La gloire ou le mérite de certains hommes est
' On ne sait si La Bruyère a voulu designer les jésuites et les jansénistes ; mais on peut en dire autant de tous les livres écriis dans quelque temps que ce soit par des (jens de partis opposés. — Cette note , dont nous ignorons l'auteur, nous a paru bonne à conserver.
de bien écrire; et de quelques autres, c'est de
n'écrire point.
60. L'on écrit régulièrement depuis vingt années: l'on est esclave de la construction : l'on a enrichi la langue de nouveaux mots, secoué le joug du latinisme, et rikluit le slyle à la ])lirasc purement Françoise : 1 on a presque retrouvé le nombre que JMAUiEunE et Balzac avoient les premiers rencontré, et que tant d'auteurs depuis eux ont laissé perdre. L'on a mis enfin dans le discours tout l'ordre et toute la netteté dont il est capable : cela conduit insensiblement à y mettre de l'esprit.
61. Il y a des artisans ou des habiles dont l'esprit est aussi vaste que l'art et la science cju'ils professent : ils lui rendent avec avantage, par le génie et par l'invention, ce qu'ils tiennent d'elle et de ses principes : ils sortent de l'art pour l'ennoblir, s'écartent des règles, si elles ne les conduisent pas au grand et au sublime : ils marchent seuls et sans compagnie, mais ils vont fort haut et pénètrent fort loin , toujours sûrs et confirmés par le succès des avantages que l'on tire quelquefois de l'irrégularité. Les esprits justes , doux, modérés, non-seulement ne les atteignent pas, ne les admirent pas, mais ils ne les comprennent point, et voudroient encore moins les imiter. Ils demeurent tranquilles dans l'étendue de leur sphère, vont jusques à un certain point qui fait les bornes de leur capacité et de leurs
lumières; ils no vont pas plus loin, parce qu'ils ne voient rien an delà. Ils ne peuvent au plus qn'i'lrc les premiers d'une seconde classe, et exceller dans le médiocre.
6'î. Il y a des esprits, si je l'ose dire, inférieurs et subalternes, qui ne semblent faits que pour être le recueil , le registre, ou le magasin de toutes les productions des autres génies. Ils sont plagiaires, traducteurs, compilateurs : ils ne pensent point, ils disent ce que les auteurs ont pensé; et conime le choix des pensées est invention, ils lotit mauvais, peu juste, et qui les détermine plutôt à rapporter beaucoup de choses, que d'excellentes choses : ils n'ont rien d'original et qui soit à eux : ils ne savent que ce qu'ils ont appris; et ils n'apprennent que ce que tout le monde veut bien ignorer, une science vaine, aride, dénuée d'agrément et d'utilité, qui ne tombe point dans la conversation, qui est hors du commerce, semblable à une monnoie qui n'a point de cours. On est tout à la fois étonné de leur lecture et ennuyé de leur entretien ou de leurs ouvrages. Ce sotit ceux que les grands et le vulgaire confondent avec les savants , et que les sages renvoient au pédantisme.
63. La critique souvent n'est pas une science : c'est un métier où il faut plus de santé que d'esprit, plus de travail que de capacité, plus d'habitude que de génie. Si elle vient d'un homme qui ait
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moins de discernement (jiie de lecture, et qu'elle s'exerce sur de certains cl)aj)iires, elle corrompt et les lecteurs et l'écrivain.
64. Je conseille à nn auteur né copiste, et qui a l'extrême modestie de travailler d après quelqu'un, de ne se choisir pour exemplaires que ces sortes d ouvrages où il entre de 1 esprit, de 1 imagination, ou même de 1 érudition : s'il n'atteint pas ses originaux, du moins il en approche, cl il se fait lire. Il doit au contraire éviter comme un ccueil de vouloir imiter ceux qui écrivent par humeur, que le cœur fait parler, à qui il inspire les termes et les figures, et qui tirent, pour ainsi dire, de leurs entrailles tout ce qu'ils expriment sur le papier : dangereux modèles et tout propres à faire tomber dans le froid, dans le bas, et dans le ridicule, ceux qui singèrent de les suivre. En effet , je rirois d'un homme qui voudroit sérieusement parler mon ton de voix, ou me ressembler de visage.
G5. Un homme né chrétien et François se trouve contraint dans la satire : les grands sujets lui sont défendus; il les entame quelquefois, et se détourne ensuite sur de petites choses, qu'il relève par la beauté de son génie et de son style.
66. Il faut éviter le style vain et puéril, de peur de ressembler à Dorilas et IlandburçjK L'on peut
' On prétend que, par le nom de Dorilas, La Bruyère
:m contraire en une sorte décrits hasarder de cer- (aines expressions , user de termes transposés et qui peignent vivement, et plaindre ceux qui ne sentent pas le plaisir qu'il y a à s'en servir ou à les eiilendrc.
67. Celui qui n'a égard en écrivant qu au goiit de son siècle, songe plus à sa personne qu'à ses écrits. Il fant toujours tendre à la perfection; et alors cette justice qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains, la postérité sait nous la rendre.
08. Il ne faut point mettre un ridicule où il n'y (11 a point : c'est se gâter le goût, c'est corrompre siui jugement et celui des autres. Mais le ridicule cpii est ({uelque part, il faut l'y voir, l'eu tirer avec grâce, et d'une manière qui plaise et fjui instruise.
69. Horace, ou Desprkaux, l'a dit avant vous, .le le crois sur votre parole, mais je l'ai dit comme mien. Ne puis-je pas penser après eux une chose vraie, et que d'autres encore penseront après moi?
désigne Vaiillas , historien assez agrciihle , mais fort inexact. Ouant au nom de Hondburg , il n'y a pas la moindre incertitude ; il est la parodie exacte de Mainibour;; ; hund \oiilaîit dire main en allemand et en anglois. .Madame de .S. vigne a dit du P. Mainibourg, qu'jï a ramassé le ciclicat des mauvaises ruelles. Ce jugement s'accorde fort bien avec celui de Ea Driiyère.