‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 105 sur 115 · Un projet assez vain seroit de vouloir tourner · texte numérisé non relu

Un projet assez vain seroit de vouloir tourner

' Les partisans, qui avoient souvent commencé par être laquais,

un homme fort sot cl fort riche en ridicule : les

rieurs sont de son côte.

11. N** avec un portier ruslre, farouche, tirant sur le Suisse, avec un vestibule et une antichambre, pour peu qu'il y fasse languir quelqu'im et se morfondre, qu'il paroisse enfin avec une mine jjrave et une démarche mesurée , qu'il écoute un peu et ne reconduise point; quelque subalterne qu'il soit d'ailleurs, il fera sentir de lui-même quelque chose qui approche de la considération.

12. Je vais, Cliliplwn, à votre porte; le besoin que j'ai de vous me chasse de mon lit et de ma chambre : pbit aux dieux que je ne fusse ni votre client ni votre fâcheux! Vos esclaves me disent que vous êtes enfermé, et que vous ne pouvez m'écouter que dune heure entière. Je reviens avant le temps qu'ils m'ont marqué, et ils me disent que vous êtes sorti. Que faites-vous, Cliiiphon, dans cet endroit le plus reculé de voire appartement, de si laborieux qui vous empêche de m'entendrc? Vous enfilez quelques mémoires; vous collationnez un registre, vous signez, vous paraphez. Je n'avois qu'une chose à vous demander, et vous n'aviez qu'un mot à me répondre , oui , ou non. Voulezvous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de vous : vous le serez davantage par celle conduite que par ne vous pas laisser voir. O homme impor.ant et chargé d'affaires, qui, à votre tour, avez

besoin de mes offices, venez clans la solitude de mon cabinet : le philosophe est accessible; je ne vous remettrai point à un autre jour. Vous me trouverez sur les livres de Platon qui traitent de la spiritualité de lame et de sa distinction d'avec le corps , ou la plume à la main pour calculer les dislances de Saturne et de Jupiter .-j'admire Dieu dans ses ouvrages, et je cherche, par la connoissance de la vérité, à régler mon esprit et devenir meilleur. Entrez, toutes les portes vous sont ouvertes : mon antichambre n'est pas faite pour s'y ennuyer en m'atiendant; passez jusqu'à moi sans me faire avertir. Vous m'apportez quelque chose de plus précieux que l'argent et l'or, si c'est une occasion de vous obliger. Parlez, que voulez-vous que je fasse pour vous? Faut-il quitter mes livres, mes études, mon ouvrage, cette ligne qui est commencée? Quelle interruption heureuse pour moi que celle qui vous est utile! Le manieur d'argent, l'homme d'affaires, est un ours qu'on ne sauroit apprivoiser; on ne le voit dans sa loge qu'avec peine : que dis-je? on ne le voit point; car d'abord on ne le voit pas encore, et bientôt on ne le voit plus. L'homme de lettres, au contraire, est trivial comme une borne au coin des places ; il est vu de tous, et à toute heure, et en tous états, à table, au lit, nu, habillé, sain, ou malade : il ne peut être important, et il ne le veut point être.

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13. N'envions point à une sorte tle gens leurs grandes richesses : ils les ont y titre onéreux, et qui ne nous accommotleroit point. Us ont mis leur repos, leur santé, leur honneur, cl leur conscience, pour les avoir : cela est trop cher, et il n'y a rien à gagner à un tel marché.

14. Les P. T. S. ' nous font sentir toutes les passions l'une après l'autre : l'on commence par le mépris, à cause de leur obscurité; on les envie ensuite, on les hait, on les craint; on les estime quelquefois, et on les respecte; l'on vit assez pour finir ù leur égard par la compassion.

15. Sosie, de la livrée, a passé, par une petite recette, à une sous-ferme ; et, par les concussions, la violence, et l'abus qu'il a fait de ses pouvoirs, il s'est enfin , sur les ruines de plusieurs familles, élevé à quelque grade.Devenu noble par une charge, il ne lui nianquoit que d'être homme de bien : une place de marguillier a fait ce prodige.

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