‹ Œuvres complètesChapitre 13 sur 31 · DE LA FIGURE HUMAINE · texte numérisé non relu

DE LA FIGURE HUMAINE

Toutes les expressions harmoniques sont réunies dans la figure humaine. Je me bornerai dans cet article à examiner quelques-unes de celles qui composent la tétc de l'homme. Remarquez que sa forme approche de lasphérique, qui, comme nous l'ayons vu, est la forme par excellence. Je ne crois pas que cette configuration lui soit commune avec celle d'aucun animal. Sur sa partie antérieure est tracé l'ovale du visage, terminé par le triangle du nez , et entouré des parties radiées de la chevelure. La tête est, de plus, supportée par un cou qui a beaucoup moins de diamètre qu'elle, ce qui la détache du corps par une partie concave.

Cette légère esquisse nous offre d'abord les cinq termes harmoniques de la génération élémentaire •dès formes. Les cheveux présentent la ligne; le nez , le triangle ; la tête , la sphère ; le visage , l'ovale ; et le vide au-dessous du menton , la parabole. Le cou, qui, comme une colonne, supporte la tête, offre encore la forme harmonique trèsagréable du cylindre , composé du cercle et du quadrilatère.

Ces formes ne sont pas tracées d'une manière sèche et géométrique, mais elles participent l'une de

DE LA NATURE. iSj,

l'autre , en s'amalgamant mutuellement , comme il convenait aux parties d'un tout. Ainsi, les cheveux ne sont pas droits comme des lignes , mais ils s'harmonient, par leurs boucles, avec l'ovale du visage. Le triangle du nez n'est ni aigu, ni à angle droit; mais, parle renflement onduleux des narines, il s'accorde avec la forme en cœur de la bouche , et, s'évidant prés du front, il s'unit avec les cavités des yeux. Le sphéroïde de la tète s'amalgame de même avec l'ovale du visage. Il en est ainsi des autres parties, la nature employant, pour les joindre ensemble, les arrondissements du front, des joues, du menton et du cou, c'est-à-dire, des portions de la plus belle des expressions harmoniques, qui est la sphère.

Il y a encore plusieurs proportions remarquables, qui forment entre elles des harmonies et des contrastes très-agréables : telle est celle du front , qui présente un quadrilatère en opposition avec le triangle formé par les yeux et la bouche, et celle des oreilles formée de courbes acoustiques trèsingénieuses, qui ne se rencontrent point dans l'organe auditif des animaux, parce qu'il ne devait pas recueillir, comme celui de l'homme, toutes les modulations de la parole. Mais je m'arrêterai aux formes charmantes dont la nature a déterminé la bouche et les yeux, qu'elle amis dans la plus grande évidence, parce qu'ils sont les deux organes actifs de l'ame. La bouche est composée de deux lèvres , dont la supérieure est découpée en coeur, cette forme si agréable que sa beauté a passé en pro-

verbe, et dont l'inférieure est arrondie en portion demi-cylindrique. On entrevoit au milieu des lèvres les quadrilatères des dents, dont les lignes perpendiculaires et parallèles contrastent très-agréablement avec les formes rondes qui les avoisinent, d'autant mieux, comme nous l'avons vu, que le premier terme génératif se trouvant joint au terme harmonique par excellence, c'est-à-dire, la ligne droite à la forme sphérique, il en résulte le plus harmonique des contrastes. Les mêmes rapports se trouvent dans les yeux, dont les formes se rapprochent encore plus des expressions harmoniques élémentaires, ainsi qu'il convenait à l'organe principal. Ce sont deux globes , bordés aux paupières de cils rayonnants comme des pinceaux , qui forment avec eux un contraste ravissant, et présentent une consonnance admirable vers le soleil , sur lequel ils semblent modelés , étant comme lui de figure ronde, ayant des rayons divergents dans leurs cils, des mouvements de rotation sur euxmêmes, et pouvant, comme l'astre du jour, se voiler de nuages, au moyen de leurs paupières.

Les mêmes harmonies élémentaires sont dans les couleurs de la tête, ainsi que dans ses formes; car il y a, dans le visage, du blanc tout pur, aux dents et aux yeux; puis des nuances de jaune qui entrent dans sa carnation , comme le savent les peintres ; ensuite du rouge , cette couleur par excellence, qui éclate aux lèvres et aux joues. On y remarque de plus le bleu des veines , et quelquefois celui des prunelles; et enfin, le noir de la

DE LA NATURE. 1 Sq

chevelure qui, par son opposition, fait sortir les couleurs du visage , comme le vide du cou détache les formes de la tête.

Vous remarquerez que la nature n'y emploie point de couleurs durement tranchées ; mais elle les fait participer, comme les formes, les unes des autres. Ainsi, le blanc du visage se fond ici avec le jaune, et là avec le rouge. Le bleu des veines tire sur le verdâtre : les cheveux ne sont pas communément d'un noir de jais; mais ils sont bruns, châtains, blonds, et en général d'une couleur où il entre un peu de la teinte carnative , afin que leur opposition ne fût pas trop dure. Vous observerez encore que , comme elle emploie les portions sphériques pour former les muscles qui en unissent les organes , et pour distinguer particulièrement ces mêmes organes, elle se sert du rouge aux mêmes usages. C'est ainsi qu'elle en a étendu une nuance sur le front, qu'elle a renforcée aux joues, et qu'elle a appliquée toute pure à la bouche , cet organe du cœur, où elle contraste agréablement avec la blancheur des dents. L'union de cette couleur et de cette forme harmonique , est la consonnance la plus forte de la beauté; et on peut remarquer que là où se renflent les formes sphériques, là se renforce la couleur rouge, excepté aux yeux.

Comme les yeux sont les principaux organes de l'ame , ils sont destinés à en exprimer toutes les passions; ce qui n'eût pu se faire avec la teinte harmonique rouge, qui n'eût donné qu'une seule ex-

l6o ÉTUDES

pression. La nature , pour y exprimer des passions contraires, y a réuni les deux couleurs les plus opposées, le blanc de l'orbite et le noir de l'iris, et quelquefois de la prunelle, qui forment une opposition très-dure, lorsque les globes des yeux se développent dans tout leur diamètre; mais, au moyen des paupières, que l'homme resserre ou dilate à son gré, il leur donne l'expression de toutes les passions, depuis l'amour jusqu'à la fureur. Les yeux dont les prunelles sont bleues sont naturellement les plus doux, parce que l'opposition y est moins tranchée avec le blanc de la conjonctive; mais ils sont les plus terribles de tous dans la colère , par un contraste moral qui nous fait regarder comme les plus dangereux de tous les objets, ceux qui nous promettent du mal après nous avoir fait espérer du bien. C'est donc à ceux qui les ont de prendre bien garde à ne pas être infidèles à ce caractère de bienveillance que leur a donné la nature; car des yeux bleus expriment par leur couleur je ne sais quoi de céleste.

Quant aux mouvements des muscles du visage , ils sont très -difficiles à décrire, quoique je sois persuadé qu'on en peut expliquer les lois. Si quelqu'un tente de le faire, il faut nécessairement qu'il les rapporte à des affections morales. Ceux de la joie sont horizontaux , comme si , dans le bonheur, l'ame voulait s'étendre. Ceux du chagrin sont perpendiculaires, comme si, dans le malheur, elle cherchait un refuge vers le ciel , ou dans le sein de la terre. Il faut encore y faire entrer les altéra-

DE LA NATURE. l6l

lions des couleurs et les contractions des formes , et on y reconnaîtra au moins la vérité du principe que nous avons posé, que l'expression du plaisir est dans l'harmonie des contraires, qui se confondent les uns dans les autres, en couleurs, en formes et en mouvements , et que celle de la dou^ leur est dans la violence de leurs oppositions. Les yeux seuls ont des mouvements ineffables; et il est remarquable que, dans les émotions extrêmes, ils se couvrent de larmes , et semblent par là avoir encore une analogie avec l'astre de la lumière , qui, dans les tempêtes, se voile de nuages pluvieux.

Les organes principaux des sens, qui sont au nombre de quatre dans la tête , ont des contrastes particuliers qui détachent leurs formes sphériques par des formes radiées , et leurs couleurs éclatantes par des teintes rembrunies. Ainsi , l'organe brillant de la vue est contrasté par les sourcils; ceux de l'odorat et du goût, par les moustaches; celui de l'ouïe , par cette partie de la chevelure , qu'on appelle y^^^om, qui sépare les oreilles du visage; et le visage lui-même est distingué du reste de la tête, par la barbe et par les cheveux.

Nous n'examinerons pas ici les autres proportions de la figure humaine, dans la forme cylindrique du cou, opposée au sphéroïde de la tête et à la surface plane de la poitrine; les formes hémisphériques du sein, qui contrastent avec celle-ci, ainsi que les pyramides cylindriques des bras et des doigts avec l'omoplate des épaules; ni les con-

Page 1