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DES CONCERTS

Le concert est un ordre formé de plusieurs harmonies de divers genres. 11 diffère de l'ordre simple, en ce que celui-ci n'est souvent qu'une suite d'harmonies de la même espèce.

Chaque ouvrage particulier de la nature présente, en différents genres, des harmonies, des consonnances, des contrastes, et forme un véritable concert. C'est ce que nous développerons dans l'Etude des plantes. Nous pouvons remarquer, dès à présent, au sujet de ces harmonies el de ces contrastes , que les végétaux dont les fleurs ont le moins d'éclat, sont habités par les animaux

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dont les couleurs sont les plus brillantes; et au contraire, que les végétaux dont les fleurs sont les plus colorées servent d'asile aux animaux les plus rembrunis. C'est ce qui est évident dans les pays situés entre les tropiques, dont les arbres et les herbes, qui ont peu de fleurs apparentes, nourrissent des oiseaux, des insectes, et jusqu'à des singes qui ont les plus vives couleurs. C'est dans les terres de l'Inde que le paon étale son magnifique plumage sur des buissons dont la verdure est brûlée par le soleil; c'est dans les mêmes clipiats que les aras, les loris, les perroquets émaillés de mille couleurs , se perchent sur les rameaux gris des palmiers, et que des nuées de petites perruches, vertes comme des émeraudes, viennent s'abattre sur l'herbe des campagnes jaunie par les longues ardeurs de l'été. Dans nos pays tempérés , au contraire , la plupart de nos oiseaux ont des couleurs ternes, parce que la plupart de nos végétaux ont des fleurs et des fruits vivement colorés. Il est très- remarquable que ceux de nos oiseaux et de nos insectes qui ont des couleurs vives , habitent, pour l'ordinaire, des végétaux sans fleurs apparentes. Ainsi, le coq de bruyère brille sur la verdure grise des pins, dont les pommes lui servent de nourriture. Le chardonneret fait son nid dans le rude chardon à bonnetier. La plus belle de nos chenilles , qui est marbrée d'écarlate , se trouve sur une espèce de tithymale qui croît, pour l'or-^ dinaire , dans les sables et dans les grés de la foret de Fontainebleau. Au contraire, nos oiseaux,

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à teintes rembrunies, habitent des arbrisseaux à fleurs éclatantes. Le bouvreuil , à tête noire , fait son nid dans l'épine blanche, et cet aimable oiseau consonne et contraste encore très-agréablement avec cet arbrisseau épineux, par son poitrail ensanglanté et par la douceur de son chant. Le rossignol, au plumage brun, aime à se nicher dans le rosier , suivant la tradition des poètes orientaux , qui ont fait de jolies fables sur les amours de ce mélancolique oiseau pour la rose. Je pourrais offrir ici une multitude d'autres harmonies semblables , tant sur les animaux de notre pays , que des pays étrangers. J'en ai recueilli un .assez grand nombre; mais j'avoue qu'elles sont trop incomplètes pour que j'en puisse former le concert entier d'une plante. J'en dirai cependant quelque chose de plus étendu à l'article des végétaux. Je ne citerai ici qu'un exemple , qui prouve incontestablement l'existence de ces lois harmoniques de la nature : c'est qu'elles subsistent dans les lieux même qui ne sont pas vus du soleil. On trouve toujours , dans les souterrains de la taupe, des débris d'ognons de colchique, auprès du nid de ses petits. Or, qu'on examine toutes les plantes qui ont coutume de croître dans nos prairies, on n'en verra point qui aient plus d'harmonies et de contrastes avec la couleur noire de la taupe , que les fleurs blanches , purpurines et liliacées du colchique. Le colchique donne encore un puissant moyen de défense à la faible taupe, contre le chien son ennemi naturel, qui quête toujours après elle dans les prairies; car

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celte piaule reinpoisoniie s'il en mange. Voilà pourquoi on appelle aussi le colchique, tue -chien, La laupe trouve donc des vivres pour ses besoins , et une protection contre ses ennemis , dans le colchique, ainsi que le bouvreuil dans l'épine blanche. Ces harmonies ne sont pas seulement des objets très-agréables de spéculation ; on en peut tirer une foule d'utilités : car il s'ensuit, par exemple, de ce que nous venons de dire, que, pour attirer des bouvreuils dans un bocage , il faut y planter de l'épine blanche , et que , pour chasser les taupes d'une prairie, il n'y a qu'à y détruire les ognons de colchique.

Si l'on ajoute à chaque plante ses harmonies

élémentaires , telles que celles de la saison où elle

paraît, du site où elle végète; les effets des rosées

et les reflets de la lumière sur son feuillage ; les

mouvements qu'elle éprouve par l'action des vents ;

ses contrastes et ses consonnances avec d'autres

plantes et avec les quadrupèdes, les oiseaux et les

insectes qui lui sont propres , on verra se former

autour d'elle un concert ravissant dont les accords

nous sont encore inconnus. Ce n'est cependant

qu'en suivant cette marche qu'on peut parvenir à

jeter un coup-d'œil dans l'immense et merveilleux

édifice de la nature. J'exhorte les naturalistes, les

amateurs des jardins , les peintres , les poètes

mêmes à l'étudier ainsi , et à puiser à cette source

intarissable de goût et d'agrément. Ils verront de

nouveaux mondes se présenter à eux ; et sans sortir

de leur horizon, ils feix)nt des découvertes plus

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curieuses que n'en renferment nos livres et nos cabinets , où les productions de l'univers sont morcelées et séquestrées dans les petits tiroirs de nos systèmes mécaniques.

Je ne sais maintenant quel nom je dois donner aux convenances que ces concerts particuliers ont avec l'homme. Il est certain qu'il n'y a point d'ouvrage de la nature qui ne renforce son concert particulier , ou , si l'on veut , son caractère naturel , par l'habitation de l'homme, et qui n'ajoute, à son tour, à l'habitation de l'homme , quelque expression de grandeur , de gaieté , de terreur ou de majesté. Il n'y a point de prairie qu'une danse de bergères ne rende plus riante , ni de tempête que le naufrage d'une barque ne rende plus terrible. La nature élève le caractère physique de ses ouvrages à un caractère moral sublime, en les réunissant autour de l'homme. Ce n'est pas ici le lieu de m'occuper de ce nouvel ordre de sentiments. Il me suffira d'observer que, non-seiilcment elle emploie des concerts particuliers pour exprimer en détail les caractères de ses ouvrages; mais que, quand elle veut exprimer ces mêmes caractères en grand, elle rassemble une multitude d'harmonies et de contrastes du môme genre , pour en former un concert général qui n'a qu'une seule expression , quelque étendu que soit le champ de son tableau.

Ainsi , par exemple , pour exprimer le caractère malfaisant d'une plante vénéneuse , elle y rassemble des oppositions heurtées de formes et de couleurs , qui sont des signes de malfaisance; telles que les

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formes rentrantes et hérissées, les couleurs livides, les verts âtres et frappés de blanc et de noir , les odeurs virulentes.... Mais quand elle veut caractériser des paysages entiers qui sont malsains, elle y réunit une multitude de dissonances semblables. L'air y est couvert de brouillards épais; les eaux ternies- n'y exhalent que des odeurs nauséabondes; il ne croît , sur les terres putréfiées , que des végétaux déplaisants, tels que le dracunculus, dont la fleur présente la forme, la couleur et l'odeur d'un ulcère. Si quelques arbres s'élèvent dans cette atmosphère nébuleuse, ce ne sont que des ifs, dont les troncs rouges et enfumés semblent avoir été incendiés, et dont le noir feuillage ne sert d'asile qu'aux hiboux. Si l'on voit quelques autres animaux chercher des retraites sous leurs ombres, ce sont des cent -pieds couleur de sang, ou des crapauds qui se traînent sur le sol humide et pourri. C'est par ces signes, ou par d'autres équivalents, que la nature écarte l'homme des lieux nuisibles.

Veut-elle lui donner sur la mer le signal d'une tempête? comme elle a opposé, dans les bétes féroces , le feu des yeux à l'épaisseur des sourcils , les bandes et les marbrures dont elles sont peintes, à la couleur fauve de leur peau , et le silence de leurs mouvements aux rugissements de leurs voix; elle rassemble de même , dans le ciel et sur les eaux , une multitude d'oppositions heurtées, qui annoncent de concert la destruction. Des nuages sombres traversent les airs en formes horribles de dragons. On y voit jaillir çà et là le feu pâle des éclairs. Le

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bruit du tonnerre, qu'ils portent dans leurs flancs, retentit comme le rugissement du lion céleste : Tastre du jour, qui paraît à peine à travers leurs voiles pluvieux et multipliés, laisse échapper de longs rayons d'une lumière blafarde. La surface plomblée de la mer se creuse et se sillonne de larges écumes blanches. De sourds gémissements semblent sortir de ses flots. Les noirs écueils blanchissent au loin , et font entendre des bruits affreux, entrecoupés de lugubres silences. La mer , qui les couvre et les découvre tour-à-tour, fait apparaître à la lumière du jour leurs fondements caverneux. Le lumme de Norwège se perche sur la pointe de leurs rochers , et fait entendre ses cris alarmant3 , semblables à ceux d'un homme qui se noie. L'orfraie marine s'élève au haut des airs, et n'osant s'abandonner à l'impétuosité des vents, elle lutte, en jetant des voix plaintives, contre la tempête qui fait ployer ses ailes. La noire procellaria voltige en rasant l'écume des flots , et cherche au fond de leurs mobiles vallées des abris contre la fureur des vents. Si ce petit et faible oiseau aperçoit un vaisseau au milieu de la mer, il vient se réfugier le long de sa carène; et, pour prix de l'asile qu'il lui demande, il lui annonce la tempête avant qu'elle arrive.

La nature proportionne toujours les signes de destruction à la grandeur du danger. Ainsi, par exemple , les signes de tempête du cap de Bonne- Espérance surpassent en beaucoup de points ceux de nos côtes. Il s'en faut bien que le célèbre Vernet, qui nous a offert tant de tableaux effrayants

de la mer, nous en ait peint toutes les horreurs. Chaque tempête a son caractère particulier dans chaque parage : autres sont les tempêtes du cap de Bonne-Espérance et celles du cap Horn , de la mer Baltique et de la Méditerranée , du banc de Terre-Neuve et de la côte d'Afrique. Elles diffèrent encore suivant les saisons , et même suivant les heures du jour. Celles de l'été ne sont point les mêmes que celles de l'hiver ; et autre est le spectacle d'une mer irritée, luisante en plein midi sous les rayons du soleil, et celui de la même mer éclairée, au milieu de la nuit, d'un seul coup de tonnerre. Mais vous reconnaissez, dans toutes, les oppositions heurtées dont j'ai parlé.

J'ai remarqué une chose dans les tempêtes du cap de Bonne -Espérance, qui appuie admirablement tout ce que j'ai avancé jusqu'ici sur les principes de la discorde et de l'harmonie , et qui peut faire naître de profondes réflexions à quelqu'un de plus habile que moi. C'est que la nature accompagne souvent les signes du désordre qui bouleverse ses mers, par des expressions agréables d'harmonie qui en redoublent l'horreur. Ainsi , par exemple , dans les deux tempêtes que j'y ai essuyées, je n'y ai point vu le ciel obscurci par de sombres nuages , ni ces nuages sillonnés par le feu alternatif des éclairs; ni une mer sale et plombée, comme dans les tempêtes de nos climats. Le ciel , au contraire, y était d'un bleu fin , et la mer azurée; il n'y avait d'autres nuages en l'air que de petites fumées rousses, obscures à leur centre, et éclairées sur

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leurs bords de l'éclat jaune du cuivre poli. Elles partaient d'un seul point de l'horizon , et traversaient le ciel avec la rapidité d'un oiseau. Quand le tonnerre brisa notre grand mât, au milieu de la nuit, il ne roula point et ne fit d'autre bruit que celui d'un canon qu'on aurait tiré prés de nous. Deux autres coups qui avaient précédé celui-ci n'en avaient pas fait davantage. C'était au mois de juin , c'est-à-dire dans l'hiver du cap de Bonne- Espérance. J'y éprouvai une autre tempête en repassant dans le mois de janvier, qui est le milieu de l'été de ce pays-là. Le fond du ciel en était blei^ comme dans la première, et on ne voyait que cinq ou six nuages sur l'horizon ; mais chacun d'eux , blanc, noir, caverneux, et d'une grandeur énorme, ressemblait à une portion des Alpes suspendue en l'air. Celle-ci était bien moins violente que l'autre, avec ses petites fumées rousses. Dans toutes les deux, la mer était azurée comme le ciel; et sur les crêtes de ses grands flots, hérissés en jets d'eaux, se formaient des -arcs-en-ciel trés-colorés. Ces tempêtes, au milieu de la lumière , sont plus affreuses qu'on ne le peut dire. L'ame se trouble de voir des signes de calme , devenus des signes de tempête ; l'azur dans les cieux, et l'arc -en -ciel sur les flots. Les principes de l'harmonie paraissent bouleversés; la nature semble s'y revêtir d'un caractère perfide , et couvrir la fureur sous les apparences de la bienveillance. Les écueils de ces parages ont les mêmes contrastes. Jean-Hugues Linschoten, qui vit de près ceux de la Juive, dans le canal Mozam-

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bique , contre lesquels il pensa périr, dit qu'ils sont hideux à voir, étant noirs, blancs et vcuts. Ainsi la nature augmente les caractères de la terreur, en y mêlant des expressions agréables.

Il y a encore en ceci quelque chose d'essentiel h observer ; c'est qu'elle met , dans les grandes scènes d'épouvante, le terrible de près, et l'agréable au loin, le bouleversement sur la mer, et la sérénité dans le ciel. Elle donne ainsi une grande extension au sentiment du désordre; car on ne prévoit point de fin à de pareilles tempêtes. Tout dépend de la première impulsion que nous éprouvons. Le sentiment de l'infini qui est en nous, et qui veut toujours se propager au loin, cherche à fuir le mal physique qui l'environne; mais repoussé, en quelque sorte , par la sérénité de l'horizon trompeur, il revient sur lui-même et donne plus de profondeur aux affections pénibles qu'il éprouve , dont la source lui paraît invariable. Tel est le géant des tempêtes, que la nature avait placé à l'entrée des mers de l'Inde, et que le Camoëns a si bien décrit. La nature produit dès effets contraires dans nos climats ; car elle redouble, l'hiver, notre repos dans nos maisons , en couvrant le ciel dé nuées sombres et pluvieuses. Tout dépend de la première impulsion que reçoit l'ame. Lucrèce a eu raison de dire que notre plaisir et notre sécurité augmentent sur le rivage à la vue d'une tempête. Ainsi, un peintre qui voudrait renforcer , dans un tableau , l'agrément d'un paysage et le bonheur de ses habitants, n'aurait qu'à représenter au loin un vaisseau battu

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par les vents et par une mer irritée; le bonheur des bergers y redoublerait par le malheur des matelots. Mais s'il voulait au contraire augmenter l'horreur d'une tempête , il faudrait qu'il opposât au malheur des matelots le bonheur des bergers, et qu'il mît le vaisseau entre le spectateur et le paysage. Le premier sentiment dépend de la première impulsion ; et le fond contrastant de la scène , loin de le dénaturer, ne fait que lui donner plus d'énergie en le répercutant sur lui-même. Ainsi on peut, avec les mêmes objets placés diversement, produire des effets directement opposés.

Si la nature , en plaçant quelques harmonies agréables dans des scènes de discorde , en redouble la confusion , telles que la couleur verte dans les écueils de la Juive, ou l'azur dans les tempêtes du Cap , elle jette souvent quelque discordance dans ses concerts les plus aimables, pour en relever l'agrément. Ainsi, une chute d'eau bruyante qui se précipite dans une tranquille vallée, ou un âpre et noir rocher qui s'élève au milieu d'une plaine de verdure, ajoute à la beauté d'un paysage. C'est ainsi qu'un signe sur un beau visage le rend plus piquant. D'habiles artistes ont imité heureusement ces contrastes harmoniques. Quand Callot a voulu redoubler l'horreur de ses scènes infernales, il a mis, au milieu de leurs démons, la tête d'une jolie femme sur la carcasse d'un animal. Au contraire, de fameux peintres, chez les Grecs, pour rendre Vénus plus intéressante, la représentaient avec les yeux un peu louches.

La nature n'emploie d'alTreux contrastes que pour éloigner Thoinme de quelque site périlleux. Dans tout le reste de ses ouvrages , elle ne rassemble que des médium harmoniques. Je ne m'engagerai pas dans l'examen de leurs divers concerts; c'est un sujet d'une richesse inépuisable. 11 suffit à mon ignorance d'avoir indiqué quelques-uns de leurs principes. Cependant j'essaierai de tracer une légère esquisse de la manière dont elle harmonie nos moissons, qui, étant les ouvrages de notre agriculture, semblent livrées à la monotonie qui caractérise la plupart des ouvrages de l'homme.

Il est d'abord remarquable que nous y trouve^ rons cette charmante nuance de vert, qui naît de l'alliance de deux couleurs primordiales opposées^ qui sont le jaune et le bleu. Cette couleur harmonique se décompose à son tour par une autre métamorphose, vers le temps de la moisson, en trois couleurs primordiales , qui sont le jaune des blés , le rouge des coquelicots, et l'azur des bluets. Ces deux plantes se trouvent toujours dans les blés de l'Europe, quelque soin que les laboureurs prennent de les sarcler et de les vanner. Elles forment, par leur harmonie, une teinte pourpre très-riche, qui se détache admirablement sur la couleur fauve des moissons. Si on étudie ces deux plantes à part, on trouvera entre elles beaucoup de contrastes particuliers ; car le bluet a ses feuilles menues, et le pavot les a larges et découpées : le bluet a les corolles de ses fleurs rayonnantes et d'un bleu tendre, et le pavot a les siennes larges et d'un rouge foncé :

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le bluet jette ses tiges divergentes, et le pavot les porte droites. On trouve encore dans les blés la nielle qui s'élève à la hauteur de leurs épis, avec de jolies fleurs purpurines en trompette; et le convolvulus à fleurs couleur de chair, qui grimpe autour de leurs chalumeaux, et les entoure de verdure comme des thyrses. H y a encore plusic^urs autres végétaux qui ont coutume d'y croître et d'y former d'agréables contrastes; la plupart exhalent de douces odeurs , et quand le vent les agite , vous diriez , à leurs ondulations , d'une mer de verdure et de fleurs. Joignez -y un certain frissonnement d'épis fort agréable, qui invite au sommeil par un doux murmure.

Ces aimables forêts ne sont pas sans habitants. On voit courir, sous leurs ombrages^ le scarabée vert, à raies d'or, et le monocéros, couleur de café brûlé. Ce dernier insecte se plaît dans les fumiers de cheval, et il porte sur sa tête un soc dont il remue la terre comme un laboureur. Il y a encore plusieurs contrastes charmants dans les mouches et les papillons qui sont attirés par les fleurs des moissons , et dans les mœurs des oiseaux qui les habitent. L'hirondelle voyageuse plane sans cesse à leur surface ondoyante, comme sur un lac, tandis que l'alouette sédentaire s'élève à pic audessus d'elles, en chantant à la vue de son nid. La perdrix domiciliée et la caille passagère y nourrissent également leurs petits. Souvent un lièvre place son gîte dans leur voisinage, et y broute en paix les laiterons.

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Ces animaux ont avec l'homme des relations d'utilité, par leur fécondité et leurs fourrures. Il est remarquable qu'on les trouve dans toutes les moissons de l'Europe, et que leurs espèces sont variées comme les différents sites que l'homme devait habiter; car il y a des espèces différentes de cailles, de perdrix, d'alouettes, d'hirondelles et de lièvres , pour les plaines , les montagnes , les landes, les prairies, les forets et les rochers.

Quant aux blés, ils ont des rapports innombrables avec les besoins de l'homme et de ses animaux domestiques. Ils ne sont ni trop hauts ni trop bas pour sa taille. Ils sont faciles à manier et à recueillir. Ils donnent des grains à sa poule, du son à son porc, du fourrage et des litières à son cheval et à son bœuf. Chaque plante qui y croît a des vertus particulièrement assorties aux maladies auxquelles les laboureurs sont sujets. Le pavot des champs guérit la pleurésie ; il procure le sommeil; il apaise les hémorrhagies et les crachements de sang. Lebluet est diurétique, vulnéraire, cordial et rafraîchissant; il guérit les piqûres des bêtes venimeuses et l'inflammation des yeux. Ainsi un laboureur trouve toute sa pharmacie dans ses guéréts.

La culture des blés lui présente bien d'autres concerts agréables avec la vie humaine. Il connaît, à leurs ombres , les heures du jour, à leurs accroissements, les rapides saisons; et il ne compte ses années fugitives que par leurs récoltes innocentes. Il ne craint point, comme dans les villes, un hymen infidèle, ou une postérité trop nombreuse.

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Ses travaux sont toujours surpassés par les bienfaits de la nature. Dés que le soleil est au signe de la Vierge, il rassemble ses parents, il invite ses voisins; et dés l'aurore, il entre avec eux, la faucille à la main, dans ses blés mûrs. Son cœur palpite de joie en voyant ses gerbes s'accumuler, et ses enfants danser autour d'elles, couronnés de bluets et de coquelicots: leurs jeux lui rappellent ceux de son premier âge, et la mémoire de ses vertueux ancêtres, qu'il espère revoir un jour dans un monde plus heureux. 11 ne doute pas qu'il n'y ait un Dieu, à la vue de ses moissons; et aux douces époques qu'elles ramènent a son souvenir, il le remercie d'avoir lié la société passagère des hommes par une chaîne éternelle de bienfaits.

Prés fleuris, majestueuses et murmurantes forets, fontaines moussues, sauvages rochers fréquentés de la seule colombe, aimables solitudes, qui nous ravissez par d'ineffables concerts; heureux qui pourra lever le voile qui couvre vos charmes secrets ! mais plus heureux encore celui qui peut les goûter en paix dans le patrimoine de ses pères!

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