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duc de Bourgogne , archevêque , homme de qualité, et qu'on l'appelait Monseigneur. Nous sommes bien convaincus de l'existence de Dieu par les arguments de Fénélon , parce que son crédit nous en donne à nous-mêmes. Je ne dis pas cependant que sa vertu n'ajoute quelque degré d'autorité à ses preuves, mais c'est en tant qu'elle est liée avec sa réputation et sa fortune; car, si nous rencontrons cette même vertu dans un porteur d'eau, elle devient nulle pour nous. Il aura beau nous fournir des preuves de l'existence de Dieu, plus fortes que toutes les spéculations de la philosophie, dans une vie méprisée, dure, pauvre, remplie de probité et de constance , et dans une résignation parfaite à la volonté suprême; ces témoignages si positifs sont de nulle considération pour nous; nous ne leur trouvons d'importance que quand ils acquièrent de la célébrité. Que quelque empereur s'avise d'embrasser la philosophie de cet homme obscur, ses maximes vont être louées dans tous les livres, et citées dans toutes les thèses; leur auteur sera gravé en estampes, et mis en petits bustes de plâtre sur toutes les cheminées; ce sera Épictète , Socrate , ou J.-J. Rousseau. Mais il arrive un siècle où s'élèvent des hommes avec autant de réputation que ceux-là , honorés par des princes puissants à qui il importe qu'il n'y ait pas de Dieu , et qui , pour faire la cour à ces princes , nient son existence; par le même effet de notre éducation qui nous faisait croire en Dieu, sur la foi de Fénélon, d'Épictète, de Socrate et de J.-J.
Rousseau, nous n'y croyons plus sur celle d'hommes aussi considérés, et qui sont encore plus prés de nous. Ainsi nous mène notre éducation ; elle nous dispose également à prêcher l'Évangile ou l'Alcoran, suivant l'intérêt que nous y trouvons.
C'est de là qu'est née cette maxime si universelle et si pernicieuse : Primo vwere ^ deinde philosophari. « Premièrement vivre, chercher ensuite la <( sagesse. » Tout homme qui n'est pas prêt à donner sa vie pour la trouver, n'est pas digne de la connaître. C'est avec bien plus de raison que Juvénal a dit :
Summum crede nefas vitam prœferre pudori , Et propter vitam, vivendi perdere causas.
« Croyez que le plus grand des crimes est de préférer la vie à » l'honnêteté, et de perdre, pour l'amour de la vie , la seule raison o que nous ayons de vivre. »
Je ne parle pas des autres préjugés qui s'opposent à la recherche de la vérité , tels que ceux de l'ambition qui portent chacun de nous à se distinguer; ce qui ne peut guère se faire que de deux façons , ou en renversant les maximes les plus vraies et les mieux établies, pour y substituer les nôtres, ou en cherchant à plaire à tous les partis, en réunissant les opinions les plus contradictoires; ce qui, dans les deux cas, multiplie les branches de l'erreur à l'infini. La vérité éprouve encore une multitude d'autres obstacles de la part des hommes puissants à qui l'erreur est profitable. Je ne m'ar-
réterai qu'à ceux qui tiennent à la faiblesse de notre raison, et j'examinerai leur influence sur nos connaissances naturelles.
11 est aisé d'apercevoir que la plupart des lois que nous avons données à la nature , ont été tirées , tantôt de notre faiblesse, et tantôt de notre orgueil. J'en prendrai quelques-unes, au hasard, parmi celles que nous regardons comme les plus certaines. Par exemple, nous avons jugé que le soleil devait être au centre des planètes pour en diriger le mouvement , parce que nous sommes obligés de nous mettre au centre de nos affaires pour y avoir l'œil. Mais si , dans les sphères célestes , le centre appartient naturellement aux corps les plus considérables, comment se fait-il que Saturne et Jupiter, qui sont beaucoup plus gros que notre globe, soient à l'extrémité de notre tourbillon ?
Comme la route la plus courte est celle qui nous fatigue le moins, nous avons conclu de même que ce devrait être celle de la nature. En conséquence, pour épargner au soleil environ cent quatre-vingtdix millions de lieues qu'il devrait parcourir, chaque jour, pour nous éclairer, nous faisons tourner la terre sur son axe. Cela peut être ainsi; mais si la terre tourne sur elle-même , il doit y avoir une grande différence dans l'espace que parcourent deux boulets de canon tirés en même temps, l'un vers l'orient , et l'autre vers l'occident ; car le premier va avec le mouvement de la terre , et le second va en sens contraire. Pendant qu'ils sont tous
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deux en l'air, et qu'ils s'éloignent l'un de l'autre, en parcourant chacun six mille toises par minute, la terre, pendant la même minute, devance le premier, et s'éloigne du second, avec une vitesse qui lui fait parcourir seize mille toises; ce qui doit mettre le point de leur départ à vingt-deux mille toises en arrière du boulet qui va à l'occident , et à dix mille toises en avant de celui qui va vers l'orient.
J'ai proposé cette objection à un habile astronome qui en fut presque scandalisé. Il me répondit, suivant la coutume de nos docteurs, qu'elle avait déjà été faite, et qu'on y avait répondu. Enfin, comme je le priai d'avoir pitié de mon ignorance , et de me donner quelque solution, il me cita l'expérience prétendue d'une balle qu'on laisse tomber du haut du mât d'un vaisseau à la voile , et qui retombe précisément au pied du mât, malgré la course du vaisseau. « La terre, me dit-il, emporte « de même dans son mouvement de rotation les (( deux boulets. Si on les tirait perpendiculaire- (( ment , ils retomberaient précisément au point (( d'où ils sont partis. » Comme les axiomes ne coûtent rien , et qu'ils servent à trancher toutes sortes de difficultés, il ajouta celui-ci : « Le mouvement (( d'un grand corps absorbe celui d'un petit. » Si cet axiome est véritable, lui répondis -je, la balle tombée du haut du mât d'un vaisseau à la voile, ne doit pas retomber au pied du mât; son mouvement doit être absorbé , non par celui du vaisseau, mais par celui de la terre, qui est un bien plus
grand corps : elle doit obéir uniquement à la direction de la pesanteur; et par la même raison , la terre doit absorber le mouvement du boulet qui va avec elle vers l'orient, et le faire rentrer dans le canon d'où il est sorti.
Je ne voulus pas pousser plus loin cette difficulté; mais je restai, comme il m'est souvent arrivé après les solutions les plus lumineuses de nos écoles, encore y^\\xs perplexe que je ne l'étais auparavant. Je doutais non-seulement d'un système et d'une expérience, mais qui pis est, d'un axiome. Ce n'est pas que je n'adopte notre système planétaire tel qu'on nous le donne ; mais c'est par la raison qui l'a peut-être fait imaginer : c'est parce qu'il est le plus convenable à la faiblesse de mon corps et de mon esprit. Je trouve , en effet , que la rotation de la terre épargne, chaque jour, bien du chemin au soleil : d'ailleurs je ne crois pas du tout que ce système soit celui de la nature , et qu'elle ait révélé les causes du mouvement des astres à des hommes qui ne savent pas comment se remuent leurs doigts.
Voici encore quelques probabilités en faveur du mouvement du soleil autour de la terre. « Les as- <( tronomes de Greenwich , ayant découvert qu'une « étoile du Taurus a une déclinaison de deux mi- « nutes chaque vingt -quatre heures; que cette « étoile n'étant point nébuleuse, et n'ayant point ^( de chevelure , ne peut être regardée comme co- (( mète , ont communiqué leurs observations aux « astronomes de Paris , qui les ont trouvées exactes.
« M. Messier doit en faire le rapport à l'Acaclémie (( des sciences, à la première assemblée*. »
Si les étoiles sont des soleils , voilà donc un soleil qui se meut, et son mouvement doit être une présomption pour le mouvement du nôtre.
On peut, d'un autre côté, présumer la stabilité de la terre , en ce que la distance entre les étoiles ne change point par rapport à nous , ce qui devrait arriver d'une manière sensible , si nous parcourions dans un an , comme on le dit, un cercle de soixantequatre millions de lieues de diamètre dans le ciel ; car, dans un si long espace, nous nous approcherions des unes , et nous nous éloignerions des autres.
Soixante-quatre millions de lieues ne sont, diton , qu'un point dans le ciel , par rapport à la distance qui est entre les étoiles. J'en doute. Le soleil , qui est un million de fois plus gros que la terre, n'a plus qu'un demi -pied de diamètre apparent , à trente-deux millions de lieues de nous. Si cette distance réduit à un si petit diamètre un si grand corps , il ne faut pas douter que celle de soixante -quatre millions de lieues ne le diminuât bien davantage , et ne le réduisît peut-être à la grandeur d'une étoile ; et il y a grande apparence que si , lorsqu'il serait réduit à cette petitesse , nous nous en éloignions encore de soixante-quatre millions de lieues, il disparaîtrait tout-à-fait. Comment se fait -il donc que lorsque la terre s'approche ou s'éloigne , de cette distance , des étoiles du firmament, en parcourant
Courrier de l'Europe , vendredi 4 mai 1781.
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son cercle annuel, aucune de ces étoiles n'augmente ou ne diminue de grandeur par rapport à nous?
Voici, de plus, quelques observations qui prouveront au moins que les étoiles ont des mouvements qui leur sont propres. Les anciens astronomes ont observé , dans le cou de la Baleine , une étoile qui avait beaucoup de variété dans ses apparitions : tantôt elle paraissait pendant trois mois, tantôt pendant un plus long intervalle , et on la voyait tantôt plus petite , et tantôt plus grande. Le temps de ses apparitions n'était point réglé. Les mêmes astronomes rapportent qu'ils ont vu une nouvelle étoile dans le cœur du Cygne, qui disparaissait de temps en temps. En j6oo, elle était égale à une étoile de la première grandeur; elle diminua peu à peu, et enfin elle disparut. M. Cassini Fa aperçue en i655. Elle augmenta successivement pendant cinq ans; ensuite elle diminua, et on ne la revit plus. En 1670, une nouvelle étoile se montra proche de la tête du Cygne. Elle fut observée par le P. Anselme, chartreux , et par plusieurs astronomes. Elle disparut, et on la revit en 1672. Depuis ce temps-là , on ne Ta plus vue qu'en 1 709 ; et en 1713, elle a tout-à-fait disparu. Ces exemples prouvent que non-seulement les étoiles ont des mouvements , mais qu'elles décrivent des courbes bien différentes des cercles et des ellipses que nous avons enseignés aux corps célestes. Je suis persuadé qu'il y a entre ces mouvements la même variété qu'entre ceux de plusieurs corps sur la terre ;
et qu'il y a des étoiles qui décrivent des cycloïdes, des spirales, et plusieurs autres courbes dont nous n'avons pas même d'idée *.
Je n'en dirai pas davantage, de peur de paraître plus instruit des affaires du ciel que des nôtres. Je n'ai voulu exposer ici que mes doutes et mon ignorance. Si les étoiles sont des soleils, il y a donc des soleils qui sont en mouvement, et le nôtre pourrait fort bien se mouvoir comme eux ^
C'est ainsi que nos maximes générales deviennent des sources d'erreurs; car nous ne manquons pas d'assigner le désordre, là où nous n'apercevons plus notre ordre prétendu. Celle que j'ai citée précédemment, qui est que la nature prend dans ses opérations la voie la plus courte, a rempli notre physique d'une multitude de vues fausses. Il n'y en a pas cependant de plus contredite par l'expérience. La nature fait serpenter, sur la terre, l'eau des rivières , au lieu de la faire couler en ligne droite ; elle fait faire aux veines de grands détours dans le corps humain , et elle a percé même exprès des os, afin que quelques-unes des veines principales passassent dans l'épaisseur des membres , et qu'elles ne fussent pas exposées à être blessées par des chocs extérieurs. Enfin elle développe un champignon dans une nuit , et elle ne perfectionne un chêne que dans un siècle. I^a nature prend rarement la voie la plus courte , mais elle prend toujours la plus convenable.
On peut consulter, sur ce sujet, le vu® chapitre de Fouvrage de Maupertuis , sur la figure des astres.
Cette fureur de généraliser nous a fait produire, dans tous les genres, un nombre infini de maximes, de sentences et d'adages qui se contredisent sans cesse. Selon nous, un homme de génie voit tout d'un coup d'oeil , et exécute tout avec une seule loi. Pour moi, je pense que cette sublime manière de voir et d'exécuter, est encore une des plus grandes preuves de la faiblesse de l'esprit humain. Il ne peut marcher à son aise que par une seule route. Dés qu'il en voit plusieurs , il se trouble et se fourvoie ; il ne sait quelle est celle qu'il doit choisir : pour ne pas s'égarer, il n'en admet qu'une; et quand une fois il y est engagé, l'orgueil le mène loin. L'auteur de la nature , au contraire , embrassant dans son intelligence infinie toutes les sphères des êtres , procède à leur production par des lois aussi variées que ses vues inépuisables, pour arriver à un seul but , qui est leur bien général. Quelque mépris que les philosophes aient pour les causes finales, ce sont les seules qu'il nous donne à connaître : il nous a caché tout le reste. Il est bien digne de remarque que le seul but qu'il découvre à notre intelligence soit encore le même que celui qu'il propose à nos vertus.
Une de nos méthodes les plus ordinaires , lorsque nous saisissons quelque effet dans la nature, c'est de nous y arrêter d'abord par faiblesse, et d'en tirer ensuite , par vanité , un principe universel. Si, après cela, on trouve le moyen, qui n'est pas difficile , de lui appliquer un théorème de géométrie, un triangle, une équation , seulement un
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a-^b^ en voilà assez pour le rendre à jamais vénérable. C'est ainsi que , le siècle passé , on expliquait tout par la philosophie corpusculaire, parce qu'on s'était aperçu que quelques corps se formaient par intus-susception ou par agrégation de parties. Un peu d'algèbre qu'on y avait joint lui avait donné d'autant plus de dignité , que la plupart des raisonneurs de ce temps -là n'y entendaient rien du tout. Mais comme elle était mal rentée , elle n'a pas subsisté. On ne parle seulement pas aujourd'hui d'une foule de savants et d'illustres , que l'Europe comblait alors d'éloges.
D'autres , ayant trouvé que l'air pesait , se sont misa prouver, avec toutes sortes de machines, que l'air avait du poids. Nos livres ont rapporté tout à la pesanteur de l'air, végétation, tempérament de l'homme, digestion, circulation du sang, phénomènes, ascension des fluides. Il est vrai qu'on s'est trouvé un peu embarrassé par les tuyaux capillaires, où l'eau monte indépendamment de l'action de l'air. Mais tout cela s'explique aussi ; et malheur, comme disent quelques écrivains , à ceux qui ne les entendent pas ! D'autres se sont occupés de son élasticité, et ont expliqué également bien , par son ressort, toutes les opérations de la nature. Chacun s'est écrié que son voile était levé, que nous l'avions prise sur le fait. Mais un Sauvage , qui marchait contre le vent , ne savait-il pas que l'air avait du poids et du ressort ? N'employait-il pas ces deux qualités, lorsqu'il voguait à la voile dans sa pirogue ? A la bonne heure si nous appliquions les ef-
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fets naturels, bien calculés et bien vérifiés, aux besoins de notre vie; mais, pour l'ordinaire, c'est à régler les opérations de la nature , et non les nôtres.
D'autres trouvent encore plus commode d'exposer le système du monde, sans en tirer aucune conséquence. Ils lui supposent des lois qui ont tant de justesse et de précision, qu'ils ne laissent plus rien à faire à la Providence divine. Ils représentent Dieu comme un géomètre ou un machiniste, qui s'amuse à faire des sphères pour le plaisir de les faire tourner. Ils n'ont aucun égard aux convenances et aux autres causes intelligentes. Quoique l'exactitude de leurs observations leur fasse honneur, leurs résultats ne satisfont point du tout. Leur manière de raisonner sur la nature ressemble à celle d'un Sauvage qui, considérant dans une de nos villes le mouvement de l'aiguille d'une horloge publique, etvoyant, à certains points qu'elle marque sur le cadran, des cloches s'ébranler, des hommes sortir de leurs maisons, et une partie de la société se mettre en mouvement, supposerait qu'une horloge est le principe de toutes les occupations européennes. C'est le défaut qu'on peut reprocher à la plupart des sciences, qui, sans consulter la fin des opérations de la nature, n'en étudient que les moyens. L'astronomie ne considère plus que le cours des astres, sans faire attention aux rapports qu'ils ont avec les saisons. La chimie ayant trouvé dans l'agrégation des corps , des parties, comme les sels, qui s'assimilaient, ne voit plus
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que des sels pour principe et pour fin *. L'algèbre ayant été inventée pour faciliter les calculs, est devenue une science qui ne calcule que des grandeurs imaginaires, et qui ne se propose que des théorèmes inapplicables aux besoins de la vie.
Il est résulté de là une infinité de désordres plus grands qu'on ne le peut dire. La vue de la nature, qui rappelle aux peuples les plus sauvages, nonseulement l'idée d'un Dieu, mais celle d'une infinité de dieux, nous présente à nous autres des idées de fourneaux, de sphères, d'alambics et de cristallisations. Au moins les Naïades, les Sylvains, Apollon, Neptune, Jupiter, donnaient aux anciens du respect pour les ouvrages de la création, et les attachaient encore à la patrie par un sentiment religieux. Mais nos machines détruisent les harmonies de la nature et de la société. La première n'est plus pour nous qu'un triste théâtre composé de leviers, de poulies, de poids et de ressorts; et la seconde, qu'une école de disputes. Ces systèmes, dit-on, exercent les esprits. Cela pourrait être, s'ils ne les égaraient pas; mais ils n'en dépravent pas moins le cœur. Pendant que l'esprit pose des
Peu de temps après la publication des Etudes , les expériences de Lavoisier changèrent, comme nous l'ayons dit, la face de la chimie. L'eau et l'air furent décomposés ; les gaz prirent la place des sels, et leur théorie servit à tout expliquer. Ainsi , dans les sciences, ce qui est vérité la veille est erreur le lendemain: mais ces •variations, loin de nuire aux raisonnements de l'auteur, doivent servir à les appuyer. La chimie changera encore; les Etudes de la Nature resteront: et si jamais un autre éditeur se croit obligé d'ajouter une note à celle-ci pour marquer les progrès de la physique , il ne fera que donner une nouvelle preuve de l'incertitude des sciences.
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principes, le cœur lire des conséquences. Si tout est l'ouvrage de puissances aveugles, d'attractions, de fermentations, de jeux de fibres, de masses, il faut donc céder à leurs lois, comme tous les autres corps. Des femmes et des enfants en tirent ces conclusions. Que devient alors la vertu? Il faut obéir, dit-on, aux lois de la nature. Il faut donc obéir à la pesanteur; s'asseoir et ne pas marcher. La nature nous parle par cent mille voix. Quelle est celle qui s'adresse à nous? Prendrons-nous pour régler notre vie l'exemple des poissons, des quadrupèdes, des plantes, ou même des corps célestes?
Il y a des métaphysiciens, au contraire, qui, sans avoir égard à aucune loi physique , vous expliquent tout le système du monde avec des idées abstraites. Mais une preuve que leur système n'est pas celui de la nature, c'est qu'avec leurs matériaux et leur méthode , il est fort aisé de renverser leur ordre, et d'en former un tout différent, pour peu qu'on s'en veuille donner la peine. Il en naît même une réflexion bien propre à humilier notre intelligence; c'est que tous ces efforts du génie des hommes, loin de pouvoir bâtir un monde, n'y feraient pas seulement mouvoir un grain de sable.
Il y en a d'autres qui regardent l'état où nous vivons comme un état de ruine et de punition. Ils supposent, d'après des autorités sacrées, que cette terre a existé avec d'autres harmonies. J'admets ce que l'Écriture sainte nous dit à ce sujet, excepté les explications des commentateurs. Telle est la faiblesse de notre raison, que nous ne pouvons
rîen concevoir ni imaginer au-delà de ce que la nature nous montre actuellement. Ainsi ils se trompent beaucoup , par exemple , lorsqu'ils nous disent que, lors*que la terre était dans un état de perfection, le soleil était constamment à l'équateur; qu'il y avait égalité de jours et de nuits, un prin temps perpétuel, des campagnes unies comme des plaines, etc. Si le soleil était constamment à l'équateur, je doute qu'il y eût un seul point sur la terre qui fût habitable. D'abord, la zone torride serait brûlée de ses feux, comme nous l'avons démontré; les deux zones glaciales s'étendraient bien plus loin qu'elles ne le font; les zones tempérées seraient au moins aussi froides vers leur milieu, qu'elles le sont à l'équinoxe de mars, et cette température ne permettrait pas à la plupart des fruits d'y venir en maturité. Je ne sais pas où serait le printemps; mais, s'il était perpétuel quelque part, il n'y aurait jamais là d'automne. Ce serait encore pis, s'il n'y avait ni rochers ni montagnes à la surface du globe; car aucun fleuve ni ruisseau ne coulerait sur la terre. Il n'y aurait ni abri, ni reflet au nord, pour échauffer la germination des plantes; et il n'y aurait point d'ombres ni d'humidité au midi, pour les préserver de la chaleur. Ces dispositions admirables existent actuellement en Finlande, en Suède, au Spitzberg, et sur toutes les terres septentrionales, qui sont d'autant plus chargées de rochers, qu'elles s'avancent vers le nord; et elles se retrouvent encore aux îles Antilles, à l'Ile-de-France, et aux autres îles et terres comprises entre les tropi-
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ques, dont les campagnes sont parsemées de ro^ chers, surtout vers la Ligne, dans l'Ethiopie, dont la nature a couvert le territoire de grands et hauts rochers presque perpendiculaires, qui forment autour d'eux des vallées profondes pleines d'ombre et de fraîcheur. Ainsi, comme nous l'avons dit, pour réfuter nos prétendus plans de perfection, il suffît de les admettre.
Il y a d'autres savants, au contraire, qui ne sortent jamais de leur routine, et qui s'abstiennent de rien voir au-delà, quoiqu'ils soient très-riches en faits : tels sont les botanistes. Ils ont observé des parties sexuelles dans les plantes , et ils sont uniquement occupés à recueillir les fleurs , et à les ranger suivant le nombre de ces parties, sans se soucier d'y connaître autre chose. Quand ils les ont classées dans leur tète et dans leurs herbiers, en ombelles, en roses ou en tubulées, avec le nombre de leurs étamines, si avec cela ils peuvent y joindre quelques noms grecs, ils possèdent, à ce qu'ils pensent, tout le système de la végétation.
D'autres, à la vérité, parmi eux, vont plus loin. Ils en étudient les principes; et, pour en venir à bout, ils les pilent dans des mortiers, ou les décomposent dans leurs alambics. Quand leur opération est achevée, ils vous montrent des sels, des huiles, des terres, et vous disent : Voilà les principes de telle et telle plante. Pour moi, je ne crois pas plus qu'on puisse montrer les principes d'une plante dans une fiole, que ceux d'un loup ou d'un mouton dans une marmite. Je respecte les procé-
<lés mystérieux de ia chimie; mais, lorsqu'elle agit sur les végétaux, elle les détruit. Voici le jugement qu'un habile médecin a porté de ses expériences. C'est le docteur J.-B. Chomel, dans le discours préliminaire de son utile Abrégé de l'Histoire des plantes usuelles*. « Près de deux mille analyses de (( plantes différentes, dit-il, faites par les chimistes (( de l'Académie royale des sciences, ne nous ont (( appris autre chose, sinon qu'on tire de tous les (( végétaux une certaine quantité de liqueurs acides, (( plus ou moins d'huile essentielle ou fétide , de sel « fixe, volatil ou concret, de flegme insipide et de (( terre, et souvent presque les mêmes principes et «en même quantité, de plantes dont les vertus (( sont très-différentes. Ainsi, ce travail très-long (( et très-pénible a été une tentative inutile pour a la découverte des effets des plantes, et n'a servi « qu'à nous détromper des préjugés qu'on pour- (( rait avoir sur les avantages de ces analyses. » Il ajoute que le fameux chimiste Homberg^ ayant semé les mêmes plantes dans deux caisses remplies de terre dessalée par une forte lessive , dont l'une ensuite fut arrosée avec de l'eau commune, et l'autre avec de l'eau où l'on avait dissous du nitre, ces plantes rendirent à peu près les mêmes principes. Ainsi, voilà notre science systématique toutà-fait déroutée; car elle ne peut découvrir les qualités essentielles des plantes, ni par leur composition , ni par leur décomposition.
Il y a bien d'autres erreurs sur les lois de leur