DE RIEN
L'impudence (I) est facile à définir : il suffit de dire que c'est une profession ouverte d'une plaisanterie ouirce, comme de ce qu'il y a de plus contraire à la bienséance. Celui-là, par exemple, est impudent, qui, voyant venir vers lui une femme de condition, feint dans ce moment quelque besoin pour avoir occasion de se montrer à elle d'une manière déslionnéte (2) ; qui se plaît à battre des mains au théâtre lorsque tout le monde se tait, ou y siffler les acteurs que les autres voient et écoutent avec plaisir; qui, couché sur le dos (3), pendant que toute l'assemblée garde un profond silence, fait entendre de sales hoquets qui obligent les spectateurs de tourner la tète et d'interrompre leur attention. Un homme de ce caractère achète en plein marché des noix, des pommes, toute sorte de fruits, les mange, cause debout avec la fruitière, appelle par leurs noms ceux qui passent sans presque les connoître, en arrête d'autres qui courent par la place, et qui ont leurs affaires (4) : et s'il
DÉ L'IMPUDENT. lll
voit venir quelrpie plaideur, il l'aborde , le raille et le félicite sur une cause importante qu'il vient de perdre. Il va lui-même choisir de la viande, et louer pour un souper des femmes qui jouent de la flûte (5); et montrant à ceux qu'il rencontre ce qu'il vient d'acheter, il les convie en riant d'en venir maofjer. On le voit s'arrêter devant la boutique d'un barbier ou d'un parfumeur (6), et là, annoncer qu'il va faire un grand repas et s'enivrer. (7) Si quelquefois il vend du vin, il le fait mêler pour ses amis comme pour les autres sans distinction. Il ne permet pas à ses enfants d'aller à l'aniphithdâtrc avant que les jeux soient commencés, et lorsque l'on paye pour être placé, mais seulement sur la fin du spectacle, et quand l'architecte (8) néglige les places et les donne pour rien. Étant envoyé avec quelques autres citoyens en ambassade, il laisse chez soi la somme que le public lui a donnée pour faire les frais de son voyage , et emprunte de l'argent de ses collègues : sa coutume alors est de charger sou valet de fardeaux au delà de ce qu'il en peut porter, et de lui retrancher cependant de sou ordinaire; et comme il arrive souvent que l'on fait dans les villes des présents aux ambassadeurs, il demande sa part pour la vendre. « Vous m'achetez toujours, dit-il au jeune esclave qui le sert dans le bain, une mauvaise huile, et qu'on ne peut supporter : » il se