‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 110 sur 115 · Pénible coutume, assers issement incommode · texte numérisé non relu

Pénible coutume, assers issement incommode

' Dans toutes les édkions du dix-septième siècle on lit espèce au singulier : La Bruyère l'a ain.-.i voulu. (Je mot signifie rendus en nature au marchand qui les a fournis.

^ Gaultier, que Sainl-Evreniond a cité dans sa comédie des Opéras, était un riche marchand d'étoffes de soie, d'or et d'argent, qui demeuroit rue des Bourdonnais.

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se chercher incessainmcni. les unes les autres avec l'impatience de ne se point rencouirer; ne se rencontrer que pour se dire des riens, que pour s'apprendre réciproquement des choses dont on est également instruite, et dont il importe peu que l'on soit insiriiite ; n'entrer dans une chambre précisément que pour en sortir; ne sortir de chez soi l'après-dînée que pour y rentrer le soir, fort satisfaite d'avoir vu en cinq petites heures trois suisses, une femme que l'on connoît à peine, et une autre que l'on n'aime guère! Qui considéreroit bien le prix du temps, et combien sa perte est irréparable, pleureroit amèrement sur de si grandes misères.

21. On s'élève à la ville dans une indifférence grossière des choses rurales et champéires; on distingue à peine la plante qui porte le chnnvre d'avec celle qui produit le lin , et le blé fronient d'avec les seigles, et l'un ou l'autre d'avec le méteil : on se contente de se nourrir et de s'habiller. Ne parlez pas à un grand nombre de bourgeois ni de guérets, ni de baliveaux, ni de provins, ni de regains, si vous voulez être entendu : ces termes pour eux ne sont pas françois. Parlez aux uns d'aunage, de tarif, ou de sol pour livre, et aux autres de voie d'appel, de requête civile, d'appointenient , d'évocation. Ils connoissent le monde, et encore par ce qu'il a de moins beau et de moins spécieux; ils ignorent la nature, ses commencements, ses pro-

grès, ses dons et ses largesses. Leur ignorance souvent est volontaire, et fondée sur l'csiinne f|U ils ont pour leur profession et pour leurs talents. Il n'y a si vil praticien qui, au fond de son étude sombre et enfumée, et 1 esprit occupé d'une plus noire chicane, ne se préfère au laboureur, qui jouit du ciel, qui cultive la terre, (jui sème ù propos, et qui fait de riches moissons; et, s il entend qucl- (juelois parler des premiers hommes ou des patriarches , de leur vie champêtre et de leur économie, il s'élonue qu'on ait pu vivre en de tels temps, où il ny avoit encore ni offices, ni commissions, ni présidents, ni procureurs; il ne comprend pas qu'on ait jamais pu se passer du greffe, du parquel, et de la buvette.

22. Les empereurs n'ont jamais triomphé à Rome si mollement, si commodément, ni si sûrement même, contre le vent, la pluie, la poudre, et le soleil, que le bourgeois sait à Paris se faire mener par toute la ville : quelle dislance de cet usage ;i la mule de leurs ancélres! Ils ne savoient point encore se priver du nécessaire pour avoir le superllu, ni préférer le faste aux choses utiles. On ne les voyoit point s'éclairer avec des bougies et se chauffer à un petit feu; la cire éloit pour l'autel et pour le Louvre. Ils ne sortoient point d'un mauvais dîner pour monter dans leur carrosse; ils se persualoient que l'homme avoit des jambes pour

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marcher, ei ils marrhoient. Ils se conscrvoient propres quand il faisait sec, et dans un temps humide ils gâtoieni leur chaussure, aussi peu embarrassés de franchir les rues et les carrefours, que le chasseur de traverser un guérct, ou le soldat de se mouiller dans une tranchée. On n'avoit pas encore imaginé d'alleler deux hommes à une litière; il y avoit même plusieurs magistrats qui alloienl à pied à la chambre ou aux enquêtes, d'aussi bonne grâce qu'Auguste autrefois alloit de son pied au Capitule. L'éiain dans ce temps brilloii sur les tables et sur les buffets, comme le fer et le cuivre dans les foyers : l'argent et l'or éloient dans les coffres. Les femmes se faisoient servir ])ar des femmes ; on mettoit celles-ci jusqu'à la cuisine. Les beaux noms de gouverneurs et de gouvernantes n'ctoient pas inconnus à nos pères : ils savoient ù qui l'on coufioil les enfants des rois et des plus grands princes; mais ils partageoient le service de leurs domestiques avec leurs enfants, conienis de veiller eux-mêmes immédialcment à leur éducation. Ils comptoient en toutes choses avec eux-mêmes : leur dépense étoit proportionnée à leur recette; leurs livrées, leurs équipages, leurs meubles, leur table, leurs maisons de la ville et oie la campagne, tout étoit mesuré sur leurs renies et sur leur condition. Il y avoit cuire eux des distinctions extérieures qui empêchoicnt qu'on ne prît la femme du praticien pour

celle du ma>;isirat, el le roturier ou le simple valet pour le jjeiiliihomme. Moins appliqués à dissiper ou à grossir leur patrinioiuc qu'à le maintenir, ils le laissoient entier à leurs liéritiers, et passoient ainsi diine vie modérée à une mort tranquille. Ils ne disoient point : Le siècle est dur, la misère est grande, l'argent est rare; ils en avoient moins que nous, et eu avoient assez, plus riches par leur économie et par leur modestie que de leurs revenus et de leurs domaines. Enfin l'on étoit alors pénétré de cette maxime, que ce qui est dans les grands splendeur, somptuosité , magnificence , est dissipation, folie, inej)tie, dans le particulier.

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