CHAPITRE XXIX
DU GOUT QU"0N A POUR LKS VICIKUX*.
Le goiït que l'on a pour les nu-chants est le désir du mal. L homme infecté de ce vice est capable de fréquenter les gens qui ont été condamnés pour leurs crimes par tout le peuple (1), dans la vue de se rendre plus expérimenté et plus formidable par leur commerce. Si on lui cite quelques hommes distingués par leurs vertus, il dira : u Us sont vertueux " comme tant d'autres. Personne n'est homme de I. bien, tout le monde se ressemble, et ces honnêtes
i< gens ne sont que des hypocrites Le méchant
" seul, dit-il nue autre fois, est vraiment libre. » Si quelqu'un le consulte au sujet d'un méchant homme (2) , il convient cjue ce que l'on en dit est vrai : ■• ^Nlais, ajoule-t-il , ce que l'on ne sait pas,
* La Bruyèie n'a connu que les titres de ce chapitre et du suivant. Le texte jjrec a été découvert en 1742, par Prosper IVtionius, dans un manuscrit du Vatican, et publié pour la première fois à Parme en 1 786. La version française que nous publions est de M. CoRAY (Adamantins), savant helléniste, né à Sinyrnc le 27 avril 1718, mort à Paris le 6 avril 1833.
DU GOLT OU'OX A l'OLU LES VICIKUX. 187 « c'esl que c'est uu hoimne d esprit, fort attaché ■' il ses amis, et qui donue de grandes espérances. » Kt il soutiendra qu'il n'a jamais vu un homme plus habile. Il est toujours disposé en faveur de l'accusé traduit devant l'assemblée du peuple ou devant i[iielque tribunal particulier; il est capable de s'asseoir à côté de lui, et de dire qu'il ne faut point juger l'homme, mais le fait. « Je suis, dit-il, « le chien du peuple, car je garde ceux qui cs- " suient des injustices (3). Nous finirions par ne
• plus trouver personne qui voulut s'intéresser " aux affaires publiques, si nous abandonnions ces . hommes (4). » 11 aime à se déclarer patron des f;fns les plus misérables (5), et à se rendre aux tribunaux pour y soutenir de mauvaises affaires (6). S il juge un procès, il prend dans un mauvais sens tout ce qnc disent les parties. En général (7), l'afl'Ction pour les scélérats est sœur de la scélératesse même , et rien n'est plus vrai que le proverbe : " On recherche toujours son semblable. »
[l) Je pense qu'il faut sous-entenilre , « Et qui ont eu
• l'adresse de se soustraire à l'effet des lois. » (Voyez le chap. xvni du Voyage dit Jeune Anacharsis.)
{i) J'ai clicrclié à remplir par ces mots une lacune qui trouve dans le manuscrit ; il me paroit qu'il est ques-