‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 15 sur 115 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

J'ai admiré souvent, et j'avoue que je ne puis encore comprendre, quelque sérieuse réflexion ((ue je fasse, pourcmoi toute la Grèce étant placée sou8 un même ciel , et les Grecs nourris et élevés de la même manière (1), il se trouve néanmoins si peu de ressemblance dans leurs mœurs. Puis donc, mon cher Polyclés (2), qu'à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans où je me trouve (3) , j'ai assez vécu pour con- Ddîlre les liommes; que j'ai vu d'ailleurs, pendant le cours de ma vie, toutes sortes de personnes et de divers temj)éramenls ; et que je me suis toujours attaché à étudier les hommes vertueux, comme ceux qui n'étoienl connus que par leurs vices; il semble que j'ai dii marquer les Caractères des uns et des autres (4), et ne me pas contenler de peindre les Grecs en général, mais même de loucher ce qui est personnel , et ce que plusieurs denirc eux paroissent avoir de plus familier. J'espère, mon cher Polyclés , que cet ouvrage sera utile à ceux qui viec»

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dront après nous; il leur tracera des modèles qu'ils pourront suivre; il leur apprendra ;i faire le discernement de ceux avec qui ils doivent lier quelque commerce, et dont l'émulation les portera à imiter leurs vertus et leur sagesse (5). Ainsi je vais entrer en matière : c'est à vous de pénétrer dans mon sens, et d'examiner avec attention si la vérité se trouve dans mes paroles. Et sans faire une plus longue préface, je parlerai d'abord de la dissimulation; je définirai ce vice , et je dirai ce que c'est qu'un homme dissimulé, je décrirai ses mœurs; et je traiterai ensuite des autres passions, suivant le projet que j'en ai fait.

NOTES

(I) Par rapport aux barbares, dont les mœurs étoient très-différentes de celles des Grecs. [Note de La Bruyère.) On pourroit observer aussi que du temps de Théophraste les institutions particulières des différents peuples de la Grèce avoient déjà commencé à s'altérer et à se confondre ; mais , malgré ces moyens de défendre eu quelipie sorte cette phrase, on ne peut pas se dissimuler qu'elle est d'une grande inexactitude. Il y avoit toujours une différence très-marquée entre l'éducation et les mœurs d'Athènes et celles de Sparte; et quant au climat de la Grèce, ce passage se trouve en contradiction avec les témoignages les plus positifs de l'antiquité. D'ailleurs on parle ici des différences dans les mœurs de ville à ville et de pays à pays, tandis que dans l'ouvrage il n'est question que de Caractères individuels dont tous les traits sont pris dans les

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mœurs d'Athènes. On peut d'autant moins supposer que Thûopliraste ait mis cette double inexactitude dans les faits et dans leur application, et qu'avec cela il se soit borné à ce sujet à un stérile étonnnement, qu'Hippoerate, qui a écrit longtemps avant lui, étendoit l'influence du climat sur les Caractères aux positions particulières des villes et des maisons relativement au soleil , ainsi qu'aux saisons dans lesquelles naissent les enfants, et que notre philosophe lui-même, cherchant ailleurs à expliquer la différence des Caractères , entre dans des détails intéressants sur la différence primitive de l'orjfanisation , et sur celle qu'y apportent la nourriture et la manière de vivre. (Voyez Porphyrius , De Abst., lib. III, § 15.) Toutes ces raisons fo U présumer que cette phrase a été tronquée et altérée par l'abréviateur ou par les copistes. (Voyez chapitre XVI, note 1.) Il se peut qu'elle ait parlé de l'altération des moeurs d'Athènes au siècle de Théophraste, tandis que le climat et l'éducation de la Grèce n'avoient point changé.

(2) M. Coray remarque que Diodore de Sicile parle, à la cent quatorzième olympiade, d'un l'olyclès, général d'An tipater; et l'on sait que Théophraste fut fort lié avec le fils de ce dernier.

(S) Voyez ci-dessus, page 43, sur l'âge de Théophraste la note 2 du Discours sur ce philosophe; c'est encore un passage où cet avant-propos paroît avoir été altéré.

(•4) Théophraste avoit dessein de traiter de toutes les vertus et de tous les vices. [Note de La Bruyère.) Cette opinion n'est fondée que sur une interprétation peu exacte de la phrase suivante de celle préface, dans laquelle on n'a pas fait attention que le pronom défini ne peut se rappor-

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