APPAREILS DESTINÉS A LA DISTILLERIE
Quelle que soit la matière qui fournisse l'alcool par la fermentation, le liquide produit renferme toujours, outre l'eau et l'alcool, des matières étrangères, les unes fixes, les autres volatiles. Pour opérer la séparation de toutes ces subtances et obtenir ensuite l'alcool isolé, l'industrie ne possède d'autre moyen que la distillation et la rectification des produits distillés. La distillation des liquides alcooliques se pratique en grand, soit à la chaudière, soit à la colonne. La chaudière est ordinairement employée dans les distilleries agricoles et en général dans tous les établissements 011 l'on produit des flegmes ou alcools à bas degrés; l'opération s'exécute à feu nu. La colonne est utilisée dans les grandes usines; la vapeur d'eau, portée à la pression de trois à cinq atmosphères, est employée comme moyen de chauffage. Les deux méthodes, convenable-
ment appliquées, réalisent parfaitement le but : elles permettent, l'une comme l'autre, la séparation complète de l'alcool existant dans le liquide soumis à la distillation; mais, par le chauffage à la chaudière à feu nu, les matières fixes hydrocarbonées et azotées sont exposées à s'altérer. En effet, sous l'influence de la chaleur, elles adhèrent facilement au fond de la chaudière et se décomposent ensuite à la faveur de la température acquise par le métal, soustrait ainsi au contact direct du liquide en ébullition. Les substances volatiles et fortement odorantes qui prennent naissance par l'altération des matières fixes hydrocarbonées, s'échappent avec les vapeurs *d'eau et d'alcool et communiquent ensuite au liquide condensé un goût et une odeur plus ou moins désagréables. L'emploi de la colonne ne présente point cet inconvénient, mais, en revanche, il expose l'industriel à la perte d'une certaine quantité d'alcool, si l'écoulement des liquides se fait avec une trop grande vitesse.
Le produit fourni par la distillation à la chaudière ou à la colonne renferme, outre l'alcool et l'eau, des matières volatiles odorantes et sapides qu'on sépare dans l'industrie à l'aide de l'opération désignée sous le nom de rectification. La nature des matières volatiles odorantes varie suivant les liquides soumis à la distillation. Les vins, les moûls de froment, d'orge, de seigle, d'avoine, de riz, le jus de betteraves, la mélasse, les fécules, etc., fermentes, fournissent des flegmes d'odeur et de goût très différents. Cette odeur et cette saveur sont dues à l'existence de produits les uns plus volatils, les autres moins volatils que l'alcool et l'eau.
Lorsqu'il s'agit de produire l'alcool de grains, contenant en moyenne 48 d'alcool et 52 d'eau, connu sous le nom de genièvre, on se borne, dans le pays, à soumettre simplement à la rectification dans une chaudière, préalablement mêlés d'un volume d'eau égal au leur, les flegmes obtenus par la distillation à la chaudière ou à la colonne des moûts de grains fermentes. Le liquide résultant de cette opération, si elle est bien conduite, marque de 4-8 à 50° centésimaux, quand le contenu de la chaudière est
convenablemenl dépouille d'alcool; mais il renferme toutes les matières plus volatiles que l'alcool et une grande partie des huiles moins volatiles que lui, qui existaient dans les flegmes soumis à la rectification. Le mélange de ces différentes substances volatiles communique à l'esprit de grain le goût qui le caractérise, goût que, assez généralement, on attribue à tort aux baies du genévrier ajoutées dans certains pays aux flegmes lors de leur rectification.
Des distillations répétées séparent une nouvelle quantité d'eau de l'alcool et permettent d'obtenir des esprits de plus en plus riches en alcool anhydre. Mais, quel que soit le nombre de rectifications à la chaudière simple que Ton pratique, l'esprit produit renferme toujours les huiles volatiles qui sont la cause de l'odeur particulière qu'il possède. Ces matières, en effet, passent à l'état de vapeur avec l'alcool lui-même et se condensent avec lui, de sorte que le liquide obtenu n'est jamais pur. C'est ainsi que l'alcool de grains, de riz, de mélasse, de betteraves, de fécule, exhale une odeur étrangère, quelquefois très désagréable, nauséabonde. L'alcool de vin offre tantôt une odeur agréable, tantôt une odeur désagréable, suivant la nature des vins soumis à la rectification. Depuis un grand nombre d'années, on a imaginé dans les différents pays des appareils destinés à la rectification des liquides alcooliques. Ces appareils ont un double but à remplir : d'abord ils doivent opérer la séparation de l'eau d'avec l'alcool contenant les différentes matières volatiles, et ensuite la séparation de l'alcool des substances volatiles. Dans les appareils utilisés à cet effet par l'industrie, on effectue assez parfaitement, lorsqu'ils sont bien construits et bien conduits, la séparation de l'alcool et de l'eau, pour que le liquide obtenu renferme de 95 à 96.5 d'alcool anhydre. L'opération se pratique d'ailleurs sans perte notable. Mais les moyens que l'on emploie pour dépouiller l'esprit des matières qui lui communiquent un mauvais goût et une odeur étrangère, laissent encore beaucoup à désirer chez un grand nombre de rectificateurs. C'est à tel point qu'on ne rencontre qu'exceptionnellement dans certains pays, et
nolamment dans le nôtre, des esprits in('|n odiahlcs au point de vue du goût et de l'odeur. Non seulement on ne dépouille pas convenablement les alcools des huiles volatiles, mais l'opération elle-même s'exécute assez mal pour que le procédé pratiqué ne fournisse que 75 p. c. d'alcool épuré, 25 p. c. restant en général souillés par des huiles infectes.
Le meilleur appareil connu dans l'industrie pour opérer la séparation de tous les produits contenus dans les flegmes est sans contredit la colonne à plateaux, munie de réfrigérant analyseur et de réfrigérant ordinaire. Cet appareil se compose : 1° d'un réservoir renfermant le liquide à rectifier; 2" d'une colonne cylindrique contenant de M) à 20 compartiments séparés à plateau, faisant oflice, l'un à l'égard de l'autre, de réservoir et de chaudière de distillation; 5° d'un serpentin analyseur à température constante; 5" d'un réfrigérant pour la condensation des vapeurs alcooliques analysées. Pour procéder à la distillation et à l'analyse du liquide renfermé dans le réservoir, on y injecte de la vapeur d'eau, ou mieux on fait passer de la vapeur d'eau surchaufl^ée au travers d'un tube à spirale et à retour d'eau, fixé à demeure au fond du réservoir. Les vapeurs produites par l'ébullilion, qui doit être lenle et régulière, se condensent d'abord dans le premier compartiment; le liquide qui remplit bientôt le plateau que renferme ce compartiment est porté à son tour à l'ébullilion par les vapeurs arrivant du réservoir. Les vapeurs émises par le liquide du premier compartiment se condensent à leur tour dans le plateau du deuxième compartiment. Le deuxième compartiment continuant de recevoir de la vapeur en fournit bientôt au troisième, lequel, de son côté, en fournit au quatrième, et ainsi de suite jusqu'au dernier des compartiments qui composent la colonne.
On conçoit ainsi que toutes les vapeurs émanées du réservoir se rendent successivement dans le premier, le deuxième, le troisième,... le vingtième compartiment, en se condensant d'abord et passant ensuite à l'état de vapeur. Comme la tension de la vapeur d'alcool est beaucoup plus grande
que celle de la vapeur d'eau, il résulte nécessairement de la condensation et de l'évaporation alternatives des liquides contenus dans les plateaux composant la colonne, que ces liquides doivent être de plus en plus riches en alcool à mesure qu'on s'éloigne de la source première des vapeurs, c'est-à-dire du réservoir. En supposant le liquide du réservoir riche déjà en alcool et le nombre des plateaux considérable, les vapeurs dégagées du dernier compartiment doivent contenir le minimum possible d'eau pour la température à laquelle on opère.
Ce dernier compartiment de la colonne est mis en communication avec l'analyseur proprement dit des vapeurs alcooliques. L'appareil d'analyse actuellement employé dans l'industrie se compose ou du tube réfrigérant à l'air libre, recourbé sur lui-même, que j'ai décrit dans mon rapport sur la fabrication des acides gras, à l'occasion de la rectification de la glycérine à la vapeur d'eau surchauffée, ou d'un serpentin analyseur. Le dernier système est généralement employé en Belgique. L'usage du serpentin analyseur repose sur le principe suivant : lorsqu'un mélange de vapeur d'eau et de vapeurs alcooliques pénètre dans un réfrigérant, les premières vapeurs qui se condensent sont les plus aqueuses, les dernières les plus alcooliques ; si la réfrigération est insuffisante pour opérer la condensation de toutes les vapeurs, celles qui sortent du réfrigérant sont d'autant plus riches en alcool que leur température est moins élevée.
Le serpentin analyseur dans lequel ce principe est appliqué se compose d'un serpentin ordinaire entouré d'eau à température constante, mais d'autant plus basse qu'on désire se procurer de l'alcool plus concentré. Les vapeurs sortant du dernier compartiment de la colonne dans laquelle une première analyse s'effectue déjà, comme je l'ai dit, pénètrent par la partie supérieure du serpentin, qui se bifurque à sa partie inférieure; le liquide condensé est conduit par un des embranchements, ayant la forme d'un trop-plein, dans l'avant-dernier, le troisième ou le quatrième compartiment supérieur de la colonne, et les vapeurs non condensées se rendent, par
l'autre embranchement, vers un serpentin ordinaire entouré d'eau froide où s'effectue leur condensation complète.
On conçoit, d'après ce que je viens d'exposer, que le liquide introduit dans le réservoir placé au-dessous de la colonne à compartiments, étant composé de fluides inégalement volatils et supposé entretenu en une ébullition lente et régulière, doive nécessairement, au bas du serpentin qui termine l'appareil, fournir les fluides dans l'ordre de leur plus grande volatilité. Comme les liquides soumis par l'industrie à la rectification contiennent des produits odorants et sapides, les uns plus volatils (les éthers), les autres moins volatils (les essences ou alcool homologue de l'esprit-de-vin) que l'alcool lui-même, il en résulte que le premier alcool produit, et désigné dans l'industrie sous le nom de tête de distillation, contient des éthers, ainsi que des fluides à odeur très désagréable qui se trouvent en quantité plus ou moins grande dans les flegmes de betteraves, de mélasse, de riz et de pommes de terre, et que l'alcool qui arrive à la fin de l'opération, connu sous le nom de queue de distillation, renferme les huiles essentielles. Chez un grand nombre de distillateurs-rectificateurs du pays, la quantité d'alcool souillé ainsi par des éthers et des essences s'élève, comme je l'ai déjà dit, au quart au moins de la quantité totale existant dans le liquide soumis à la rectification. Mais cette perte énorme d'un quart du produit réel n'est pas, à beaucoup près, le seul inconvénient du système de rectification et d'analyse des liquides alcooliques suivi actuellement par l'industrie. Le plus grand de tous, c'est que l'alcool rectifié lui-même n'est pas partout convenablement privé de matières étrangères. Ce fait résulte du défaut inhérent au système d'appareil employé. Pour pouvoir fonctionner de manière à fournir des esprits purs, bon goût, ce mode exige des soins continus et une main habile pour le diriger : il doit marcher lentement et avec la plus grande régularité, toutes conditions bien difliciles à réaliser dans l'industrie, où le chef de l'usine doit forcément abandonner aux soins de l'ouvrier une grande partie de l'opération. On comprend facilement, du
reste, que cet appnreil présente des défauts inhérents à sa construction. Les produits odorants plus volatils que l'alcool lui-même devant être éliminés^avant que l'on puisse recueillir l'alcool, ces produits infectent les différents compartiments de la colonne, l'analyseur et le réfrigérant des vapeurs. Or, la désinfection de ces différents organes du système ne pouvant s'effectuer qu'à l'aide de l'alcool lui-même, on doit forcément en sacrifier une quantité d'aulant plus grande que l'opération marche plus rapidement, comme c'est presque toujours le cas dans l'industrie. La disposition de la colonne à compartiments offre un autre inconvénient, c'est de ne pas se prêter à un nettoyage dans l'intervalle de deux opérations. A la fin d'une rectification, lorsque tout l'alcool a passé à la distillation, les compartiments renferment une quantité plus ou moins grande de liquides contenant des essences moins volatiles que l'alcool et ces essences se mêlent nécessairement aux premiers produits de l'opération qu'on exécute ensuite, infectent ainsi une nouvelle partie, d'alcool et produisent de ce chef une diminution dans le rendement d'alcool de bon goût. Les compartiments étant généralement construits en cuivre rouge non élamé, l'alcool retient souvent aussi le goût bien connu de ce métal, pour peu que la vapeur injectée en vue de porter le liquide à l'ébullition renferme de l'air.
Mais le serpentin analyseur et le serpentin réfrigérant ordinaires offrent eux-mêmes de sérieux inconvénients. Lorsqu'ils sont faits en hélice, ils ne se prêtent pas à un nettoyage convenable, quelque moyen que l'on emploie. Les serpentins en zigzag, susceptibles d'être nettoyés convenablement, exigent un développement de tuyau très considérable pour offrir une surface de réfrigération suffisante. Ce grand développement rend leur construction très coûteuse. En hélice ou en zigzag, les réfrigérants analyseurs ou simples réclament une quantité d'eau froide de beaucoup hors de proportion avec leur puissance de réfrigération.
Enfin, le système dont je viens d'essayer la description fonctionne d'une
manière inlerinillente, condition nécessairement défavorable au point de vue de l'économie.
Tel est, en pou de mots, l'appareil employé dans l'industrie pour la distillation et la rectification des liquides alcooliques, tels sont les inconvénients qu'il présente; j'ai dû entrer dans ces détails préliminaires pour faire saisir le but que MM. Vangindertaelon et Haeck se sont proposé en entreprenant la réforme de l'outillage des distillateurs-rectificateurs.
Le système d'appareil qu'ils ont imaginé pour remplacer celui que je viens de décrire se compose d'un ou de plusieurs réservoirs chauffeurs, clos et à double fond, remplaçant la chaudière ordinaire ou le réservoir placé au-dessous de la colonne à compartiments. Le liquide qui y est introduit est chauffé à l'aide de la vapeur circulant dans ce double fond, et que l'on maintient à la température voisine de l'ébullition de manière à éliminer ainsi, avec une petite quantité de vapeur d'alcool, tous les produits plus volatils que l'alcool, tels que les éthers et tous les corps inconnus, qui communiquent aux flegmes de distillation du riz, de betteraves, de mélasse, etc., une partie de la mauvaise odeur qu'ils exhalent. Les vapeurs émanées du liquide contenu dans le réservoir sont condensées à l'aide d'un réfrigérant spécial adapté à celui-ci et sur lequel je reviendrai à l'instant.
Ce réservoir est en communication par le bas avec l'appareil de distillation proprement dit. MM. Vangindertaelen et Haeck lui ont donné le nom d'évaporaleur ; il consiste dans une espèce de grand « plateau horizontal, « dans lequel le liquide arrive par parties successives en sortant du réser- « voir chauffeur. Ce plateau horizontal est divisé en canaux continus, que « chaque fraction de liquide qui sort du réservoir chauffeur vient parce courir d'un bout à l'autre, sous forme d'une lame liquide mince conti- « nuellement chauffée en dessous et sur toute la largeur du plateau par de « la vapeur ou de l'eau, à une température maintenue aussi basse que
« possible, selon la nature du liquide à évaporer. C'est pendant' son « parcours dans les canaux de ce plateau que chaque fraction de liquide « sortie du réservoir chauffeur évapore librement et continuellement ses « éléments alcooliques. L'opération d evaporation ainsi organisée s'effectue « avec continuité. Pendant qu'une partie du liquide chargé d'éléments « alcooliques entre continuellement d'un côté du plateau évaporateur, « une autre fraction sort continuellement du côté opposé, après avoir « été soumise, pendant tout son parcours sur ce plateau, à l'action régu- « Hère du foyer d'évaporation (^). »
Cet appareil de distillation déverse tout le liquide dans un second plateau horizontal beaucoup plus petit que le précédent et désigné par MM. Vangindertaelcn et Haeck sous le nom de plateau épuiseur. Comme il est chauffé à une température beaucoup plus élevée que le précédent, les liquides qui le traversent, sous forme de lame mince, abandonnent à l'état de vapeur tout l'alcool qu'ils peuvent encore contenir, ainsi que les essences moins volatiles que lui.
On le voit donc, le réservoir chauffeur a pour fonction d'élever la température du liquide alcoolique jusqu'à son point d'ébullition, afin d'éliminer préalablement les éthers et les fluides plus volatils que l'alcool ; le plateau évaporateur a pour but la distillation de l'alcool, et le plateau épuiseur sert à recueillir l'alcool échappé à la volatilisation dans le grand plateau et les essences moins volatils que lui.
La grande colonne à compartiments et le serpentin analyseur destinés, dans l'appareil ordinaire, à l'épuisement du liquide alcoolique et à la concentration de l'alcool, MM. Vangindertaelcn et Haeck les remplacent par un analyseur réalisant simultanément les effets produits par la colonne et par le serpentin analyseur ordinaires. Cet analyseur, de dimensions très réduites par rapport aux appareils actuellement employés dans l'industrie,
(') Notice descriptive jointe aux appareils exposés par MM. Vangindertaelcn et Haeck.
« se compose de deux cylindres concentriques, emboîtés Tun dans l'autre, « à une dislance de quelques millimètres. Dans l'espace étroit qu'ils « laissent entre eux, se trouve de l'eau maintenue à une température « constante par un renouvellement régulier en rapport avec les allures « du travail. Cette eau descend méthodiquement sous forme de lame « cylindrique. La fonction de celte eau est de tenir à une température « constante la paroi du cylindre intérieur qu'elle enveloppe de toutes « paris. Le milieu de ce cylindre intérieur est occupé par un certain « nombre de bassins ou de bacs circulaires, simplement superposés, mais « dont les bandes latérales restent à une petite distance de la paroi à « température constante du cylindre enveloppant. Les bassins ou bacs tf circulaires contenus dans le cylindre intérieur transforment celui-ci en « autant d'espaces ou de chambres de rectification qu'il s'y trouve contenu « de bassins. La vapeur alcoolique à analyser entre par le bas dans le « premier espace; comme il n'y a entre cette capacité et la suivante que « l'espace lamellaire cylindrique compris entre la bande latérale du pre- « mier bac et la partie correspondante de la paroi du cylindre enveloppé « d'eau, il en résulte que la vapeur alcoolique est obligée de se réduire « à l'état de lame mince. Pour empêcher la vapeur de traverser trop direc- « tement cet espace lamellaire, on couvre les bandes latérales des bassins c< d'obstacles qui font parcourir à la vapeur la moitié, le tiers ou le M quart, etc., de la circonférence de la bande avant de passer dans la « chambre au-dessus. La vapeur se trouve donc forcément en contact « avec la paroi à température constante. Elle subit ainsi une première con- « densation de ses vapeurs aqueuses. La vapeur devenue liquide redescend « dans la chambre d'où elle vient de sortir. Pour passer de la deuxième « chambre à la troisième chambre, la vapeur est de nouveau obligée de se « mettre sous la forme de lame mince, parce que, encore une fois, le seul « passage qui lui soit ouvert est l'espace lamellaire cylindrique compris « entre la bande latérale du deuxième bassin et la partie correspondante
« de la paroi à température conslante enveloppée d'eau. Pendant son « passage, sous forme de lame cylindrique mince, de la deuxième « chambre à la troisième chambre, la vapeur alcoolique subit une nouvelle « condensation de ses vapeurs aqueuses, et le produit liquide descend, en « vertu de son poids, comme tout à l'heure, dans le bassin de la deuxième « chambre au-dessous, s'il n'est entraîné mécaniquement avec la vapeur « non condensée jusqu'à la troisième chambre, dont il va occuper le « bassin.
« La même opération se ré()èle ainsi de chambre en chambre. Chaque « fois que la vapeur doit passer d'une chambre à la chambre au-dessus, « elle est obligée de se mettre sous forme de lame mince et de se trouver, « sous celle forme laminée, en contact immédiat avec la parlie corrcspon- « danle de la paroi du cylindre enveloppé d'eau à température constante. « Et chaque fois aussi le produit de la condensation va occuper, soit « le bassin de la chambre d'où sort la vapeur, soit le bassin de la « chambre où elle va entrer. Chacun de ces bacs circulaires ou bassins « superposés est muni d'un trop-plein qui permet, à un moment donné, « au liquide d'un bassin do descendre au bassin immédiatement au-des- « sous. »
D'après les priijcipes que j'ai exposés plus haut, on conçoit que le liquide provenant des vapeurs alcooliques condensées existant dans le fond des bassins respectifs, doit être de plus en plus riche en alcool à partir du premier bassin placé au bas, jusqu'au bassin placé le plus haut dans l'appareil analyseur. Il s'y produit donc, comme dans la grande colonne, et cela par le fait du passage de la vapeur d'une chambre à la chambre immédiatement supérieure, une série de doubles opérations de concentralion et de lectifjcation alcoolique. L'opération d'analyse doit être d'autant plus parfaite que l'espace vide laissé entre chaque bassin est mieux approprié à la quantité de vapeur qui doit y passer à un moment donné. A température égale, plus cet espace sera restreint, plus on sera exposé à
avoir de l'alcool aqueux; tandis que l'augmentation de cet espace aura pour effet inévitable de fournir de l'alcool pur concentré.
Dans la colonne ordinaire, la réfrigération de la vapeur s'exécute par l'air ambiant; de là, la nécessité du grand développement de la colonne, la multiplicité des compartiments et la présence d'un serpentin analyseur à bain d'eau à température constante. Dans le nouvel appareil, la réfrigération s'effectue par l'eau seule, dont la température peut être réglée au degré convenable pour la concentration de l'alcool qu'on désire produire. La conséquence naturelle de ce fait est la réduction considérable des dimensions et partant du prix d'achat de l'appareil. Mais là ne se borne pas l'avantage offert par le nouvel analyseur. La simplicité de sa construction, la facilité qu'il présente de se laisser démonter et remonter, chaque fois qu'on le désire, constituent à mes yeux un perfectionnement réel, considérable. Indubitablement, il présente les conditions théoriques pour réaliser le plus économiquement et le plus facilement l'analyse d'un mélange de vapeurs d'eau et de vapeurs d'alcool.
iMM. Vangindertaelen et Haeck ont remplacé depuis longtemps déjà le serpentin réfrigérant par un condensateur réfrigérant d'une construction particulière, dont il me reste à parler pour compléter l'exposé des modifications apportées par ces habiles industriels aux appareils de distillation. Je l'ai dit plus haut, l'organe généralement employé dans l'industrie pour opérer la liquéfaction de vapeurs est le serpentin en hélice ou en zigzag enfermé à demeure dans un cylindre rempli d'eau. J'ai déjà fait connaître également les inconvénients qu'il présente. MM. Vangindertaelen et Haeck le remplacent par un appareil qui, abstraction faite de quelques détails de construction, se compose essentiellement de quatre cavités cylindriques emboîtées les unes dans les autres, et qui ne sont séparées que par quelques millimètres seulement. Trois espaces de forme cylindrique existent ainsi entre les parois de ces vases emboîtés. Dans l'espace annulaire qui occupe le milieu entre le courant de vapeur à condenser et dans chacun des deux
autres espaces annulaires, on fait entrer, par le bas, un courant d*eau destiné à la condensation de la vapeur. A l'aide d'un mécanisme très ingénieux imaginé par les constructeurs, la vapeur venant du générateur se répand circulairement dans l'espace annulaire du condensateur; il se produit ainsi une liquéfaction presque instantanée de la vapeur. L'effet de réfrigération obtenu par ce mode si simple est réellement prodigieux, comme l'expérience me l'a démontré.
Je suis obligé de constater ici que le principe mis en pratique par MM. Yangindertaelen et Haeck est connu depuis longtemps et que l'industrie a essayé déjà, à plusieurs reprises, de l'utiliser pour la condensation des vapeurs de nature différente.
Il y a plus d'un demi-siècle déjà que Solimani faisait passer la vapeur entre deux lames de cuivre pliées parallèlement en zigzag et divisées par un intervalle d'une hauteur constante, fermé latéralement par des lames de cuivre exactement soudées aux premières. Ce système était plongé dans l'eau froide.
Plus tard, on substitua aux lames pliées en zigzag un appareil composé de deux cônes tronqués ayant un même axe ; l'intervalle était exactement fermé en bas par un diaphragme annulaire soudé avec chacun des cônes ; il était fermé en haut par un couvercle à rebords plongeant dans une rigole annulaire remplie d'eau. A la partie supérieure se trouvait un tuyau destiné à recevoir un tube d'un plus petit diamètre qui amenait la vapeur de la chaudière. Péclet, auquel j'emprunte la description de cet appareil, assure qu'il a bien fonctionné; il constituait évidemment un progrès notable sur le serpentin en hélice, mais il est incontestable aussi que sa construction péchait sous deux rapports. La vapeur d'eau y pénètre sur le côté ; or, il n'y avait dans l'intérieur aucun mécanisme qui forçât celte vapeur à se répandre circulairement dans l'espace annulaire. Il résulte de là qu'une partie seulement de cet espace fonctionnait; l'autre partie restait remplie d'air dont la force élastique produisait continuellement des mou-
vements qui empêchaient la partie fonctionnante de produire un effet utile. Les deux cônes tronqués étant rendus solidaires par le diaphragme annulaire qui les reliait entre eux, le nettoyage de l'espace annulaire, quoique possible, était cependant très difficile. Ces deux inconvénients, qui ont empêché l'industrie d'utiliser cet appareil, sont complètement évités dans le système imaginé par MiM. Vangindertaelën et Haeck, lequel, d'ailleurs, présente encore une série de particularités de construction dans le détail desquelles je ne puis entrer, attendu qu'il serait impossible de les faire comprendre sans l'aide d'une figure 0.
En résumé, les principes sur lesquels MM. Vangindertaelën et Haeck ont fondé la construction de leur système complet d'appareils de distillation, de rectification, d'analyse et de réfrigération des vapeurs alcooliques me semblent incontestables, et l'application qu'ils en ont faite est très heureuse. 11 me paraît, en effet, très rationnel d'effectuer, par des opérations distinctes et successives, la séparation de l'alcool des produits, soit plus, soit moins volatils que lui. Or, d'après ce qu'il m'a été possible de constater dans les ateliers même de MM. Vangindertaelën et Haeck, ces conditions sont réalisées par les distillations successives qui s'exécutent d'abord dans le réservoir, ensuite dans le premier plateau et, enfin, dans le second plateau. Les liquides contenus ou circulant dans ces différents appareils y sont chauffes aux températures convenables pour l'effet qu'elles ont à produire. Quant au réfrigérant analyseur et au réfrigérant simple, je ne vois aucun motif qui pourrait faire naître le moindre inconvénient dans leur emploi, pourvu que leurs dimensions soient exactement appropriées au but qu'ils ont à remplir; ils me paraissent présenter, au contraire, une
(1) Le principe du laminage des vapeurs pour arriver à leur prompte et facile liquéfaction a été appliqué d'une manière très ingénieuse par MM. Donny et Mareska à la condensation de la vapeur du potassium et du sodium. La fabrication de ce dernier métal, qui s'exécute aujourd'hui sur une si grande échelle, est évidemment due à l'application de ce principe par nos deux compatriotes. M. Sainte-Claire Deville a reconnu ce fait, en termes explicites, dans son beau travail sur la fabrication industrielle du sodium.
série d'avantages : ainsi ils n'ont point les défauts reconnus à l'emploi des analyseurs et réfrigérants actuellement utilisés. La simplicité de leur construction et le peu d'espace qu'ils occupent constituant, à mes yeux, une double économie pour l'industrie. Ce que l'examen scrupuleux de l'ensemble du système m'a fait prévoir, l'expérience l'a confirmé. Les différents organes de l'appareil réalisent chacun convenablement la fonction qu'ils ont à remplir. Le réfrigérant en communication avec le réservoir qui contient le liquide destiné à la distillation fournit d'abord des éthers et des produits plus volatils que l'alcool, et ensuite de l'alcool aqueux et pur, si on a soin de maintenir pendant le temps nécessaire le liquide près de son point d'ébullition. Le réfrigérant en communication avec l'analyseur, recevant lui-même les vapeurs émanées du grand plateau, débile, d'une manière constante et régulière, de l'alcool dépourvu de goût et d'odeur étrangers et de concentration en rapport avec la température du bain de l'analyseur. Enfin, le réfrigérant qui reçoit les vapeurs du plateau épuiseur fournit de l'eau à peine alcoolique et ne contenant que des essences moins volatiles que l'alcool lui-même.
J'ai dit plus haut que l'analyse d'un liquide alcoolique se fait généralement dans l'industrie avec une perte de 25 p. c. environ. En effet, à l'aide de la colonne et de l'analyseur ordinaires, on n'obtient que 75 p.c. d'alcool bon goût; 25 p. c. restent souillés de matières étrangères, odorantes et sapides qui les rendent plus ou moins infects, suivant la nature des liqueurs soumises à l'analyse. Cette perte d'un quart en alcool bon goût est réduite à 7 p. c. environ par l'application des appareils de MM.Vanginder taelen et Haeck. Ce fait résulte des essais suffisamment répétés qui ont été entrepris par M. Haeck. Mais n'y aurait-il réduction que de la moitié de la perte que l'amélioration apportée serait encore considérable, vu que l'alcool produit par le dernier appareil est réellement bon goût, ce qui n'a lieu qu'exceptionnellement avec le système généralement employé.
Enfin, un dernier et inappréciable avantage des appareils de MM.Vangin-
dertaelen et Haeck, c'est que le travail peut s'y faire avec coHininhc, tandis qu'il est forcément intermittent avecles appareils anciens. Il suffît, en effet, de multiplier le nombre des réservoirs où s'accomplissent réchauffement des flegmes et la volatilisation des fluides plus volatils que l'alcool, pour que le grand plateau et le plateau épuiseur, l'analyseur et les réfrigérants puissent fonctionner d'une manière continue.
J'ose espérer que la pratique industrielle justifiera, dans un avenir prochain, les espérances qu'un examen scrupuleux et consciencieux me porte à fonder sur ce nouveau système d'appareils.
Du reste, MM. Vangindertaelen et Haeck ont installé dans leur atelier un appareil modèle qui fonctionne continuellement. Il est à la disposition des industriels, qui peuvent y soumettre leurs produits à la distillation fractionnée et se convaincre par eux-mêmes de la marche de chaque organe du système, de la qualité et de la quantité d'alcool produit, et des dépenses que doit entraîner sa mise en exploitation dans l'usine.