SECONDE PARTIE
QcAND la musique ne serait qu'un art enjoué qu*une science riante et de pur agrément , par 1. même ne serait-elle pas une science utile, un ar même nécessaire? Car est -il rien de plus néros
saireà l^omme qu'im ploitiriimoceiit? Le [lUisir n'est-il pat chaque jour lai dM bèioini de lliuitMiiitéP Miis bDods à h connctkn par des roulet Dioiiu détatimées. Lt république doit à Hunnoiue Je |ilui Hiiidei bieofoitf que dei plaiiira infructueux. Je sais, mestieuH, que j'aTance un paradote, disons mieux, une térilé peu dévdqipée, mais i qui il n'a numqué qne l'occaiioti d'édore; osons donc l'amener i la Eumièie, lui donner tes routeurs, el h revêtir de toutes les preuves que la réOexion et Tcipirience ofireul de nous eu fournir. Au reste, je ne baurde point uu sentiment isolé et sans auteurs, quand je soutiens que le mérite de la musique ne te borne point au gracieui, et qu'il s'étend jusqu'à l'iilile; je ne fais i[ue me ranger au sentiment reçu ehez la sage mliquité. En effet, si l'importance de cet art n'aait été dès-lors recouaue, les législateurs de IIIfpte , de la Perse , d'Athènes , les maitrei drs liions, auraient-ils bit une loi de l'harmonie? Is n'avaient jugé sa durée nécessaire aux destius ureux dea empires, l'auraieut-ils faïl mardier [ront aïec la religion? l'aoraicnl-ils munie d* sceau consacré par h main de l'immortalité ne P Lycurgiifl , en voulant former une répu-
blique de héros, aurait-il inscrit rharmonie Haiw le livre austère des lois de Lacédémone? aurait-oo lu cette inscriptiou siu* la façade de l'école de thagore : « Loin d'ici , profanes ! que |)ersoiiiie ne « porte ici ses pas, s'il ignore TharmoDie; pro- « fanes, loin d'ici ! » Platon en aurait-il admis Pétode dans sa république de sages, ou d'autant de dieux? Aristote , son disciple , et tant d'autres philosophes, héros du lycée, du portique, du prytanée, du Capitole, en auraient -ils recommandé l'usage comme d'une science également née pour le bien des mœurs, pour les progrès des vertus, pour l'embellissement des arts, pour l'union de hunuiins; pour la paix du monde ? Yoilà les maîtres dont J'apprends l'utilité de l'harmonie : si je m'égare sur les traces de ces guides illustres, il est plus beau d'errer par cette hardiesse généreuse à dévoiler des vérités nouvelles qu'ofire un hasard heureux, que de ramper avec ces âmes faibles, ces esprits trop sages ou trop superstitieux, ces génies serviles qui n'osent sortir un instant du cercle des vérités établies, ni marcher dans des routes, s'ils n'y trouvent des vestiges. Mais non, messieurs, ce n'est point par la date ancienne de ce sentiment, ni par les grands noms de ses premiers partisans
t-on
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que je doi» vans pcnnadcr; tata prétendre mbjiLguer votre niioD, ni forcer votre caïuenteaidil. je leux qne, ronvaiuciu par voi luaùèrei, vou9 vous rendira vou»4i)âiDes i révideucc.
Nous ponvoiu envisiger hrépubliqueiouideux rapports, et comme un état politique, et comme un eut liuénùre. Une icieDce, pour mériter le nom d'ulite, doit é^lement contribuer mt bonheur du premier et à l'embeUiuemenl dn aecond ; pile doit , pour le bonheur de la république politique, épurer, polir la mœun, adoucir, recti- Tier les passiuiu , unir , associer lea écrits des dloycns; elle doit, pour Is gloire de h république littéraire, enrichir, aider, embellir les arts savants: or, peut-oD contester à l'harmonie ce double titre f Utile aux mœurs qu'elle purifie, utile à l'union des esprits, eUc est conséquemment utile à la république politique; utile aux doctes arts qu'elle embellit, elle est utile conséquemmeni à la république littéraire.
Si le pouvoir des accords seul est si grand sur les coeurs, ipelle puissance ne doivent point avoir SUT les mieun des préceptes embellis par ces mêmes acronls, viviGés par leur diAiiiie inexprimable? Car tel fut toujours, et tel doit être eucore le but
de la sublime harmouie. Dans ses vrais caractères elle est une science instructive, mais plus enjouée que les autres sciences ; elle est une philosophie aimable, mais plus précise, plus efficace, phs agissante que les autres philosophies; elle est une morale vertueuse, mais moins glacée, moins aride, moins pesante ipie cdle des Zenon et des Chrysippe, mieux apprêtée, plus mesurée à nos fiiiblesses , plus appropriée au goût de l'humanité : ainsi le pensaient les premiers sages, les rois philosophes , et les premiers législateurs des monarchies antiques; ils avaient étudié Thomme, ik Pavaient vu dès-lors tel que nous le voyons encore aujourdliui. L*e8prit humain , né libre , et peutêtre rebelle, ne souffire des maîtres qu*à regret; impatient de tout joug , honteux d*avouer ses ténèbres , jaloux de son indépendance naturelle * surtout dans ses opinions, il ne se plie qu'avee peine aux préceptes d*autrui , il ne consent point volontiers qu'une autorité étrangère règne sur ses sentiments: dans quel dédale d'illusions et de prestiges ne va- 1- il pas s'engager, s'il marche indefenJtt, si la raison, telle qu'Ariane, ne lui offre le Gl sccourable? Que d'écueils, que de précipices entr'ouverts autour de lui vont l'engloutir s'il est
laissé à luHiiême, s'il v^De uni pilote et uns boussole, sani phare et sans étoiles! Il faut donc lui IrouTer un maître ingénieux, qui n'affecte point l'air de maître, qui n'en prenne jamais Itslonialtien, qui, par des chemins détouméa et couverts, vienne réformer ses idées sans réroller sa délicatesse; quisacbe l'intéresser, lui présenter le devoir sous l'air du plaisir, le meoer au VTai par des sentiers fleuris, et le tromper enfin au profit de ta ndsau. Telles étaient les vues politiques, ks ressorts délicats et les égards ingénieui des sages dont j'ai paKé ; or , ce Protée habile , ce moitre aimable des mœurs , ib cnu-ent l'avoir Irouvé dans l'art rbéri dont je vous offre l'image. Dèslors les prêtresses de l'harmonie chantèrenl, sur le Ion majestueux du mode dorique, le culte des dieui, les nobles senltmeots, le respect des lois, l'amour de la patrie, le mépris de la mort, et l'immortalité : ainsi la le^n passa dans les âmes à la faveur de l'agrémenli le plaisir de l'oreille devint le maître du cceui' et de ses jeux; l'esprit remporta la connaissance du \n.\ et l'empreinte des vertus.
Ton but serait-il donc changé, héroïque harmonie? Pourquoi ne poumtis-tn pins sur tes mœurs cequetu pouvaisNuirefbitMireUesP Hais ce doute
t'est injurieux; dans la licence même de nos jours, tu gardes encore tes droits souveraius , tu viens répandre encore tes clartés, tu sais instruire et toucher : ici tu célèbres les vertus tranquilles du citoyen; là, les vertus éclatantes du héros; ici tn chantes l'innocence couronnée; là, le crime foudroyé; ici tu viens réveiller Toisive indolence des grands endormis sur les roses ; jusque dans les bras de la molle volupté, tu viens leur apprendre des vérités qu'ils n'aiment point à lire ; l'amour de tes agréments leur fiiit regagner ce que le dégoût de la lecture leur feit perdre d'instruction : ici tu attires l'impie dans les temples saints; oui, l'impie même; son oreille, fermée aux autres préceptes, peut encore s'ouvrir à tes sons pénétrants; là , tantôt par tes foudroyants accords troublant les airs effirayés, tu frappes, tu intimides, tu consternes le profanateur, tu lui peins un Dieu vivant, terrible, inévitable, qui descend la flamme à la main, porté sur les ailes des tempêtes, précédé des tonnerres exterminateurs, et suivi par l'ange de la mort. Dans tes sons menaçants l'impie croit entendre la marche formidable de son juge , le bruit de son char de feu , la chute des torrents enflammés, l'horreur du noir abime, l'ar-
rtt irrévocable; untôt, par îles sjni|)hoiiies plus douces et plus consolantes, tu suspends sou effroi, tu lui rends U eonriance, lu lui peins àam lia nuage de fleurs le Dieu de la démence prêt à pardoouer si l'impie sait gémir, et, la cendre sur la tète, éteindre dans ses larmes les feux de l'élemeUe vengeance. En dis-je trop, messieursP N'avez-vous pas souvent éprouvé vous-mêmes les grands sentiments (|ue l'harmonie (ait produire dans tes sanctuaires , et ce pouvoir qu'elle a sur les esprits et sur les mœurs?
Ooutera-t-on qu'elle sache éclairer, ennoblir, élever l'esprit? Igoore-t-on que les élève» de Zoroastre cuœmeo^ent la jouroée par un concert harmonieux P JIs voulaient par là préparer l'amc à contempler la vérité, persuadés que, par tes ' niouvemeatsdouxetmesurésdelamusique,rame, retirée eu elle-niéme, entrait dans. cette égalité, dans ce silence des sens, et dans t«t équilibre parfait, que demandent les spéculatinm épurées, et qu'ainsi affranchie des obstacles de la matière et de la chaîne des passions , elle s'étan^t sur des
des intelligences éthérées, à la confidence dei dieui : ces mêmes sages lenoinaient la journée au
iHo DISCOURS
son des flûtes douces et des airs lydiens , pour n* mener Tesprit égaré pendant le jour siir des objets étrangers, pour mieux l'apprêter aux feveun du dieu des pavots, et pour appeler. le paisible silence et les songes riants.
Doutera-t-on que la musique sache calmer les passions violentes? Les annales de Thistoire et les fastes de la poésie nous montreront par elle la rage désarmée, la fureur fléchie, la sédition étouffée , la colère ralentie, Taudace réprimée, Timpé- Uiositc d'Achille tempérée par la l)Te; et les pages saintes nous peindront souvent le perfide Saiil ramené des fougues infernales par les accords du jeune pasteur de Sion ; attirée du ciel par i*harraonie, la paix descendait dans le cœur de ce prince jaloux. Est-il, messieurs, est-il aucune autre science profane si maîtresse des mœurs? Car enfin, levons le handeau du préjugé et de Téducation, prenons des yeux un peu philosophiques; éclaironç-nous sur le vrai prix de ces sciences servilement adorées du peuple lettré : n'outrons rien, mais aussi osons ne rien taire, osons nous munir d'un sage pyrrhonisme; et, par une idolâtrie littéraire indigne du vrai goût, ne fléchissons point le genou devant ces vaines idoles, qui peut-élré
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ne doivent avoir det aatda que chez U prévealion crédule et le nipentilieus *iilgaii«. Répondez donc, TOUS, leurs adonleun stnpuleui; rendci comple de votre culte, parlez r que sert aux mceiin la profane éloquence ! Enchauleresic des seul , elle excite un bruit biillant dont l'oreille est flattée, mais que le vent emporte bioitAl, et dont rien ne va jusqu'au cceur; semblable i eea feux légers, à ces flammes volantes et dodles que l'art industrieux décrit dans les airs, Teux qui, dans uu même instant, ouïssent , brillent , el s'évanouisseul : science spécieuse et trop ilérile , qui donne h la république de plus opiniltrea parleun, sans lui donner de meilleuii citoyens.
Que servent aux mœurs tous ces arti que nous devons à l'oisit-eté des prêtres de l'Égjple, l'exacte géométrie, l'audacieuse astronomie, la profonde algèbre f Tandis que l'esprit s'ensevelit dans les calculs , ou s'égare dans les deux , ou s'abtme dans les sombres méditations, qu'en revieni-il aux vertusP Sciences tiop indiOérentes, qui donnent tout à la spéculation , peu au sentiment, rien à l'homme.
Que sert aux mœurs l'étude de la grammaire cl des laugues , ou jduiAt U science des ijllabes P Tandis qu'elle |donge la mémoire dans un chaos de
paroles, le cœur oisif reste dans un vide honteux; science superficielle et beaucoup trop puérile, qui nous apprend à nommer les vertus, sans nous apprendre à les acquérir.
Que sert aux mœurs l'étude vantée de Thistoire? que nous conserve -t -elle? le dénombrement da erreurs de tous les temps, la liste des malheurs illustres , des crimes heureux, des passions travesties en vertus; honteuses archives, tristes monuments de rhumaine folie ! Là que trouvons-nous ' les caprices des peuples, les fautes des rois, les révolutions , les décadences, Tempire antique de l'opinion et de rintérét, le règne du hasard, le long tableau de toutes les misères de nos aïeux , tableau funeste, scène déplorable, que le voile de Téternel oubU devrait plutôt dérober à jamais aux regards de la postérité; science de Thistoire, science souvent désolante, qui présente plus de coupables exemples à fuir , que de vertueux modèles à suivre. Enfin que sert aux mœurs ce petit talent de thèses et de sophismes qui se donne le nom de philosophie; chimères surannées, systèmes vagues, captieuses fadaises, erreurs plus ou moins heureures , guerre de raisonnement où la raison reste neutre, labyrinthe où la vérité s'égare sans te rc-
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ouTer ; voili tant Fart : adence [ulile et méprisûc, I plutôt igDoiance travestie qui s'adore et l'cn- !D3e dle-méme, et perd à disputa le temps de enier et de sealir.
Telleasaulpourtaut, telles sont les sciences préindues dont on occupe nos plus beanx jours. O erte irréperalile, perte trop peu regrettéel que 'heures charmaDtes immolées à l'ennui ei h notilitél c'est acheter bien cher des erreurs. O trop lurte jeunose ! A jours charmants! que n'tteslui plntAt consacrés à la culture du coeur, i l'éide du Trai lûen , k l'embellisieoient des moeurs > u'aui minuties classiques , du k d'autres arts, qui iraient inutiles si l'on savait encore n'étudier que I simple nature, n'entendre que son langage, et 'estimer que ses lois? Oui, messieurs, et je ne uis trahir ma lïanchise. Hais suivez sans écanle 1 de ma pensée; que l'éloqumce judiciaire soit blei l'explication des lois et aux divers intérêts ES peu[des, que les langues soient utiles aux Toys- », que l'astronomie soit utile à la navigation, la bgraphie à l'art militaire, la géométrie anx fbrricatioos , la science des nombres an commerce , I botanique au soulagement des maux ; que l'éide de l'histoire sdt utile i tiotre corioùté , l'é-
tude de la politique à Tart de gouverner , Tétude de la logique au talent prétendu de rsûsonner, j'en conviendrai avec vous: mais aussi vous conviendrez avec moi que Futilité de ces sciences tombe rarement sur le fond des mœurs; que ces sciences sont étrangères à l'homme, agréables peut-être à sou esprit, mais inutiles à son cœur; que l'harmonie seule jouit d*un pouvoir beaucoup plus personnel et plus marqué sur le cœur, qu'elle en sait manier tous les replis, qu'elle en sait &ire jouer les ressorts les plus secrets, et que des sens charmés elle passe aux sentiments , preuve invincible de ses avantages. Elle est donc utile en particulier aux. mœurs de chaque citoyen. Ce n'est point tout; elle est encore utile en général à la sécurité et au bonheur du corps entier de la république politique.
L'union des citoyens est la base des trônes , le sceau des monarchies , l'appui des diadèmes. Les plus fermes empires , avant d'être renversés par les guerres étrangères , avaient été d'abord ébranlés par les guerres intestines , par les troubles anarchiques , par les discordes civiles , aidés dans leur chute par ceux même qui devaient en être les soutiens et les boulevards. Non , la patrie n'a point
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d'ennemi» plui tuoeatM qae des d^ou iliiiB^; mais est-il une égide plui impénélrable aux tnils de U disaeiuioa que la tranquille btrmooieP l'olive â la main, laPaii la précède, TAmitié la conduit, l« Plaisir marche i «e» côtb, la Concorde la nil, les cœiirs conquii Tolenl en foule autour d'elle, n'at-ce point elle qui unit les citoyens par d'ûnablei nteuds, qui tes assortit, qui les égale, qui les rsDgc sous les lois d'une churmanle société ? chez elle tout est calme , tout eat ami , tout agît dlnlelligeace ; chez elle on n'entend ai la vaii de U discorde, ni les rumeurs populaires, ni le tumulte importun de l'école, ni les hurlements effrénés des lianes , ni les clameim des tribunaux , mais seulement les agréables accords , les acdamations fevorables, les doux applaudissements. L'harmonie alluma-l-dle jamais ces feux funestes à l'élal, ces incendies, cca guerres d'opinions, de prestiges, d'erreurs; ces disseniioEu sophistiques pour réaliser des chintères, ces sdiismes Uttéraires formés plutôt pour combattre ta vérité que pour la défendre , ces querelles d'une secte annéo contre l'autre soui difiërenis drapeaux ; ce* divi' ticou, ces haines, monMivi nés dans le sein des autre* seteDcesfDeleurseîn il s'est élevé souvent des
discorde la ^ , ' '^quiets, pen,-, "«î » la révolte i^ f '^^'^cteux
««s les ténèbres de* «/.iv . ®» «vaien*,
^'^toii^ r^i^"'^'''-entrouhlew ^^" ^-eiie aucun de r! i- ^® ''^ «eoïps ^
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(la rèrcria, brooilUs pour toujounavec les grâce»; in édiiaiiu glaeét at peunU, Ubles cclios de l'autiquité , ensevelis dnu un amai confus de iiotioDi vagues, mais piifia du Vrai goût, uécessairemeDt incapables d«9 dâkateue* de l'esprit, desféiui du génie, desflneoea de Part. Que je les tire de ces lugubre* tanières pour les transporter un moment dans le commerce de U vie, et dans les devoirs du citojren; déconcerté), interdits, distraits, presque ibsests, ils tombent il chaque pas; à chaque instant, ils choquent les bienséann), ils mûDquent les égards, ils blessent les conienances; bientôt enfin, ennuyeux et ennuyés, incapables d'undoux commerce, ils fuient, ils retournent aux obscurs Lycophron et aux mélancoliqnet Saumaise^déjâilssontrentrésdanslaponsaièregrccque et latine, leur unique élément; semblables i ces oiseaux nocturnes et funèbres qui vivent eiiserelis loin delà lumière et loin du commerce des autres oiseaux : voilà sans doute des citoyens bien utiles à la république, k la patrie, à leur siècle! par leur utilité jugei de celle des science» qu'ils adorent. Grand Dieu, quelle société nnirait l'univers • si tous les hommes étaient des savants I une vie jiarei] le n'est-etle point une espèce de néant? Hais
fuyons ces voûtes ténébreuses sous lesquelles nous nous sommes trop long -temps arrêtés; eutrons maintenant sous ces portiques gracieux , sous ce* berceaux de verdure, où par de charmantes voix l'harmonie nous appdle; ici tout enchante les regards; je n'y vois que des fironts ouverts à Tallégrcsse, que des yeux riants et sincères, que des esprits cultivés, ornés, enrichis des plus brillantes idées de la poésie et de la fiable; que devrais citoyens, aimables et aimés, officieux et reconnaissants, unis et heureux; là régnent dans les doux loisirs de la sympathie Tamitié , les amours ; là le premier mérite est d'être aimable, la première science est d'être heureux , et les talents ne sont rien s'ils ne vont au plaisir , à Tunion , au bonheur.
Prévenons une objection que la critique me prépare sans doute : « La musique, dira -t- on, « n'est qu'une science molle, un art efféminé, pro- (« pre seulement à énerver les cœiu*s, à en amortir (< le beau feu , à éteindre les courages. » Eh quoi ! si telle était la faiblesse de cet art. Mars, le dieu des grands cœurs, aurait-il de tout temps placé sur son char l'harmonie à côté de la victoire ? u'aurait-il point retranché dès long-temps les sympho-
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nies militairiH des cambab, ces sons semblililes au tonnerre, ce bruit de la trompette et du doiron , ces airs du fifre et du hmtbois , eea tons du lamboiir et des timbales éclatantes, s'il n'avait toujours été reconnu dans l'antiquité gncirière, et eliei toutes tes nalîoni magnanimes , que ce concert martial est l'ame de la guen'e; que ce mélange de sons mâles et vigoureux que fbnne l'airain mugissant, élève les esprits, qu'il éehaufle les OFiirs, qu'il enliardit les Ijehes , qu'il enflamme les braies , qu'il dérobe le bruit formidable de ces mnchines terribles qui vomissent la foudre et la mort ; qu'il cache les sifflements des javelots , les clameurs coufuses, les plaintes des mourants j qu'il empécbe la constemaliou et les terreun ; que de la déroute il rappelle à la cbai^; qu'enfin ces bnfàres guerriéi'cs allument une chaleur héroïque dans tous les rangs; qu'elles égaient le théâtre de Is fureur, qu'elles embellissent la mort même ? Le; Spartiatm en ordre de bataille, le front ceint de fleurs, la lance levée, marchaient au combat comme à une fêle an son de l'hyioue de Castor; un rhœur de Qdtcs, conduit parTjrtéc , réglait la marche de celte armée de héros, l'élite de ta Grèce; selon les h»: de la patrie cha- II t- -9
ago DISCOURS
que guerrier était oblige de suivre les accords flûtes, de les marquer d'un pied ferme, et de 1 répoudre à chaque mesure chacun de ses pa.< trépides : par la les chefs des phalanges ^>ouva aisément reconnaître s'il était parmi leurs sol quelque lâche qu'il fallût retrancher des rai s'il était quelque cœur timide à qui l'épouM fît manquer la cadence, et qui ne s'avançât p à la mort d'un pas égal; de ce même secours i sait une valeur réglée, plus efficace qu'une i fureur. Maintenant , qu'on dise encore que l'I monie énerve les courages, qu'elle n'est d'auc utilité; tandis que Mars avoue que sans ell* compterait moins de héros, la société moins d prits aimables, la république politique moins • tiles et de vrais citoyens l Achevons ce portrait voyons rapidement en quoi la musique est uti la république littéraire : elle en sut toujours richir, aider, embellir les arts.
Je traverse la nuit obscure des âges, je remo à l'origine des plus beaux arts littéraires ; je vois comme autant de ruisseaux différents pr dre leur source dans la féconde harmonie. D Tordre des temps la poésie la première s'oflr mes regards ; les vers naquirent du chant : c
SUR L'HARMONIE. 3i(t
bord la voîk furma des sons, la céOcxton y joignil eusuile des parolus arrangées , el mesura des vers aa\ Diodulalions naturelles du gosier; nulle poésie pour lors sans mu^iijue ; et si depuis la poésie marche souveul seule, ell^ porte cependant toujours un air ineffaçable de proximité , des couveaaDCes marquées, des traits parlants qui la fout reconuaJlre pour la lille de l'harmonie. N'a-t-elle poinl gardé toujours des s} mboles et di's attributs ([ui lui sout eonimiiiis avec la déesse des arcords? trompette de Vii^ile et du Tasse, Ijre d'Horace el de Mallierl>c, luth d'Anaci'éaD et de Chapelle, pipeaux de Tliéocrilc et de Segrais; pourquoi la poésie Irauspurteialt - elle tous ces noms divers d'instruments aux divers génies de son art, si elle n'aimait à ressembler toujours à l'harmuiiie dont elle est émanée, sdre de mieux plaire par cette gracieuse ressemblante? De là ses rimes sonores, SCS tons lyriques , ses repos l'églés , tout ce langage harmonieux qui caractérise les beaux vers, qui écbBuiïe l'ode béroique, qui élève la majestueuse épopée, qui anime la riante églogue, qui nous intéresse aux soupirs de la teudre élégie, qui sait enlin passionnel', émouvoir, enchanter.
J<> t'eiilcuds, noliht Mclpomèiic : remplie ili'
aga DISCOURS
gratitude pour rharmonie , tu te plais a conter commeat tu lui dois aussi rorigii progrès de ton art chéri : des chansons co au dieu de l*automne tu vis éclore la t quand ensuite des fé^ tumultueuses des gnes et des chariots de Thespis tu la vis p sein des Tilles , et devenir un spectade se régulier , ne vis - tu pm aussi monter la i avec elle sur les théâtres de la Grèce, et diœurs chantants partager avec la tragéd que l'empire des spectacles et les suflrages tique ? Si Tancienne tragédie romaine raér qu'un de nos regards (car les Romains, ces du monde, ne le furent jamais de la scèn< verrons - nous pas aussi décorée et soutci l'harmonie? Nous en avons plus d'un tém chez le prince de l'éloquence latine i.
Outre l'art pompeux du cothurne cmb l'harmonie , que n'ai-je le temps de vous c tout ce que l'art de la riante Thalie dut a au secours des flûtes tyriennes , sans l'ac gnement desquelles le célèbre Roscitis ne j mais ? Si je me fixais sur des preuves spéi
t Cic in Orat. ad M. B. TomuI., lib. 1. Lpg
SUR L'HAKMONIE. nyS
DC pourrais - je pas dire avec Quintilien >, qoc l'arl de l'éloquence parlatle n'est douDé à aucun oraleur s'il iguore la iniiaique; que saaa elle il ic peul conoaitre ni emplojer ce nombre , cette gracieuse tuplioaie, mère de la peisuasiou , ce mélange de sons diserts el nerreux , ces chutes har- ■noiucuies , ces silences m^nugés , ces reprises éucrgiques, ces suspensions étiidiéta, ces gestes pleins d'expression , cette déceuce de mouvcmeiils, ces (ours pathétiques et pénéirsnis, qui éveillent l'écrit de l'auditeur, qui fixent l'atleution, qui enlèvent le eontcnlemeut et lesiilTragc, enGu ce talent de l'insinuation, ce tout ensemble qui fail les Uémosthène el les Patru?
Mais, landb que je parle, quel subit enclum-
dani une délicieuse ivresseP Je marche sur les mes de la Seine; est-ce le palais des fées ou le temple de Vénus qui s'ouvre à mes yeuxP une puissance magique a décoré cette scène pompeuse ; mais quel uouvenu plaiw inlerroupl déjà celui de mes >eui, cl tient mou oreille captive? quelle symphonie Tavituule vimt de coBuneneer ? que
de maiiis savantes et légères prennent un essor unanime ! à ces brillantes consonnances je reconnais le temple de Tharmonie. Ici rassemblés , les génies de tous les arts s'empressent à parer leur aimable souveraine : à ses ordres tout se produit à rinstant; ruisseaux et torrents , déserts et bergeries, bameaux et palais, trônes et tombeaux, les cieux et les enfers : à la voix de la déesse tout se rend ici , les vents obéissent , les Euménides paraissent, les ombres sont évoquées; tous les génies , tous les dieux sont ses ministres.
Cependant quels douloureux accents viennent pénétrer mon ame ? ô douleur ! ô tendresse ! Là c'est la généreuse Alceste prête à descendre au noir rivage: c'est Alcyone, plus éplorée; elle redemande son cher Céyx aux ondes cruelles : ici c'est le triste Atys; coupable malgré lui, il pleure riufortunée Sangaridc : c'est Armide abandonnée; elle appelle un héros fiigitif , encore aimé quoi- ([ue infidèle : ce sont les illustres malheureux de tous les âges qui repassent les funèbres bords pour demander nos larmes. Ils chantent , je sens leurs peines; ik soupirent, je suis attendii: raison critique, vTaisemblance sévère, en vain vous soulevez-vous contre mon plaisir; en vain me prou-
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iT^z-ious qu'il ii'csl point dans la nalure que les lieras inétaiiior[>li'>scs en oinpliiaiii , fl que les lii'roineï tranîfonn™ eu sirèues , vifiniicnl rhnnter leurs mfarlimcs , chanter leur mon même , languir, lombcr, expirer ea cliautant! J'en nonvienJrai; nuis si idod plaisir est sur, maigre Ici i-^ks lioléis { si mes sens en soûl plus dclicicutemeut flattés ; si ce qui manque à la justesse est remplacé par le seoliment, je u'entends plus la voix de la Troide n'Ilexiou. L'écrit dit rc qui déviait plaire, le cieur dûcide toujours uiieui eu sentant ce qui plaît.
Aptvs tout, si iiousétudiooi la nature, ne trouverons-nous pas mâiDB sur la srène chantante plus de Cdclité aux convenances que sur les ihi'âtres tragique!, ou Tau pr£le aux héros pour langage une poésie déclamée? L'harmonie ne sut-elle pas toujours, beaucoup micu;< que la simple déclamation, imiter les trais sous de la plainte, les vrais tons des payions, les profonds soupirs, los sanglots, les éclats douloureux, les tendres lau- {^ueurs , les géuiissemeuts entrecoupés , les inlleiioiis pathétique), toute l'énergie du c(Eur9 Des plaintes chantées sont plus sûres de nos liuiucs, et 1rs tendres sentiments rendus par l'harmonie
CD sout plus tendres de moitié. C'est encore daus ce temple que cette déesse puissante , rivale de la nature, sait oxprimer, personnifier, articuler tout, et même sans le secours des paroles : nou , ni le pinceau des Apelles, ni le ciseau des Phidias, m le burin des Alcimédon , ni Taiguille de Minerfe elle-môme , uc donneraient jamais à leurs imitations celte ame , cette expression, cette vie que b musique sait donner à ce qu'elle veut caractéri* ser. Dans ses symphonies je retrouve toute la nature , je la sens dans Timpression subite des sons, impression plus prompte que les regards, plus rapide que la pensée. Tantôt c'est le tumulte d'un combat qu'elle veut imiter; je crois entendre le rugissement de l'airain, le choc du sanglant acier, la grêle des flèches , les lamentables cris , la tonnante voix de la mort qui vole de rang en rai^: tantôt c'est une noire tempête , c'est un triste naufrage; j'en recoimais Thorreur et le courroux; j'entends les vagues bondissantes, l'air gronde , la foudre éclate, le jour se change en sombre nuit, les vents sifflent , la mer mugit au loin , la terre tremblante lui répond : ici quelle ombre sort du tombeau? l'Averne est ouvert; à travers les lueyrs de la profonde nuit je crois entendre les lugubres
regrela des ombres plainlnes , le bniit de» chaÎDes veiigereues, le cours des ooirs torrents : là ce sont Iks antres du dieu du feu ; j'entends l'enclume géniLuanle sous les coups des CjdapescnQamntés; ici le sommeil verse ses pavots, un bcros est «ndornii;â l'aide des accorda je lia dans ses penscn , je devine ses songes afireux 011 riants , furieux oti Irauquilles.
Aiiisi, brillante Harmonie, par ton magique pouvoir je trouve des rapports marqués, de vives ressemblances, de la vérité dans tout ce que tu veux imiter de la nature; je ci'ois présent tout ce que tu peins; tes silences même out leur eipression et leur éloquence. £a vain la peinture l'opposerait SCS produGlious : elle nous trace un 00mbal, un naulrage, un spectacle douloureux; les yeux admirent, le oeur ignore le plaisir des yeux.
PourI
ngrelu
les âmes l'effroi on la douce assurance, la haine 0» l'amonr, l'horreur ou la compassion, la conslernatioD ou l'allcgressc , et toujours la tendresse
Mais je vois Terpsiehoie , ta fille chérie , s'alauccr à ta suite d'un pas léger, dirigé par tes
sous : ses jeux allégoriquessont Une poésie muette.
aO» DISCOURS
ses attitudes une peinture vivante et mobile , un image fidèle des sentiments et des passions; ri^-ali de rhistoire même, elle raconte aux yeux, les faits liéroïqucs > , elle exprime aux regards le génie des nations ; tous les caractères sont peints dans ses pas : ici , dans ses pas précipités, inégaux, égarés, je reconnais la colère , Tindignalion , le désespoir; là, dans ses mouvements interrompus et négligés, je vois la mollesse , la volupté , la langueur : ici , dans la finesse de ses balancements , dans la justesse de son équilibre , dans le choc de ses pas brillants , je distingue Tenjouement des giiices et la légèreté des plaisirs; là, dans un dédale de sauts agiles et retentissants , je reconnais Tall^resse rustique et les danses de Tautomne. Enfin la danse f*lle-mémo , qui , au premier coup-d'œil, ne parait (|u'un plaisir, cache aussi d'utiles leçons : aussi autrefois les sages citoyens de Sparte, pour inspirer aux enfants Thorreur de Tintcmpérance , disaient danser à leurs yeux des esclaves eni\Tés. Non, le printemps na pas plus de fleurs que riiarmonic a de façons de charmer et d'instruire. Mais cédez , muses étrangères ; jamais ni les éclios^
I l^'s ballets.
d'Albion, uilosBDtresd'Herctiite,)!! lerinade l'Èbrc et du Tage , ue répélèreut des accords si parfaits qne ceux doal dos contrées reLcntissent depuis dix liutres : si l'Ausanie dous otTre une rivale; sans la prosci'ire tristranent , sans la préférer follemenl , fuyant tout eilréme, enrichi ssors-noui de ses beautés. Que l'harmonie ilu Tibre el de l'Ëridan enchanic la Seine ! qu'elle joigne ses symphonies charmantes à notre chant! el si pour le sublime de l'art nous écoutons quelijuefois ses leçons , que |iour le gracieux de la belle nature elle consulle souvent l'harmonie de nos bords ! celieHJ, toujours simple, lonjours vraie, ne trouve point la 1>eaulé où r^e l'afTectation , ni la tendresse où règne l'art; le cœur est son guide : tantôt, bergère naïve, sur un lit de violettes, au son de Oiltes chainirftrcs ' , elle célèbre ou l'amante d'Eodymion , ou les channes de Galatée , ou les malheurs de Syrini; tantôt , amazone légère, armée du carquois, elle perce la profondeur des forêts.
du cor, elle chante l'art de Céphale, et les filets
3oo DISCOURS
tend aux hôtes des bois. Ici , sous Thabit galant d'Érigone, un tkyrse à la main, le front couronné de pampres , accompagnée du dieu des vendanges, portée par les zépliyrs, suivie de Silène et des faunes amoureux , elle vient embellir les fêtes de Tautomne; de là, muse paisible, elle revient au sein des villes pour y fiiire avec Cornus le plaisir des hivers : elle y chante tour-cî-tour les malheurs d'Adonis ' , d'Orphée, d'Actéon; les regret» d^Amymone, d'Héro, d'Ariane; les fureurs de Circé : souvent même, Néréide badine, elle assemble sa cour sur les eaux, elle y chante le berceau de Ténus et des Grâces naissantes; elle retient dans ses voiles flottantes les aquilons enchantés; elle sait égayer les lenteurs d'une ennuyeuse navigation.
Tous prévenez, messieurs, ce qui me reste à dire : déjà sans doute vous songez à ces chansons fines , él^antes et fleuries, l'ornement le phis décidé de notre poésie; à ces airs ingénieux, dictés par les grâces, notés par les Lambert et les Mouret, images délicates , dans lesquelles se peint mieux d'ailleurs la supériorité du goût français, et ce gé-
I Les Cantates,
SUR L'HARMONIE. 3oi
ide vif, ami du badinage gracieux, eimeaù de tout ce qui porte l'air du travail : c'esl ici que IHarmonie fait paraître avec le plus d'avaDtage ia légèreté et les a;;;rémeals d'une voix brlUante; soit qu'elle lui douue à chauler l<s triauiplics iea héros de Bacchus nu leur mausolée, soit qu'elle lui lasse exprimer et imiter dans tes tous variés les changemeuts du dieu d'Idalie, qui, tantôt zéphyr badiD , se cache dans les fleura, tantât moucheron léger, voltige autour de la tonne, un se met à lu nage sur une liqueur vermeille ; tantôt papillon tolâtre, à peine arrive où le printemps l'appelle, s'envole et ne revient pas; soit qu'elle lui apprenne à exprimer ou les wiupirs d'une tourterelle solitaire et peu consolée, ou le bourdonneideat enchanteur d'une jeune aheîlle , ou les erreurs d'uii léphyr volage, ou les regrets d'une rose abandonnée et flétrie de douleur , ou la marche bruyante d'un torrent impétueux, qui bondit, écume, et n'est déjà plus , ou la chute et les cascades d'au ruisseau naissant, et le murmure agréablemeol sourd de son onde errante, ou la molle laugiieur d'un doux sommeil; soit êntln qu'après avoir bit nagei' la voix sur le sein des vastes nieri, ou l'avoir fait descendre au centre des profonds enlérs,
3o2 DISCOURS
l'harmonie la transporte sur Taile des aigles rapides, au-dessus du tonnerre, des tourbillons, àe& feux étincelants , des plaines liquides , des vents déchaînés , et du jour change en nuit.
Yoix charmante, voix toujours chère à moo cœur , toujours présente à mes pensées , que ne puis-je t^euteudrc toujours ! Que j'aime tes langueurs, tes chutes, tes éclats! quelle musc pourrait dignement louer tes sous ravissants, toujours agréablement mélangés , leur symétrie , leur alliance , leurs divorces , leur économie ? tu verses la volupté dans mou ame. Non , qu'on ne pense poiut avoir assez dit pour te vanter en comparant tes accords à ceux de Philomèle; toujours uniforme» le rossignol n'a que les mêmes sons inarticulés, sons sans expression sans ame et sans vie; il sait plaire, il ne peut toucher ni passionner, incapable de ces inflexions pénétrantes et de cette variété d'accords que tu sais conduire avec tant d'art; toujours difiérente de toi-même et toujours belle, chacun de tes sons est un sentiment. Oui, c'est du gosier harmonieux d'une belle , plutôt que de la houche de l'élo(|ueuce, que la peinture doit faire sortir ces chaines dorées qui captivent les sens. La voix achève sur les copurs ce
SUR L'HARMONIE. 3o3
que la beauté a commencé sur eux, et par ses grâces elle tient souvent lieu de la beauté- La cbansou même, (qui le croirait?) la chanson a été et sera loujouis encore un art utile à la république littéraire; e'esl elle qui, allianl ses accords aux traits fuis du dieu de la satire, pui^' l'empire des lettres de tous les intrus qui s'y glissent sans aven; c'est elle qui venge le dieti du goût; c'est elle qui flétrit, frappe, terrassa les génies débiles et manques, les venifîckteurs sans poésie, les prosateurs gothiques, les vib copistes, les ignobles plagiaires , toute cette populace rampante d'imitateurs stériles, d'échos fatigants, d'insectes classiques, d'écriTains subalternes, et d'ennu)e<ix compilateurs, l'opprobre elle rebut delà belle lillcrature.
A tant de titres , messieurs , U musique n'aurail-elle point le droit de paraître au rang des arts utiles et des sciences avantageuses à la répubhquel' est-il quelqu'un qui lui refuse encore son siiiïrage? Non ; je sois son triomphe marqué sur vos trouts unauimes, et je lis la conviction écrite dans tous les jeux. Pour ne rien taire cependant, pour ne rien ferder, j'en lerai l'aveu; je sais que la dépravation a souvent abusé de celle science, qu'elle l'a
3o4 DISCOURS
profanée, avilie, dégradée aux dépens de la vertu, au profit de la séduction , a la lion te des mœurs; je sais ipi^on lui a souvent fait renouveler les fcte» obsci'ues de Sybaris et de Caprée , et les naufrages causés jadis dans les mers thyrrénioiuics par la voix perfide des filles d'Achcloùs : mais un tel abus n*est-il point pour cet art un nialbeur plutôt qu'iiu crime? Iléroïque dans son origiuc, vertueuse dam son but, la musique scra-t-ellc condamnée, parce que la licence la transporte quelquefois à des usages suborneurs et pervers ? tous nos arts ne siv raient-ils point proscrits , si Ton proscrivait tout ce dout on abuse ? Souvent on viole les lois de la jurisprudence; faut-il donc pour toujours fermer les temples de Tbémis? souvent les mers sont couvertes de naufrages , faut-il livrer aux flammes tous les vaisseaux que renferment nos ports? souvent Tivrcssc produit des fureurs, des qurrcUcs, des meurtres, faut-il dépouiller nos coteaux des vignes qui les couronnent ? Réformons Tabus, sans retrancher Fusage; raniouous l'iiarmonie à la pureté de sa source, aux bcauti'^s de son printemps, à sa splendeur première. Proscrire la musique, ce serait enlever un lien charmant à la république politique , un ornement à Ki rt>pu-
clicieux, taule 11 nuture un filnisir.
Ile l'ègoe donc loiijuurs cette aimable el larmonie, mais que son empire ne s'èlèvs «ur les débris des mosursl aOrandiii! de la s iDDieiiiie, Et Minerve et 'Vénus à-la-raût a^aiDiG jamais qu^iuie beauté màlef que des illiers , que des graves lières ! louveraine irs , qu'ifUc ne lia autre qu'am gÉqéreuii ulsl mailresse des nma el des seus, qu'elle G toujours au-dessus des lâches faibleasEs!
lES passions , qu'elle uc Ica r^eille qu'au elarerlu! qu'elle soll à jamais l'iaterprèle id,du Wau, duvmi,larompiigDcdugoill, ï la socîélc, les délice; du mande !
LETTRE
'vrages auquel P^: ^^^dre sur ,
»**<= foute fe ' !•' •' P'^, et ,e J ^"^ '
■ LETTRE SUR LA COMEDIE. 3o7 vous sera point étranger , el je compte qu'approuvaul Tuaivsulutiun, vous Toudrez liien m'appuyer dans ccipii me reste à hire pour l'èlablir et pour la maaifestcr.
Je suis accoutumé.
oMnsieiir
, à penser (oui
haut deiaut vous :
;je>
DUS avouer
ai donc que de-
puis plusieurs aiii
l'avais beaucoup à Muffiir
avoir
travaiUé p
«ur le thMtre,
étant convaincu, comme je l'ai toujuura clé, des vérités lumïnRuses de cotre religion, la seule diviue , la seule incnuteslable ; il s'élevait aouient des Diiages dans mou ame sur un art si peu conforme à l'esprit du christianisme; elje mefaiMis sans le vouloir des reprocher infructueux , que j'évitais de démêler et d'approfondir : toujours comhallu et toujours faible, je diflcrais de me juger , par la crainte de me rendre et par le désir de me faire grâce. Quelle force pouvaieul avoir dei rélleiious iovidoulaires contre l'empire de rimagiuatiou et l'enivrement de la fausse gloire f Encouragé par l'indulgence dont le public a honoré Sidnri et le Mccltant, ébloui par les solliritalious les plut puissantes, séduit par mes amis, ilii|>c d'autnii et de moi-même , rappelé en niéimr
3o8 LETTRE
et toujoui's juste, je souffrais, et je n*en travaillais pas moiiis dans le même genre. Il n'est guère de situation plus pénible (quand on pense) que de voir sa conduite en contradiction avec ses principes, et de se trouver faux à soi-même, et niai avec soi : je cherchais à étouffer cette voix des remords , à laquelle on n'impose point silence , ou je croyais y répoudi'e par de mauvaises autorités que je me donnais pour bonnes ; au défiiat de solides raisons, j^appelais à mon secours tons les grands et frêles raisonnements des apologistes du théâtre ; je tirais même des moyens personnels d'apologie de mon attention à ne rien écrire qui ne pût être soumis à toutes les lois des mœurs : mais tous ces secours ne pouvaient rien pour ma tranquillité ; les noms sacrés et vénérables dont on a abusé pour justifier la composition des ouvrages dramatiques et le danger des spectacles, les textes prétendus] favorables , les anecdotes hbriquées, les sophismes des autres et les miens, tout cela n'était que du bruit, et un bruit bien faible contre ce sentiment impérieux qui réclamait dans mon cœur. Au milieu de''ces contrariétés et de ces doutes de mauvaise foi, poursuivi par l'évidence , j'aurais dû reconnaître dès - lors
StR LA COHÉDIK. j,k,
cumme je le reconnais lajourd'hui , qu'on a toujours lorl avec sa conscieuce quand on csl rédiiil à dispuier avec elle, nieu a daigm; cdajrer enciùremeul mes ténèbres, et distiper à mes yeiix tous les endiantements de l'art et du génie. Guidé par la foi, ce flambeau étemel devant qui toutes \ai lueurs du temps disparaissent, devant qui l'éva,- Douisnenl toutes les rêveries sablimet et profondes de nos faibles esprits forts, ainsi que toute lïmportlace et la |;loriole du bel-esprit, je vois sans nuage et sans enthousiasme que les lois sacréei de l'évangile el les maumcs de la morale pralane, le sanctuaire et le théâtre sont des objets absolument hulliables; tous lessul&ages de l'r^imoQ, de la bienséance, et de la vertu purement butnaÎDC, fussent-ils réunis eu laveur de l'art dramatique , il n'a jamais oblenu , il n'obtiendra ja- ■Hi* l'approbation àe l'église : ce mnlif sans réponse m'a décidé invariablement. J'ai eu l'boancar de communiquer ma résoludun à mooseîgnejir révéque d'Amiens, el d'en consigner rengagement irrévorable dam ses mains sacrées ; c'est 1 l'aulorité de ses levons et à l'éloquence de ses vertusquc je doit la lin de BSODépremBDt; je lui devait l'hommage de mon retour; et c'est pour consacrer la
Sio LETTRE
solidité de cette espèce d'abjuration que je l'ai faite sous les yeux de ce grand prélat si respecté et si chéri; son témoignage saint s'élèverait contre moi si j'avais la faiblesse et Tinfidélité de rentrer dans la carrière. U ne me reste qu'un r^ret eu la quittant; ce n'est point sur la privation des applaudissements publics , je ne les aurais peut-être pas obtenus ; et quand même je pourrais être assuré de les obtenir au plus haut degré , tout ce fracas populaire n'ébranlerait point ma résolution ; la voix solitaire du devoir doit parler plus haut pour un chrétien que toutes les voix de la renommée : l'unique regret qui me reste , c'est de ne pouvoir point assez efiacer le scandale que j'ai pu donner à la religion par ce genre d'ouvrages , et de n'être point à portée de réparer le mal que j'ai pu causer sans le vouloir. Le moyen le plus apparent de réparation, autant qu'elle est possible, dépend de votre agrément pour la publicité de cette lettre : j'espère que vous voudrez bien permettre qu'elle se répande , et que les regrets sincères que j'expose ici à l'amitié aillent porter mou apologie partout où elle est nécessaire. Mes faibles talents n'ont point rendu mon nom assez considérable pour faire un grand exemple ; mais tout