SUR L'AMOUR DE LA PATRIE
La douce erreur qui me nunèoe Vers les objets de mes soupirs Est le seul plaisir qui me res|e Dans la privation funeste D'im bien qui manque à mes désirs.
Soit instinct, soit reconnaissance, L'homme , par un penchant secret , Chérit le lieu de sa naissanœ, Et ne le quitte qu*À regret ; Les cavernes hjperborées, Les plus odieuses contrées .Savent plaire à leurs hâibitants; Sur nos délicieux rivages Transplantez ces ptuples sauvages, Tous les y verrez moins contents.
Sans ce penchant quyious domine Par un invisible ressort, Le laboureur en sa chaumine Tivrait-il content de son sort ?
Hélas ! au foyer de ses pères , Triste héritier de leurs misères , Que pourrait-il trouver d'attraits, Si la naissance et l'habitude
i-';ki-.-. ■■-:--'■
Ne lui rendaient sa solitude Plus charmante que les palais?
Souvent la fortune , un caprice ,
Ou Tamour de la nouveauté.
Entraîne au loin notre avarice
Ou notre curiosité;
Mais sous quelque beau ciel qu*on erre.
Il est toujours une autre terre
D*où le ciel nous parait plus beau :
Loin que sa tendresse varie.
Cette estime de la pairie
Suit rhomme au-delà du tombeau.
Oui , dans sa course déplorée S'il succombe au dernier sommeil Sans revoir la douce contrée . * Où brilla son premi^ soleil^ Là son dernier soupSf s'adresse; Là son expirante tendresse Teut que ses os soient ramenés:
D'une région étrangère \jk terre serait moins légère A ses mânes abandonnés.
Ainsi , par le jaloux Auguste
SUR L'AMOUR DE LA PATRIE. i5
Banni de ton climat natal , Oride, quand la Parque injuste Tallait frapper du trait fatal , Craignant que ton ombre exilée , Aux ombres des Scythes mêlée, IN 'errât sur des bords^'inhunuiins, Tu priab que ta cendre libre , '
Rapportée aux rives du Tibre , ' Fût jointe aux cendres des Romains ' .
Heureux qui , des mers atlantiques
Au toit paternel revenu,
Consacre à ses dieux domestiques
Un repos enfin obtenu ! "^
Plus heureux le mortel sensible
Qui restoycito^n paisible,
Où la nkure l'a placé ,
Jusqu'à ce que sa dernière heure^
Ouvre la dernière demaure
Où ses aïeux Kont devancé I
Ceux qu'un destin fixe et tranquille Retient sous ^rs propres lambris ,
i Trist. , 1. III , E. 3.
ptI
Possèdent ce bonheur Êidle Sans en bien connaître le pri\ ; Peut-être même fiitiguée D^être aux mêmes lieux reléguée , Leur ame ignore ces douceuifs:
n ne faudrait qu^un an d'absence Pour leur apprendre la puissance Que la patrie a sur les cœurs.
Pour fixer le volage Ulysse,
Jouet de Neptune irrité,
En vain Calypso , plus propice,
Lui promet Timmortalité :
Peu touché d'une île charmante,
A Pluton, malgré son amante.
De ses jours il soumet le fil; ti
Âimaut mieux , dans sa cour déseifc ,
Descendre au tombeau de Laërte,
Qu'être immortel dans un exil.
A ces traits qui peut méconnaître L'amour généreux et puissant Dont le séjour qui nous voi||naître S'attache notre cœur naissant ?
C^e noble amour dans la disgrâce
;ajuocr de la patrie.
Eil pria Miaiha.
i , par dei roules Douiulles,
in d'un ciel élrauger.
ur, source de merveille»,
irHoDièredaiBles leillis, ilte dans les hasirds ; luilrcs fails sublimes , i&ces DiagDaninica
iTlios reObrt rapide , r d'un Défie iulrépide , luûuieal d'un Codrus.
étrange buarrrrie [;es stoiqucs errants ,
■loired'en vivre abseols?
1 de citoyens du lutiiule I leur secte vapabonde
i8 ODE IL
Crut se faire im titre immortel ; L'Erreur adora ces faux sages; La Raison , juste en ses hommages , rTencensa jamais leur autel.
Que tout le Lycée en réclame ,
Je ne connais point pour vertu
Un goût par qui je vois de i*ame
Le plus cher instinct combattu.
S'il faut ^immoler la nature ,
Je t'abhorre, sagesse dure,
A mes yeux tu n*A qu'une erreur.
Insensé le mortel sauvage
Qui y pour avoir le nom de sage» ^
Ose cesser d'avoir un cœur !
Bords de la Somme, aimables plaines.
Dont m'éloigne un destin Jaloux, . Que ne puis-je briser les chaînes Qui me retiennent loin de vous ! ' Que ne puis-je, exempt de contrainte.
Échapper de ce labyrinthe Par un industrieux essor , Et jouir enfin sans alarmes D'un séjour où régnent les charmes Et les vertus de l'âge d'or !