‹ Œuvres complètesChapitre 29 sur 73 · MÉNALQUE, MOPSUS · texte numérisé non relu

MÉNALQUE, MOPSUS

MEZTALQUE.

Profitons) axer Mopsus , des moments pjpécieti Que la fin d un beau jour nous accorde en ces lie Je chante, vous jouez du hautbois avec grâce; Essayons un concert digne des bois de Thrace.

MOPSUS

Ja.suis prêt , cher Ménalque, à chanter avec vous Vos accents ont pour moi les charmes les plus doi Des zéphyrs du couchant les folâtres haleines Balancent de ces bois les ombres incertaines : Chantons sous ce feuillage , ou , si vous l'aimez mie

DAPHMS. m

Jkïa cette grotte où rè^e im frais délicieux;

Une vigne sauvage eu décore l'entrée ,

A Faune de tout temps elle fut consacrée :

Tj conduirai vos pas ; li vos nobles chansons

Ukroffiriront un plaisir et d'utiles leçons.

Si mes vers sont moins beaux , pardonnez à ma musc

Ce dé&ut d'agrément que ma jeunesse excuse.

MÉIIALQCE.

Non , je sais qu'Amj-ntas ose seul dans nos bois Vous disputer le prix du chant et du hautbois.

MOPSUS

N'en soyez point surpris , dans son orgueil extrême Ce berger défirlût le dieu des vers lui-même.

MÉVALQUE.

De vos champêtres airs répétez les plus beaux ; En notre absence Égon gardera nos troupeaux.

Chantez Codrus mourant pour sauver sa patrie; Chantez du tendre 41con la pieuse industrie.

Quand il perça d'un trait heureusemeut lancé Le serpent qui tenait son fils entrelacé ; Ou plaignez dans vos chants cette amante célèbre Qui pour Démophoon mourut aux bords de l'Hèbre.

MOPSUS

Souffirez qu'à d'autres jours je réserve ces chants; Je prépare aujourd'hui des regrets plus touchants.

J'ai fait de nouveaux vers ; ils vous plairont j^eul-être : Ils sont déjà gravés sur l'écorce d'un hêtre. Lorsque j'aurai chanté, que mon rival jaloux Vous montre aussi ses vers! qu'il chantd et j ugez-nous.

MÉITALQUE.

De vos chants et des siens je sais la difierence: Près de vous Amyntas, malgré son arrogance , Est comme un saule obscur près d'un brillant roûer, Ou comme un faible ormeau près d'un bel olivier.

MOPSUS

Si mes premiers essais m'ont acquis qudque gloire , Je la dois à vos soins, j'en chéris la mémoire. Nous voici dans la grotte où nous voulons chanter : La douleur fit les vers que je vais répéter ; Je les ai consacrés au berger plein de charmes Dont le trépas récent demande encor nos larmes.

MÉITALQUE.

L'agneau négligera le cytise fleuri

Quand nous perdrons l'amour d'un berger si chéri.

MOPSUS

Daphnis n'est plus ! en vain nos muses le r^;rettcnl ,

Des pleurs sont superflus :

Je le demande aux bois, et les bois me répètent

n n'est plus ! il n'est plus !

Destin trop rigoureux, inexorable Parque,

DAPHHIS. ni

Quels injiutea anéis Précipiteiit sitôt dam la fsiale barque

Ce bei^er plein d'atiraits ?

Je vois le) yeux éleiuts ; sa mère iiicouiolable

Les amue de pleurs , Et ses cris todi apprendre au ciel impitoyable

Sei amères douleurs.

Infortuné Daphnii 1 l'avide PnneTpîne

T'eulère avant le temps; Ainsi tombe un tilleul que le vent déradne

Daus son premier printemps.

O jour (mis Tois cruel ! Quel deuil dans la nature !

Nous Times en ces bois Le soleil saua dané , la terre saoi verdure ,

Et les oiseaux sans vuii; LaaruisseBux, effrayés du bruit de nos alarmes,

Murmuraient des sanglots ; Ltioncur d'un triste bord et les flots de nos l«nn(s

PrécipilBÏenl leurs Dots ; On entendit gémir tes jeunes Oréades

Aceliuslanlfolal, Et de leurs belles eaux les sensibles Naiades

Troublèrent le cryslal ; Aux longs mugisiemenls des nymphes fugitives

Les écbos attendris

Renvoyèrent du fond des cavernes plaintives

De lamentables cris :

Alors aucun pasteur ne mena dans la plaine

Ses troupeaux languissants ; Sa flûte était muette , ou ne rendait qu'à peine

De douloureux, accents.

Il n'est plus de beaux jours, berger, depuis ta perte.

Plus de fête pour nous ; Paies ne chérit plus cette vigne déserte,

Elle fuit en courroux ; Nos prés sont défleuris, de plantes infertiles

Nos sillons sont remplis, .

Et nos jardins n'ont plus que des ronoei stériles

A la place des lis.

Nous devions les attraits de toute la contrée

A tes attraits chéris ; Telle, aux raisins brillants dont elle est colorée ,

La vigne doit son prix.

Daphnis dans nos cantons accrédita Torgie

Et le thyrse divin ; Il chanta le premier, en vers pleins d'énergie,

Le puissant dieu du vin; Il était les amours et la gloire première ,

Des bois et des hameaux :

Faut-il qu'il ne soit plus , en perdant la lumière ,

DAPHNIS. n5

Que l'objet de ni» maux '.

Dans l'oisive bngneur de nos douleurs extrêmes

Cessons de nous plonger ; Allons rendre l'honneur et les devoin suprêmes

Aux mines du berger.

Pasteurs, nssemUei-TOUs.dépouilleiTos guirlandes

El vos hibits de fleurs; Panissez, ipportei de funèbres oflhmdes,

Soui de uoirei couletvs :

Marchez sons chalumeanx; reuTeiseï vos boulettes ,

Couvrei-les de cyprès ; Sur CCS autels , jonchés de plies violettes ,

Consacrez tos regrets:

Élevez le tambeau du bei^er que je chante

Près de ces antres verts.

Et , pour éterniser sa mémoire tonchonte,

Insfrivei-j' ce» wm :

■ Sous ce froid monument le beau Daphnis reiio»; :

• Il n'a presque vécu que l'âge d'une rose ;

• Il était le pasteur d'un aimable troupeau,

- Lui-même était encor plus aimable et plus beau.

" Bergères , qui passez dans ce bocage sombre , " Donnez des larmes à son ombre, •■ Donnez des fleurs )i son tombeau. >i

laf) EGLOGUE V.

MÉHA.I.QCE.

Votre <>hant m'a cbarmé ; cette tendre peintnre

Doit ses traits ingénus aux mains de la nature.

Je goûte a vous entendre une égale douceur

A celle que ressent Taride voyageur

Quand pour se rafraîchir il trouve une onde claire,

Kt pour se délasser une ombre solitaire.

Mais il faut pour Daphuis que je chante à mon tour:

II nfainiait, je lui dois ce fidèle retour.

Je ne mets point sa perte au rang de nos désastres ;

Dapbnis déifié règne au séjour des astres ;

Ses grâces, ses vertus triomphent de la noort :

S'il meurt poiu* nous, il vit pour un plus noble sort.

Du sombre deuil tristes compagnes,

Plaintes , fuyez de nos campagnes:

lUTgères et bergers , reprenez vos hautbois;

Du beau Daphnis chantez la gloire :

Il n'a point passé l'onde noire.

Il est au rang des dieux protecteurs de vos bois;

Il peut, porté sur les étoiles,

Contempler sans nuit et sans voiles La marche et les clartés des célestes flambeaux :

Sous ses pieds il voit les nuages ,

Les tonnerres et les orages , VA les uioiules divers, et Tempire des eaux.

DAPHNIS. JÎ7

Reveoez , Jeun , Plaisirs , Ntïadea ,

Flore, Céni, Amoun, Drjrades; lue tout au dieu Dnpbnis appliudiise en ces Iîmu ;

Qu'il loit cliuité SUT la musette.

Qu'une foule d'Érhos répète:

laphnis o'tst plu9 mortel , il est au rang desdieuxl

Déjà sous sou naissant empire

A notre bonheur tout conspire , out éprouve déjà les faveurs de Daphnis;

lan* les mimes vallons bondisseat réuni*.

Si nos hameaux ont su le plaire.

Soit, Daphnis, leur dieu tulélaire:

le porte pas tes soins sur les bords élran gcrs ; Procure-naus des jours tranquilles, Debdles nuits, des cbasts Terlilcs ; '^

oiiledieudeslroupeauiet leroidesb<^rs:

Tu recevras sur ce rivage Les mêmes dons , le même hommage

>ne reçiivent de nous les premiers immortels ; Suivi d'une Gdèle troupe, J'irai verser i pleine coupe

l le lait et le tin sur tes nouveaui auteb ; Dans les festins , dans l'allégresse ,

i/H KGLOGUE V.

Kriiaiiiïrs d*iinc doiic« ivresse, \oiit tf! réU'hreroiis à Tombrc des ormeaux;

Lrs iHTgrrs iiiii» aux bergères

Forninroiit des danses lé;;èrc9 , 1.1 iiinrlnint ItMirs voix au sou des chalumeaux.

rarit qui; Kalieilie au sein de Flore

Kf'ivira les pleurs de l'Aurore , Aiilniit , o jciiiK; dieu , tes fêtes dureront:

Ou (''^nle^a tt>s louanges

A (cllfvs du di(>u des vendanges , Va toujours eu ci>s lieux tes autels brilleront.

.Vn'i souvent entendu Tagréable murmure ( )ii (l'un /.é|)li} F naissjuit , ou d'une source pure ; J'ai souvent entendu \vs concerts enchanteurs Des plus tendres oiseaux , des plus doctes pasteurs: Mais Ions CCS sons n'ont point une douceur pareille Aux vers dont votre musc a charmé mon oreille: Oiiel (Ion |)uiit ('galer tant d'égards complaisants ?

Mon amitié, berger, préviendra vos pi*ésents:

Keeev(>/. ee hautbois; il fut fait en Sicile;

Il es! d'un bois choisi , d\ni son doux et facile;

Avec lui j'ai chanté de champêtres appas,

I .(■ > tV>le« d(\<) In^rgers , leurs amours , leurs combats.

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