d'ailleurs fort connue et appréciée. Mais le système de fabrication qui est encore employé par un grand nombre de parfumeurs anglais et français fournit, à mon sens, des savons de qualité inférieure à celui de la grande chaudière, qui devrait être mis en pratique exclusivement à tout autre. C'est ce qu'a bien compris M. Eeckelaers, de Saint-Josse-ten-Noode lez-Bruxelles, qui a exposé une grande collection de savons de fabrique, de ménage et de parfumerie, qm tous sont fabriqués à la grande chaudière. J'ose affirmer, sans crainte d'être démenti, qu'à matières premières égales, il n'y avait pas dans toute l'exposition de Londres un savon qui leur fût supérieur en qualité, et je n'en ai jamais vu dont la perfection fui égale à celle de ses savons de toilette. Celte qualité tout à fait exceptionnelle des savons de toilette de M. Eeckelaers est due à deux circonstances : à l'association heureuse de deux corps gras dans des rapports convenables et à l'application d'un procédé d'épuration du savon qui lui est propre. Dans la méthode ordinaire de la grande chaudière, après avoir fait subir successivement le relargaye, l'épinageei lacoction, on fait intervenir des lessive^^ faibles pour éliminer les

matières étrangères, telles que les alcalis caustique et carbonate, le savon insoluble et la glycérine; tout en épurant la pâte, on en détermine ainsi la fusion. M. Eeckelaers, au lieu de lessives faibles pour réaliser cet effet, emploie de l'eau renfermant en solution des matières insolubles dans la pâte ; tout en hydratant son savon, il en élimine toutes les matières étrangères, sans risquer d'y porter une nouvelle impureté comme il arrive avec la lessive faible. La pâte est tellement limpide qu'elle est transparente; elle est si bien dépouillée d'alcali libre que ni le calomel ni aucun agent chimique ne sauraient en révéler de trace. Je n'hésite pas à ranger M. Eeckelaers parmi les savonniers les plus habiles qui existent.

Le jury l'a récompensé en lui votant une médaille pour ses savons de grande consommation et une deuxième médaille pour ses savons de toilette.

M. Vandenput, de Bruxelles, avait exposé également une grande variété de savons d'excellentes qualités, parmi lesquels je dois citer en particulier ses savons jaunes à l'huile de palme, de qualité tout à fait exceptionnelle. Tous ses produits sont fabriqués à la grande chaudière et présentent donc le degré de pureté que permet de donner l'application de cette méthode. Le jury leur a voté la médaille, et a décerné une mention honorable à ses savons de toilette, pour leur bonne qualité; il a voté pour ce même motif une mention honorable à M. Dubois-Crepy, de Mons, pour ses savons de toilette et de ménage.

D'après l'exposé qui précède, on voit que notre savonnerie a subi une transformation complète, et que sa situation est aujourd'hui des plus favorables. Si j'en excepte le savon à la résine que l'Angleterre produit mieux que n'importe quelle nation, les industriels d'aucun pays ne fabriquent actuellement toutes les variétés de savons durs avec plus de perfection que les savonniers belges que je viens de citer, et personne n'a exposé un savon de toilette comparable, par l'ensemble de ses qualités, à celui qui a valu à M. Eeckelaers sa deuxième médaille. Je ne saurais trop engager tous nos

savonniers à suivre son exemple et à se servir exclusivement, pour tous leurs produits, du procédé de la grande chaudière, qui seul, quoi qu*eii disent des savonniers, peut fournir avec certitude des savons parfaits.

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